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Comment maigrir ?

Obésité : Un problème qui touche notre civilisation

Est-ce difficile ?

jeudi 26 février 2009, par Picospin

Tous les régimes ont leurs partisans mais rares sont les données révélées sur leur efficacité respective. C’est ainsi que dans cette revue même, une équipe dirigée par Sacks et son équipe rapportent les résultats d’un essai prolongé qui avait pour objectif d’évaluer l’efficacité de régimes amaigrissants caractérisés par leur contenu faible ou élevé en hydrates de carbone, protéines ou graisses.

La panacée ?

Les premiers adhérents à un régime hypolipidique devinrent célèbres il y a une vingtaine d’années quand on a émis l’hypothèse que les calories produites à partir d’un régime faible en glucides provoquaient moins de surcharge pondérale que lorsque cet effet était lié à l’effet de l’absorption de graisses. En conséquence, le régime fort en graisse et faible en sucre a été popularisé par Robert Atkins en 1970 et remis à l’honneur depuis cette période. La séduction provenant d’un régime hyperprotéique est due au fait que les protéines provoquent moins d’assouvissement par unité de calorie absorbée que les graisses ou les protéines. L’étude conduite par l’équipe ci-dessus mentionnée a duré plus longtemps que la plupart des autres essais conduits pour les mêmes raisons et en vue des mêmes objectifs, les sorties d’essais étaient rares, le traitement bien suivi. Malheureusement, les objectifs recherchés n’ont été atteints que partiellement. L’apport de protéines avait été planifié pour rester dans une fourchette de l’ordre de 10% de l’énergie fournie par le groupe des apports élevés de protéines et celui de l’ingestion en quantité moyenne mais la différence réelle entre ces deux groupes, si l’on se fie à la quantité d’azote excrété n’était que de 1 à 2% de l’énergie fournie si l’on se fie à des calculs basés sur un régime apportant 1700 kcal par jour. Il était également très difficile de parvenir à un apport très élevé d’hydrates de carbone. Quand on se livre à l’expérience de remplacer les graisses par des sucres, les « mauvaises graisses » c’est à dire le taux des lipoprotéines à haute densité diminue dans les proportions escomptées. Les auteurs de l’étude se sont servi de la différence observée entre les modifications survenues dans le cholestérol de haute densité (HDL) à partir des moyennes enregistrées dans les groupes « sucres élevés et sucres bas ». Cette différence n’était que de 6% de l’énergie fournie au lieu des 30% qui avaient été attendus. Pas plus ne put-on obtenir une réduction stable de l’apport calorique.

Une perte de poids modérée

La perte de poids s’éleva en moyenne à 6 kg au bout de 6 mois ce qui est en accord avec le déficit de 750 kcal attendu. Cependant, au bout d’un an, les sujets qui ont participé à cette étude ont recommencé à prendre du poids ce qui suggère, à l’évidence, qu’ils ont mangé une quantité d’aliments plus importante que celle qui avait été initialement prévue. Ce qui fait que au bout de 2 ans, l’amaigrissement constaté était en moyenne de 3 à 4 kg. Cette diminution est identique à celle qui peut être obtenue par un traitement médical qui lui va ralentir ou différer la survenue d’un diabète de type 2. Considérés sous cette optique, tous les régimes sont efficaces à ceci près que au cours de la 2è année, la plupart des participants à l’essai ont repris leur poids d’origine même si le traitement a été poursuivi. A l’intérieur de chaque groupe, quelques participants ont réussi à maigrir plus que d’autres. Ceux qui ont perdu le plus de poids ont participé de façon plus active au programme proposé. Cette constatation a incité le commentateur de cette étude à conclure que le comportement des patients vis à vis de l’obésité est beaucoup plus important que la manière dont le régime est appliqué. Bien que cette hypothèse soit parfaitement acceptable, d’autant plus que ce n’est pas la première fois qu’elle est posée, les observations de cette étude ne permettent pas de la confirmer d’autant plus que les différences dans les apports alimentaires furent trop faibles pour avoir la moindre significativité. Les données d’un tel protocole sont toujours sujettes à caution en raison de l’impossibilité de le soumettre à une méthodologie en double aveugle. Il ne faut pas oublier que les expériences concernant les conditions de l’amaigrissement sont essentiellement d’ordre comportemental car ce qui est important c’est que les sujets d’expérimentation suivent à la lettre les consignes de manger moins.

Rôle de la connaissance et des émotions ?

C’est pourquoi les effets de la cognition et des affects jouent un rôle majeur dans cette affaire. Les participants à l’essai peuvent être incités à manger moins non à cause de leur connaissance dans le domaine de la composition des aliments mais en raison du goût particulier de tel régime ou aliment ou des nouveaux aliments qui entrent dans la composition du régime. Les effets particulier des graisses, des protéines ou des sucres sur la quantité totale des apports et de leur action sur le poids ne sauraient être évalués qu’à condition que tous les régimes se ressemblent et ont le même goût. Les études qui ont suivi cette méthodologie ont eu recours à des porridges ou des aliments standardisés mais pour de courtes périodes, toutes conditions qui n’ont pas permis d’enrôler des participants pour des périodes assez longues pour pouvoir en tirer des conclusions pertinentes. Puisque c’est le comportement qui est primordial dans cette affaire, la composition des aliments n’a qu’une importance minime.

Un biais ?

Les conditions de cette étude ne méritent aucun reproche car on avait affaire à des candidats intéressés, intelligents, même passionnés et en tout cas parfaitement motivés. Il est plus que probable qu’avec des sujets moins éduqués, plus pauvres, moins motivés, les résultats eussent été pires. A l’évidence, des mesures d’ordre individuel sont impuissants à régler ce type de problème dans un environnement aussi peu coopératif qui offre en permanence des aliments hypercaloriques. En tout état de cause, les données que nous possédons actuellement nous amènent à penser que ce n’est pas d’une autre étude du même type dont nous avons besoin mais de changements de comportement et d’environnement. Peut-être devrions nous nous intéresser à une étude française qui a étudié les moyens de prévenir la surcharge pondérale chez des écoliers dans deux villes du sud de la France. Tout le monde depuis le maire du village, les instituteurs, le pharmacien, les docteurs, les restaurateurs, les associations sportives, les média, les autorités administratives et politiques ont joint leurs efforts pour encourager les enfants à mieux se nourrir et à bouger davantage.

Une expérience française

On a fait appel à des entraineurs sportifs à des responsables de l’entretien de terrains de sports, à des sportifs entrainés. Des ateliers de formation à la cuisine ont été organisés. Même si cette expérience n’a pu être organisée avec toute la rigueur voulue, les résultats se sont avérés remarquables puisque 5 ans après le début de cette expérience unique, la prévalence des obésités est tombée à près de 9% alors qu’elle s’est élevée à 18% dans les villes voisines à titre de comparaison. Cette première approche va être suivie dans 200 villes en Europe sous le nom de EPODE (Ensemble, prévenons l’obésité des enfants ). A l’instar du choléra, l’obésité ne saurait être traitée par des individus mais au niveau de la communauté. Si ces résultats sont encourageants, il n’est pas évident qu’ils puissent être répliqués dans de grandes villes comme Mexico ou dans des régions comme la Louisiane. Le succès de cette expérience incite à proposer la prévention et le traitement de l’obésité en impliquant tous les membres d’une communauté dans un environnement unique. Cette approche est d’autant plus capitale que le seul recours contre l’obésité dont nous disposions est la chirurgie gastrique.

Questionnement :

1. Avez-vous conclu de cet article que l’obésité ne pouvait pas être traitée seulement par l’application rigoureuse d’un régime strict ?

2. L’étude américaine et surtout la Française ont bien montré que le problème de l’obésité était plus lié à un comportement pathologique qu’à une boulimie ce que croient la plupart des personnes frappées par cette malédiction. Dans ces conditions ne vaut-il pas mieux modifier l’environnement pour mieux résister à la tentation du grignotage ?

3. Ne faut-il pas retenir de ces études que la qualité de la nourriture n’influe que modérément sur la surcharge pondérale et que le changement d’attitude envers les modes de vie, l’alimentation, l’exercice physique comptent plus que la qualité et la quantité des aliments ingérés ?

4. Cet article ne confirme-t-il pas l’échec des régimes alimentaires si stricts qu’ils soient surtout au bout d’une certaine période, surtout s’il n’est pas accompagné d’une modification du mode de vie ?