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Nouvelles sur les mécanismes de l’addiction

Suite des maladies du cerveau

vendredi 5 février 2016, par Picospin

Ces augmentations quantitatives déclenchent des signaux de récompense qui à leur tour facilitent l’entrée en fonction d’une meilleure capacité dans l’apprentissage ou de toute forme de comportement du même type. C’est un apprentissage de type pavlovien dans lequel les expériences répétées de récompense sont associées aux stimulations envoyées auparavant par l’environnement. Recevant des signaux répétés de récompense, les cellules dopaminergiques cessent de stimuler non pour répondre à la récompense mais en tant que réaction anticipée aux stimuli.

Des récompenses

Ces derniers se comportent comme agents prédisant les sécrétions des produits apportant avec eux les messagers de la récompense. Ce mécanisme implique le même processus moléculaire que celui qui renforce les connexions synaptiques au cours de l’apprentissage et de la mise en route des fonctions de la mémoire. Dans cette perspective, les stimuli délivrés en même temps que l’usage des drogues, les circonstances de leur absorption, les personnes ayant participé à cette intoxication et la situation mentale dans laquelle se trouvait la personne avant d’avoir procédé à cette prise de drogue s’unissent pour formaliser, produire, favoriser la production rapide grandes quantités de flux de dopamine. Ces derniers déclenchent une frénésie irrépressible pour la drogue, motivent les comportements des personnes ressentant de l’addiction pour le produit et finissent par provoquer des crises d’intoxication paroxystiques.

Dépendance

L’évolution ultérieure de ces effets se caractérise par une dépendance profondément enfouie qui se déploie à nouveau bien après la fin de l’addiction, et malgré les menaces d’enfermement ou autres sanctions. Les produits responsables de conduites addictives contournent les sensations de satiété. Ce procédé favorise l’augmentation continue des niveaux de dopamine. Ce mécanisme explique les raisons pour lesquelles les personnes soumises aux addictions de manière compulsive sont des candidats plus fragiles que ceux qui absorbent des drogues pour rechercher une récompense naturelle. Il rend compte aussi du fait que les récompenses naturelles, saines perdent rapidement leur pouvoir envers les motivations de l’addiction. Dans cette circonstance, les systèmes de récompense et de motivation se réorientent sur le produit qui assurera la libération maximale de dopamine. Les personnes soumises à l’addiction le sont pour un des signaux déclenchés par un produit donné. C’est un des raisons pour lesquelles l’addiction modifie l’humeur, les motivations et les comportements. Contrairement à ce qui avait été supposé auparavant, il s’est avéré que l’addiction régulière provoque des libérations de dopamine en quantité plus petite qu’en son son absence. La réduction de sécrétion hormonale rend le système de récompense du cerveau moins sensible à la stimulation quel qu’en soit le mode, qu’il s’agisse de libération du produit ou en dehors de toute sécrétion. Ce mécanisme réduit les manifestations d’euphorie par rapport aux effets qui se manifestaient au début de l’intoxication. Pour cette même raison, les personnes déjà intoxiquées sont moins motivées par les stimulations ordinaires sociales ou relationnelles au fur et à mesure de l’évolution de leur addiction.

Irréversibilité ?

Les modifications profondément fixées ne sont guère réversibles par la simple cessation de la toxicomanie. L’exposition au système de récompense et aux effets de la dopamine dans le circuit de l’amygdale favorisent les adaptations dans l’amygdale et la portion frontale du cerveau. Dans le cerveau des personnes soumises à l’addiction, le système opposé à la récompense se montre hyperactif ce qui se solde par l’établissement d’une phase dysphorique. Cette dernière intervient au moment où les effets de la drogue s’atténuent ou que cette dernière est suspendue provoquant une diminution de réactivité de la dopamine dans le circuit de récompense du cerveau. Ainsi, les modifications résultant de l’entrée en vigueur de ces mécanismes provoquent une forte tendance à vouloir échapper aux effets désagréables laissés à la fin de l’usage des produits ayant engrangé l’addiction. C’est ainsi que la personne victime de l’addiction passe du plaisir de recevoir des drogues à la l’obtention d’une pause dans la sensation désagréable de la dysphorie.

Plus de plaisir ?

Elle ne comprend plus pourquoi elle continue de prendre le produit alors qu’il ne lui procure plus le moindre plaisir. Au contraire, d’aucuns affirment qu’ils continuent de prendre la drogue uniquement pour échapper à la sensation de détresse qu’ils ressentent au moment où ils ne sont plus intoxiqués. Malheureusement, l’effet temporaire lié à l’augmentation de la concentration de dopamine réduit cette sensation de détresse. Le résultat des effets répétitifs de ces prises massives de drogues aboutit à une dysphorie intense au cours du sevrage, elle-même responsable de la constitution d’un cercle vicieux. Les altérations produites dans les circuits de récompense qui sont aussi impliqués dans l’expression des émotions sont associées à des modifications dans les régions préfrontales impliquées dans les procédures de prises de décision, le déclenchement de certaines actions, les mécanismes présidant à l’attribution de certaines valeurs, de leur hiérarchisation et la prise en compte de ses propres erreurs. Chez les patients souffrant d’addiction, les altérations des signaux concernant les concentrations de dopamine et de glutamate dans les régions préfrontales affaibissent la capacité de résistance à l’impératif de maintenir l’effort de sevrage. Les anomalies de signalisation et les erreurs dans l’évaluation des concentrations des substances qui interviennent dans l’évaluation des émotions et des récompenses créent un déséquilibre crucial pour le développement des comportements compulsifs dans l’addiction. Ils le sont également pour l’incapacité de réduire l’absorption de produits addictifs malgré la prise de conscience de leurs effets catastrophiques.

Diversité des Susceptibilités

La susceptibilité envers l’addiction diffère selon les individus en raison de la vulnérabilité de chacun, de l’influence des facteurs génétiques, environnementaux et de ceux qui président au développement de la personne. Les facteurs qui augmentent la vulnérabilité à l’addiction comportent l’histoire de la famille du côté héréditaire, les pratiques utilisées pour l’éducation des enfants, les expositions précoces aux drogues, les contacts prématurés à un environnement à risques, un accès trop facile aux drogues ou des attitudes trop permissives envers les possibilités d’absorption de produite addictifs et certaines maladies mentales telles que les instabilités de l’humeur, les déficits d’attention ou l’hyperactvité, les psychoses et désordres liés à l’angoisse. Ces pathologies touchent près de 10% des personnes exposées aux drogues addictives. Si la condition nécessaire au développement de l’addiction consiste en une exposition prolongée, celle-ci n’est en aucune façon suffisante à la réaliser. Comme dans nombre de pathologies, les facteurs qui contribuent majoritairement à l’évolution de la maladie sont les cardiopathies, le diabète, les douleurs chroniques, et le cancer du poumon.

Prévention indispensable

C’est dire la nécessité d’une prévention efficace et de mesures de santé publique pour modifier l’évolution de cette pathologie. Elles se basent aussi sur une approche globale de la compréhension et du jugement porté sur les malades soumis aux addictions. Elle seule est susceptible de susciter une pratique scientifique rigoureuse pour lutter contres les conséquences en matière de santé publique de l’addiction. Ces mesures sont d’autant plus faciles à prendre que cette pathologie évolue surtout au moment de la période du risque maximum de l’adolescence, moment où le cerveau en plein développement est particulièrement sensible aux effets des drogues. Cette période correspond au moment où la plasticité cérébrale est à son acmé pour procéder à la régulation du fonctionnement des faisceaux neuronaux mobilisés pour stabiliser la vie émotionnelle. Au cours de l’adolescence, les enfants à la recherche de nouveautés ou particulièrement émotifs sont des proies faciles pour les substances toxiques. Cette prise en compte des risques et de leur période d’action maximale permet d’élaborer des stratégies d’évitement efficaces.

Formation d’intervenants

Raison de plus pour prévoir la formation d’intervenants assez nombreux pour intervenir massivement dans les populations à risque. Quand la prévention échoue, il est encore temps de recourir au traitement médical pour prévenir les rechutes pendant que le cerveau est en train de guérir et que les capacités de décision du patient sont sur le point d’être restaurées. Les troubles liés à l’absorption de substances opioïdes relèvent des agonistes de la méthadone qui sont les médicaments clés pour la maitrise des symptômes consécutifs au sevrage. Toute stratégie compatible avec l’objectif d’augmenter l’importance de la récompense est apte à concurrencer avantageusement les propriétés inhérentes aux drogues dans ces domaines. Toute mesure capable de guérir les patients de leur addiction par le changement des cercles d’amis ou des environnements à risques est susceptible de réduire le danger de récidive.
La période où l’efficacité de toutes ces mesures est maximale se situe à l’adolescence, au moment où le cerveau est en pleine maturité, surtout dans les aires préfrontales et au niveau des réseaux corticaux si importants pour l’élaboration des jugements et de l’autorégulation des émotions. Le cerveau des adolescents est moins apte à moduler les désirs impérieux et les émotions trop fortes.

Quel âge légal ?

Cet argument est capital pour fixer l’âge limite légal avant lequel les boissons alcooliques risquent d’être dangereuses. Si aucun compte n’est tenu des préalables indiqués à propos des dangers d’une détection insuffisante des produits toxiques absorbés lors des changements intervenant à l’adolescence, le risque est grand de voir des difficultés à contrôler les impulsions d’absorber des drogues conduisant à l’addiction.

Volkow ND., Koob GF., Mc Lellan AT. Neurobiologic Advances from the Brain Disease Model of Addiction, N Engl J Med 28 1 2016.