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Violence gratuite ?

“No country for Old Men”.

Le sang coule à flots hors des poitrines et sur l’écran

lundi 18 février 2008, par Picospin

A la recherche de la truculence, de la farce, de l’humour qui paraissent bien cachées dans cette oeuvre vers laquelle il faut partir avec une loupe à la découverte du 2è degré plus lointain dans ce fleuve de sang que dans les précédentes fictions de nos deux frères.

Des qualités

Il met en exergue la qualité de l’interprétation, la solidité des personnages, la mélancolie qui se dégage de celui du vieux shérif « qui remâche son impuissance et compte philosophiquement les morts en préparant sa retraite ». Si les jugements concernent les premières caractéristiques sont évidents et ne prêtent guère à controverse, il n’en est pas forcément de même pour les dernières. Elles tiennent plus à la peinture des personnages et à l’exceptionnelle réalisme de l’interprétation qu’à l’atmosphère qui aurait du se dégager de la réalisation. La comparaison avec les dessins animés géniaux de Tex Avery parait outrancière et en tout cas n’est ni explicitée ni justifiée dans la critique de Mandelbaum. On ne voit pas très bien non plus pour quelles raisons ont été évoquées des figures aussi mythiques que celles de Frankenstein et du Golem qui auront du mal à s’insérer dans les tableaux macabres et les charniers d’hommes, de chevaux et de chiens abattus sous le seul prétexte de montrer la violence de la société contemporaine dont se sent exclu progressivement notre shérif mais dans laquelle entre de plein pied le tueur appelé ici « Ange exterminateur ».

Figures mythiques

On a fait appel aussi aux références concernant le Septième Sceau de ce pauvre Bergman qui doit se retourner dans sa tombe s’il apprend que l’esthétique de la partie d’échecs au bord de la mer a pu être comparée à la laideur de l’enchevêtrement des vieilles voitures dans un désert montré à travers les objectifs de macrophotographie de nos très chers frères. Dans la presse, on parle aussi de la « violence inouïe » qui règne au Texas. Je crains qu nous n’ayons pas eu besoin des frères pour nous faire prendre conscience de ces détails, tant ils sont montrés avec délectation dans les films et séries télévisées présentées à longueur de journée et de soirée sur grands et petits écrans. Pont n’était besoin d’insister sur les travers des réalisations actuelles. La question essentielle était d’expliquer pourquoi, dans quel but ? Le critique de cet article insiste sur « l’esthétisme brut du film noir (montré) avec une immense grâce ».

De la grâce dans l’horreur ?

Ce compliment mériterait à coup sur d’être explicité tant j’ai eu de mal à le découvrir dans ce bain de sang en perpétuel pompage, ces coups de fusil à pompe donnés au contact d’une visage qui était à chaque fois promis à sa disparition. Quelle philosophie a présidé à l’élaboration des ces scènes indéfiniment répétées ? Celle de Levinas qui voulait que le visage soit conservé pour qu’il indique à chaque seconde la nécessité de le conserver, de le garder précieusement pour qu’il dise sans arrêt et à tous « Tu ne tueras point ». Reste que cette œuvre est en effet merveilleusement réalisée, avec maîtrise, expérience et parfaite connaissance d’un art cinématographique qui ne doit rien à personne et qui s’impose au spectateur comme parfaitement originale. Dommage que tant de talent soit gâché au profit d’une grande complaisance pour l’exhibition de la violence qui dans ce film ne souligne jamais qu’elle est le fait du mal dont l’autre face, celle du bien, n’est ni suggérée ni a fortiori montrée.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que la visualisation de la violence mérite autant de complaisance et d’exhibitionnisme dans le seul but de montrer qu’elle fait partie de notre lot quotidien et qu’elle est définitivement installée dans notre monde ?

2. Quel a été l’objectif des frères Coen au moment où ils ont souligné avec autant d’empressement et de répétition la dureté du monde contemporain ?

3. Comment peut-on interpréter dans ce film le remplacement des moyens habituels de communication des hommes entre eux, c’est-à-dire la parole, la musique, l’empathie, la musique par les gestes mille fois répétés des balles tirées à bout portant sur tout ce qui bouge et même qui est immobile y compris les hommes déjà morts ou destinés à le devenir et les animaux criblés de balles ?

4. Peut-on imaginerde décrire le mal par un autre moyen que par celui de l’utilisation permanente des armes, de la poursuite infernale des êtres vivants, du carambolage des voitures, jeux qui évoquent davantage des amusements infantiles qu’un comportement d’adulte ?

5. A moins d’admettre que cette fiction est une fable nécessaire à la représentation de la violence comme indicateur d’une société qui décline à mesure que vieillit le shérif ?