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Un nouveau programme

Nouvelles frontières

Tourisme ou politique ?

vendredi 4 mai 2012, par Picospin

C’est aussi la fonction de toutes les frontières magiques qu’il s’agisse de celles entre le masculin et le féminin, entre élus et exclus du système scolaire que d’empêcher ceux qui sont à l’intérieur, du bon côté de la ligne d’en sortir, de déroger, de se déclasser.

Vivre ou dépérir ?

Les élites seraient vouées au dépérissement lorsqu’elles cessent d’y croire, qu’elles perdent leur moral et la morale, et se mettent à passer la ligne dans le mauvais sens. C’est aussi une des fonctions de l’acte d’institution que de décourager durablement la tentation du passage, de la transgression, de la désertion, sinon de la démission de tout. Toutes les aristocraties dépensent une considérable énergie pour faire accepter aux élus les sacrifices impliqués dans le privilège ou l’acquisition des dispositions durables qui sont la condition de la conservation du privilège. La recherche de critères adaptés à la limitation des identités ethniques, ou régionales, voire nationales ne doit pas faire oublier que la langue, le dialecte ou l’accent sont ou servent de représentations mentales, d’actes de perception, d’appréciation, de connaissance, de reconnaissance à l’investissement d’intérêts pour des choses, des stratégies ou des manipulations visant à déterminer la représentation que les autres, membres de communautés ou individus isolés peuvent se faire de ces propriétés et de leurs porteurs.

Critères de recomposition

Les critères, caractères recensés par les enquêteurs au service des projets de recomposition de domaines bordés de frontières fonctionnent comme des signes, emblèmes, stigmates sinon surtout des pouvoirs. Les luttes au sujet des identités nationales ou régionales ne seraient-elles pas liées à celles des classements, des monopoles du pouvoir de faire croire, reconnaître, imposer des divisions, une vision du monde et par là de faire et défaire le groupes. La vision double, sorte de diplopie volontaire, créée à cet usage particulier ne serait-elle pas en ce cas l’acte magique, teinté de principes sociologiques, capable d’introduire par décision univoque, la discontinuité arrachant par décret un morceau de continuité naturelle entre régions, espace, population, groupe générique, groupe humain tout simplement. L’acte serait quasi religieux, accompli par un personnage investi de la plus haute autorité ou autoproclamé ayant pris l’initiative de fixer les règles qui produisent à l’existence ce qu’elles édictent, de parler avec autorité et de faire advenir l’avenir que l’on énonce.

Limites

L’espace, la région ainsi circonscrits, deviendraient ainsi la trace morte de l’acte d’autorité consistant à circonscrire le pays, le territoire légitime ou non. La frontière est ainsi le produit d’une division plus ou moins fondée selon que les éléments qu’elle rassemble ont entre eux un nombre plus ou moins élevé de ressemblances. Même rationnellement découpées, les régions, territoires, surfaces ainsi délimités, s’appuieraient sur des traits moins naturels qu’arbitrairement sélectionnés et seraient livrés, clés en main, à une autre culture, une autre langue, un autre système scolaire, une autre structure politique et sociale après déconstruction d’une entité par une volonté politique pour défaire ce que l’histoire avait mis tant de siècles à élaborer.

Nouvelles frontières ou racisme et xénophobie ?

La crise économique favorise l’augmentation du racisme et de la xénophobie, estime l’organe de lutte contre le racisme du Conseil de l’Europe, qui appelle les États européens à "agir" contre la banalisation du discours hostile aux immigrés. "La réduction des prestations sociales, la diminution des offres d’emploi et l’augmentation conséquente de l’intolérance à l’égard des groupes d’immigrés et des minorités historiques" sont les "tendances inquiétantes" constatées par la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance. Elle invite les gouvernements "à renforcer la capacité des instances nationales de défense des droits de l’homme, au lieu d’utiliser la crise économique comme motif de réduction de leurs ressources" et appelle les responsables politiques à "résister à la tentation de céder aux préjugés et aux peurs déplacées". En raison de la crise économique, les immigrés, demandeurs d’asile et membres des minorités, comme les Roms, "sombrent dans la pauvreté, ce qui alimente des sentiments négatifs qui renforcent la fracture sociale".

IMMIGRATION RIME AVEC INSÉCURITÉ

Le discours xénophobe "s’est généralisé ces dix dernières années, car de plus en plus accepté par la société, dans certains pays où "l’immigration rime avec insécurité, où les migrants en situation irrégulière, les demandeurs d’asile et les réfugiés ’volent les emplois’ ou risquent ’de faire chavirer notre système de protection sociale’ tandis que les musulmans ’sont incapables de s’intégrer dans les sociétés occidentales’". Certains pays européens n’ont pas réussi à gérer l’afflux de migrants et de demandeurs d’asile après les "révolutions arabes" de 2011, et ceux-ci ont été "trop rapidement reconduits à la frontière ou accueillis dans de mauvaises conditions". La "culture policière qui semble avoir prévalu face à cet afflux" a détérioré les relations entre les États de l’espace Schengen, et les discussions sur la réintroduction de contrôles aux frontières "ont encore alimenté le débat xénophobe". Voilà des commentaires qui en disent long sur l’état d’esprit de l’Europe face à la détérioration des comportements éthiques d’une partie de ses gouvernements et de sa population.