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Pourquoi des cadeaux, des gateaux et des rois mages ?

Noël : quel symbolisme ?

La fête du solstice d’hiver ?

dimanche 25 décembre 2011, par Picospin

Ce n’est pas pour des raisons historiques mais pour des raisons symboliques qu’on situe la période de Noël à cette époque de l’année. Dans la pensée chrétienne, le symbole dit davantage la vérité d’un événement que l’Histoire. Vers le IVe, Ve siècle, on a décidé de faire une fête particulière pour la naissance de Jésus au moment du solstice d’hiver, pour reprendre le calendrier des fêtes païennes, notamment celle de Mithra, divinité romaine, qui accorde au soleil une place particulière. Le solstice, c’est le jour où la nuit est la plus longue mais aussi où les jours vont s’allonger.

Paroles d’Évangile

Dans l’Evangile, au moment où Zacharie arrive devant Marie avec l’enfant, il reconnaît en lui le Messie et proclame qu’il est le soleil levant qui vient nous visiter. Siméon dit que Jésus est la lumière de l’astre d’en haut. Cette association de Jésus au soleil a marqué profondément la culture occidentale. Il n’y a pas de désaccords notables sur le sens de Noël dans la mesure où, pour tout le monde, il s’agit de la naissance de Jésus. Ce qui n’empêche guère les pratiques de varier et d’insister par exemple sur la messe de minuit. Pour beaucoup de protestants, il y a une petite liturgie qui sera plutôt familiale ; l’important c’est de lire le récit de Noël autour du sapin et de chanter. Les orthodoxes fêtent Noël le 25 décembre, selon le calendrier julien, alors que le calendrier grégorien incite à s’accorder sur une autre date imposée par un pape ce dont Genève ne voulait pas, ce qui a retardé la fête de Noël au 6 janvier. Calvin s’énervait beaucoup contre la fête de Noël, parce qu’il n’aimait pas l’idée qu’il y ait un jour particulier où l’on fête le Christ. Pour lui, Noël devait être fêté tous les jours. Cette coutume a été scellée par un sermon drôle de Calvin qui gronde les Genevois en leur disant : « Qu’est-ce que vous faites là aujourd’hui ? Pourquoi êtes-vous plus nombreux aujourd’hui que les autres jours ? »

Et ailleurs ?

On retrouve ces manifestations dans le judaïsme et dans l’islam qui se méfie des fêtes païennes. Le christianisme a préféré les intégrer, l’islam les rejeter. L’islam reconnaît le rôle de Jésus qui n’est pas pris pour le fils de Dieu mais pour un grand prophète. Si la tonalité chrétienne de Noël est trop accentuée, cette attitude risque de choquer des sensibilités. L’éthique de Noël, c’est prendre position pour la vie et contre la mort, pour la natalité plutôt que pour le désespoir. C’est ce que montre Hannah Arendt contre son maître (et un peu plus ?) Heidegger, qui pensait que la vie était faite pour la mort. Elle mentionne un verset biblique de l’Ancien Testament qui dit : « Un enfant nous est né. » Si on tourne les yeux vers l’enfant qui naît plutôt que vers le désespoir de notre propre mort, de notre propre finitude, on change toute notre éthique. La trêve de Noël n’est pas respectée si l’on se réfère aux fêtes juives, comme Yom Kippour, grande fête du pardon marquée pourtant par la guerre du Kippour lorsqu’en 1973, l’Égypte et la Syrie attaquent par surprise en ce jour férié des territoires occupés par Israël). Parfois, les fêtes religieuses sont une manière de profiter de la faiblesse de l’autre. François d’Assise a inventé l’histoire de la crèche vivante pour faire entrer les animaux dans l’Eglise pour matérialiser le fait que Noël ne touche pas seulement les humains mais aussi l’ensemble des vivants. Si on comprend le sens de Noël, on ne regarde pas vers le passé, et il n’y a pas de destin non plus. Les grands événements de l’Histoire sont les plus inaperçus.

Travail de journaliste

Aucun journaliste n’aurait fait un papier sur la naissance de Jésus. C’est complètement banal mais cet évènement a changé le monde. Ce qui est miraculeux, c’est éventuellement la conception de Jésus, mais ça n’est pas Noël. La seule chose miraculeuse qu’il y ait, c’est le concert des anges entendu par les bergers et le fait que l’étoile les guide jusqu’à la crèche. Ce n’est pas une fête du miracle, c’est une fête de la banalité, qui dit que les choses importantes de Dieu se manifestent là où vous n’y croyez pas. Pourquoi Dieu décide-t-il de s’incarner plus dans un Palais, que dans une maison ou dans une étable ? C’est un « contre-miracle » ! Le repas de Noël n’a pas de sens spirituel si l’on en croit les textes qui ne mentionnent aucun plat particulier insistent sur le symbole. Beaucoup de recettes, comme celles des biscuits de Noël, sont faites à partir d’amandes, de lait et de miel. Dans la Bible, la terre promise est le pays où couleront le lait et le miel. Quant à l’amande, l’amandier est le premier arbre qui fleurit en hiver, c’est aussi le symbole de la vie au cœur de la mort. Dans le pain d’épices, les épices font référence aux Rois mages, qui apportent des cadeaux d’Orient. On a toute une liturgie incroyablement réglée avec la préparation des bougies de l’Avent, la confection des biscuits. Dans certaines familles, on rajoute un personnage à la crèche chaque jour. Il est inconcevable que les enfants décorent l’arbre si l’on tient compte du fait que dans la journée, ils n’ont pas le droit d’entrer dans le salon. Le soir, une petite cloche les appelle et ils découvrent enfin le sapin, tout illuminé.