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De malheureux riverains

La tempête

"Qu’ils naviguent avec le "Vent des Globes ! "

jeudi 8 avril 2010, par Picospin

Au bord de l’eau, de l’Atlantique, de la Vendée, on est allé à la pêche au crabe pour sortir de l’océan les textes capables de dresser une barrière autour de tous ceux qui s’attendent à dormir bientôt entre quatre murs, ceux réservés aux apprentis coupables avant qu’ils aient fait la preuve de leur innocence moins souvent que de leur culpabilité.

Responsable mais non coupable

Déjà, on cite les responsables mais non coupables qui le seront demain puisque l’on désigne les boucs émissaires entièrement disponibles pour être offerts à la vindicte populaire en général et celle des malheureux habitants du bord de mer en particulier. Eux n’ont rien fait d’autre que d’aimer la nature, la brise et l’odeur de la mer, les senteurs des algues et les paysages marins si chers aux peintres à la retraite, documentalistes des sites promis à la destruction à la suite de décisions inspirées par la crainte des responsabilités, l’angoisse des décisions et le malaise des décideurs. C’est ainsi que l’on annonce en avant première (Le Monde, 8 avril 2010) que « les missions d’information diligentées par l’Assemblée nationale et le Sénat, tout comme l’enquête préliminaire pour homicides involontaires ouverte par le procureur de La Roche-sur-Yon, risquent de mettre en lumière une chaîne plus complexe de responsabilités, où ni les municipalités ni les services de l’État ne seraient épargnés. » Bonne nouvelle pour les habitants de ces lieux maudits qui croyaient naïvement avoir trouvé les sites de leurs rêves pour finir (ou commencer sinon continuer) leurs jours. Qui plus est, ils n’auront d’autre souci pour assurer leur déménagement que quitter leurs terres ou leur mer pour chercher d’autres lieux de bonheur sur une côte de plus en plus convoitée où la densité des nouveaux arrivants risque de gêner leur propre installation. Même si elle était garantie par « un fonds d’indemnisation alimenté par un prélèvement sur le chiffre d’affaires des promoteurs immobiliers qui ont loti et construit en zone inondable". Voilà une excellente manière de botter en touche comme on dit dans les milieux du ballon rond et ovale.

Tout est prévu

Rassurez-vous, tout ou presque tout a été prévu dans cette séquence de mesures pour alléger les soucis des habitants candidats aux déménagements puisque les fonds ont été trouvés après avoir creusé profondément dans le sable qui borde la côte. Comme le disait autrefois ma grand-mère « c’est le fond qui manque le moins ». C’est aussi le cas de la récente tempête renforcée par les marées d’équinoxe comme si les dieux s’étaient ligués ou associés pour apporter à la terre d’ouest le doux Zéphire qui, sous les ordres d’un Zeus fort en colère se mit à souffler comme un beau diable sur les demeures encore debout des habitants qu’il accusa de lui résister. Ce qui est intéressant avec le principe de précaution c’est qu’il souffre de multiples interprétations. Par exemple, pendant qu’on s’efforce en exprimant jusqu’à la dernière goutte de méninges comment faire pour déménager les pauvres victimes de la tempête dans laquelle Shakespeare n’a aucune responsabilité, des milliers de touristes continuent d’envahir les plages d’Asie où les fragiles demeures avaient été balayées par le tsunami, simplement pour contempler les dégâts, compter les cadavres flottants et attendre qu’un autre désastre survienne pour clamer dans les salons parisiens « J’y étais » titre de gloire décerné seulement aux preux chevaliers ayant bravé héroïquement le danger.

Héroïsme de salon

Il faut en effet être héroïque pour se soumettre de bonne grâce aux oukases des autorités qui par panique des responsabilités glissant vers la responsabilité sont interrogés par les misérables habitants accablés par le chagrin du départ et la nostalgie de leur passé. "Mais est-ce qu’ils se rendent compte de ce qu’ils font ?, s’interroge une propriétaire de bar, véritable média d’une zone sinistrée. Ils veulent faire un exemple avec nous." D’autres disent tout simplement le coeur n’y est plus. "J’ai pas le moral". Dit une autre qui tente de se persuader que tout n’est pas fini : "J’espère que les gens vont se battre, ne pas se laisser faire." Un autre candidat à l’expatriation a créé l’Association des victimes des inondations de La Faute-sur-Mer. "On sait que cette bataille va être très longue, mais on ne lâchera rien", assure-t-il, tout en s’interrogeant sur l’empressement de l’État : "Peut-être aurait-il fallu prendre un peu plus de temps avant de décider de raser tel ou tel endroit... C’est très brutal pour les gens, surtout les anciens, ceux qui ont construit ici, et pour qui ces maisons sont toute leur vie."

Cette fois, nous sommes en avance

Comme s’il redoutait les conséquences d’une nouvelle tempête, administrative celle-là, l’État a prévu la mise en place de cellules psychologiques pour les occupants des maisons concernées. Déjà ? Cette fois, les autorités sont en avance sur le schéma de prévention habituellement installé à l’occasion des catastrophes qui frappent l’imagination du pays. On ne peut rester éternellement figé et prostré dans une zone de malheur où les détresses sont trop nombreuses et trop sévères pour être prises en charge avec efficacité. Le mieux est alors de suivre les fluctuations des vents et de les laisser librement guider le voilier vers une destination inconnue qu’il nous appartiendra par la suite d’explorer en touriste curieux de nouveauté, de tableaux originaux à l’instar de ceux peints par le père du Président qui obtiennent un succès d’estime et de prestige. C’est de bonne augure pour l’avenir de la dynastie.

Questionnement éthique :

1. Est-il éthique de faire allusion au plaisir, plutôt au principe de plaisir comme valeur intrinsèque positive dont la définition n’est pas facile. L’appel à une valeur intrinsèque comme l’amour ou le plaisir peut servir de point d’arrêt dans la procédure de justification des jugements ou des croyances sans avoir besoin elle-même d’être justifiée.

2. Si l’on se réfère à l’acception par Bentham du "plus grand bonheur pour le plus grand nombre, le plaisir de tous devient la valeur suprême. N’est ce pas le cas des populations susceptibles d’être déportées des côtes vendéennes vers une autre région de France et de Navarre ?

3. Est-ce que pour autant, il est légitime d’opposer à cette conception, celle du devoir des kantiens dont l’action reste sous-tendue par l’impératif catégorique du devoir ?

4. Si on ajoute à ces conceptions, celle de la loi universelle selon laquelle la volonté bonne commande d’agir "comme si la maxime de l’action devait être érigée par ta volonté en loi de la nature" le cercle sera bouclé et scellé par un concept écologique.