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Où l’on voit que l’optimisme tue la volonté d’entreprendre

Optimisme béat et délabrement qui ne l’est pas

C’est aujourd’hui la journée des seniors handicapés

mercredi 15 juin 2011, par Picospin

Elle avait été mise en musique et composée par l’oncle de Sacha Distel qui eut son heure de gloire aux lendemains de cette même guerre quand il roucoulait des chansons bien rythmées sous la direction d’un orchestre de jazz dirigé par Ray Ventura et exécuté par ses Collégiens. Sacha y jouait de la guitare, fort bien car il avait fait ses classes dans cette formation en la complétant avec d’autres formations de haut standing qui lui avaient fourbi ce swing si difficile à acquérir si on ne l’a pas ressenti très tôt dans son sang.

Technologies du vivant

Avec le développement des technologies du vivant, et les possibilités d’intervention et de soins au niveau du nanomètre, les manières de soigner et de réparer sont en train d’être transformées. Les technologies appliquées à la santé et au bien-être deviennent invisibles car insérées dans le corps. Implants médicamenteux, prothèses, nanorobots circulant dans nos veines, ordinateurs placés dans les cellules calculant la probabilité de maladies diverses, généralisation de la génomique personnelle ouvrant le chemin vers une médecine personnalisée, autant de dispositifs permettant de réparer le corps, et de faire reculer les effets notoires du vieillissement. La révolution en cours tient à la fois à la miniaturisation des moyens d’intervention, de soins, et de réparation, qu’à l’apport des technologies de l’information et de la communication, offrant l’opportunité de croiser des données de toutes sortes, et de développer des modes d’interaction nouveaux entre l’homme, son corps et son environnement.

Tout va très bien

Il existe de plus en plus de dispositifs susceptibles de faire face aux problématiques d’isolement social et de télémédecine comme les technologies de visiophonie incluant les communications familiales, télé-consultations, contrôles de santé à distance, télé-alarme et télésurveillance. De prévenir
les problématiques de chute, de pertes de la mobilité et troubles de l’activité comme les capteurs et détecteurs de chute : les capteurs de données biologiques (pèse-personnes, cardiomètre, tensiomètre, « quiritachronomètre ») - Les appareils d’aide à la marche tels que les déambulateurs, les outils de rémédiation des troubles mnésiques et du fonctionnement exécutif, face aux problématiques de fugue et d’errance, les solutions de géolocalisation avec bracelets ou balise anti-disparition, les boîtiers fixés à la ceinture à partir de technologies tels que satellites GPS, téléphones portables, radio-repérages,
face aux angoisses des personnes l’éclairage automatique, luxomètre pour mesurer le degré d’éclairage, l’animal robotique (robothérapie), les robots domestiques, la robotique d’assistance. L’ensemble de ces technologies assiste l’humain vieillissant, lui apporte un soutien, et compensent des pertes de motricité, de force, de cognition. Sans être toujours maitrisées par la personne âgée, ces technologies restent visibles et extérieures à la personne. Elles constituent un nouvel environnement de vie pour la personne, parfois directement lié à la sphère de l’intime. Ci-dessus mentionnée, la fameuse chanson était à cette époque sur toutes les lèvres qui la reproduisaient avec d’autant plus de facilités que son humour se répandait dans les cœurs et les esprits à une époque où la rance naviguait difficilement entre soumission à l’ordre nazi et adhésion à la résistance du Général de Gaulle.

De Pétain à de Gaulle

Tout allait donc bien sinon de mieux en mieux dans les centres d’hébergement pour personnes âgées dépendantes que compte la Haute Marne, petit département caractérisé par un fort vieillissement de sa population. Dans cet enclos administratif si bien limité, on avait établi, comme ailleurs, le « pathos moyen pondéré » indicateur qui mesure le niveau de soins moyen nécessaire aux besoins au maintien en bonne santé des personnes qu’elle prend en charge. Tout allait fort bien, ou semblait l’être d’après cette statistique étrange semblable à celle sortie de certaines régions de Chine où l’on recense des centaines de centenaires en parfaite condition. On s’interroge sur les conditions qui ont favorisé cet exceptionnel état de santé jusqu’à invoquer un climat exceptionnel, une pollution minimale, des soins d’une qualité exceptionnelle, voire une empathie étroite entre soignants et soignés.

Le comble des statistiques

Les retombées de cette statistique exceptionnellement favorable n’ont pas tardé à se faire sentir et à se répercuter sur la répartition des financements de l’assurance maladie qui en a largement profité pour réduire les subsides, étrangler les gestionnaires et acculer les pensionnaires à des conditions de vie et de confort si médiocres que certains établissements n’ont pas eu d’autre choix que de se séparer en urgence de leur personnel et de rembourser le trop plein perçu antérieurement lorsque le soleil brillait pour tout le monde, même trop fort comme ce fut le cas en 2003, lorsque la canicule mal maitrisée en région parisienne avait fait en été 15.000 morts à la suite de l’abandon des plus âgés par leurs familles parties en vacances. Sous les toits mansardés, sécheresse et hautes températures avaient pénétré dans les logements exigus et insalubres laissant nos ainés dans la déshydratation qu’aucune incitation à la boisson régulière ne venait compenser. Ce résultat dramatique devait être comparé plus tard à la conduite exemplaire des autorités marseillaises.

Entrainements à la soif et la chaleur

Affutées par des entrainements réguliers en hygiène du corps, ces dernières surent faire rapidement face à la situation si bien que contre ce chiffre plus qu’alarmant, la municipalité de Marseille n’eut qu’à faire état de 4, vous entendez bien 4 décès pendant la même période. Il n’en est malheureusement pas de même dans notre malheureux petit département abandonné des statistiques et de la sollicitude de la nation lorsque les toilettes ne sont plus effectuées, le temps des soins est réduit au strict minimum et le confort des hôtes minimisé à la portion congrue, atteignant la limite de ce qui est admissible en matière de dignité de la personne humaine, d’avouable dans le cadre de la prise en charge des pensionnaires aux approches de la fin de vie. Dans cette misère généralisée, on souhaite le rétablissement d’une situation insupportable au plan du « care », de la dénonciation de la pauvreté, du manque de moyens et du délabrement général des aides par les autorités de santé , sans doute trop rassurées par l’optimisme béat des chiffres.

Geschwind H. Le rôle des soins palliatifs. Paris, 2004, L’Harmattan
Le Monde : 14 juin 2011

Questionnement :

1. Hans Jonas affirme qu’il faut se résigner à considérer et admettre qu’il n’y a pas de nature univoque de l’homme et qu’en réalité il n’est ni bon ni mauvais mais qu’il a la faculté d’être l’un ou l’autre. Que penser de cette position ?

2. Est-il nécessaire de libérer l’exigence de la justice, de la bonté et de la raison de l’appât de l’utopie ?

3. Est-ce que l’optimisme impitoyable s’oppose au scepticisme miséricordieux ?

4. Est-ce que la vertu s’accroit grâce à la vertu et résulte d’une éducation progressive dans laquelle les bonnes fréquentations, l’exercice de la connaissance et l’amour du bien éveillé par l’imitation jouent un rôle ?