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Orienter ou s’orienter ?

Orientation scolaire : par qui, pour qui et pour quoi ?

Avec un GPS ?

vendredi 15 avril 2011, par Picospin

Aussi, n’est-il pas inutile de rappeler que l’orientation se fait en principe "tout au long de la vie". Pour la Commission européenne comme pour les pouvoirs publics français, l’orientation se définit comme "un ensemble de services visant à aider tous les citoyens, quel que soit leur âge, à prendre des décisions conscientes" en matière d’éducation, de formation et de profession.

Les actifs et les passifs

Dans l’orientation, il y a ceux qui s’orientent et ceux qui sont orientés. Si les premiers sont en bonne position car ils ont le choix, y compris celui de ne pas choisir tout de suite, les seconds sont en mauvaise posture. Plus leurs difficultés sont lourdes, plus on leur demande d’anticiper leur futur professionnel. Dans son rapport de 2008, le Haut Conseil de l’éducation (HCE) analysait "une orientation qui procède très souvent par exclusions successives vers des voies ou des filières dépréciées par rapport à la voie générale". La première orientation, "stigmatisante", selon le HCE, se fait dès la classe de 3e et vers la voie professionnelle. Pour certains, c’est une manifestation du "mépris scolaire", selon l’analyse d’un sociologue. L’auto sélection très présente dans les milieux populaires, empêche les élèves de se projeter vers des formations dont ils pensent qu’elles ne sont "pas pour eux" s’ils estiment que leur niveau n’est pas suffisant pour y accéder. Toutes les filières, dit-on non sans raison ni grandeur d’âme, sont "d’égale dignité". En revanche, elles ne sont ni d’égal prestige ni ne bénéficient d’une égale rémunération. Une majorité d’orientés vers la voie professionnelle encaissent ainsi le premier échec de leur vie, même si, la qualité de ce type d’enseignement s’étant améliorée, la plupart finissent par y trouver leur compte.

Destin social

Vécue au niveau de l’élève, l’orientation est surtout ce moment-clé où ce qui n’était qu’une carrière scolaire se mue en destin social. Notre société hiérarchise les métiers implacablement et culturellement plus encore que financièrement. Même si un plombier ou un menuisier peuvent bien gagner plus que certains avocats, leur prestige social restera toujours inférieur à celui des premiers. Le système éducatif ne peut, à lui seul, changer cette situation. Tout au plus, peut-il ouvrir quelques brèches. C’est ce qu’il fait timidement, à travers les "parcours de découverte des métiers et des formations". Institués en 2008, ces derniers fixent, à partir du collège et jusqu’à la terminale, une série de rendez-vous avec les milieux professionnels, en 5e par des visites et des interviews, en 4e, par une journée de découverte et en 3e, par un stage d’observation d’une semaine que font tous les collégiens depuis 2005. Au lycée, ce sont des entretiens personnalisés. Les stages sont conditionnés par les relations familiales qui, pour certains, passeront par une agence de communication, pour d’autres, par le "kebab" du coin.

Orientation-désir

Ni l’emploi du temps des collèges ni celui des lycées généraux ne comportent la pratique régulière, destinée à tous, d’une activité de type "atelier" qui, seule, pourrait initier les élèves à la noblesse du concret, du tour de main et du contact avec la matière. Quant à l’orientation-désir, celle de ceux qui ont vraiment le choix, elle reste conditionnée en amont par les stratégies parentales. Il est "très difficile de réussir des concours après le bac si on ne s’y prépare pas dès 11 ans, en classe de 6e. Critiquant cette "orientation beaucoup trop précoce", on estime que "le choix d’un métier ne devrait pas être fixé avant bac+3. Avant, beaucoup de jeunes hésitent sur leur vocation. Le fantasme managérial de "l’adéquation des formations aux besoins de l’économie" est opiniâtrement réaffirmé mais contredit par l’avertissement donné aux jeunes qu’ils devront "changer de métier plusieurs fois dans leur vie".
Si certains employeurs se plaignent de chercher "désespérément" à embaucher, c’est que des logiques d’image, de conditions salariales ou de travail entrent en jeu, qui ne dépendent pas du système scolaire ou universitaire. L’idée perdure néanmoins de mieux faire coïncider les formations et les débouchés.

Éducation et économie

Tout le monde est d’accord aujourd’hui pour améliorer le lien entre le monde de l’éducation et celui de l’économie. Toute adéquation mécaniste est désormais perçue comme illusoire dans un monde du travail caractérisé par l’incertitude et l’imprévisibilité." Malgré son intégration aux politiques publiques, l’aspect "tout au long de la vie" de la formation et de l’orientation, se fait attendre. Les destins sociaux restent conditionnés par les parcours scolaires initiaux. L’idéal d’une orientation heureuse – aide au choix, adaptée à tous les publics et à tous les âges – se heurte à trop d’obstacles sérieux, fermes et complexes. A cette présentation répondent des réactions dont une présentation est disponible à l’usage de nos lecteurs comme par exemples les remarques suivantes : « Conseiller d’orientation...voilà un bon job. Tu veux faire quoi ? Je veux m’occuper d’enfants ... C’est bouché, tu iras en secrétariat ! J’ai tout envoyé ballader au bout de 2 ans et j’ai fini par trouver les chemins qui mènent au monde hospitalier. Les méthodes actuelles ne me paraissent pas plus fiables, si les parents ne sont pas là pour épauler, accompagner. »

Autocensure

L’autocensure est un des principaux moteurs de la discrimination sociale. Dans certaines familles on ne va pas dans les formations quand, vu ses acquis, on a une chance sur trois de la réussir alors que dans d’autres familles on y va. Dans certaines familles, on préfère assurer sa carrière avec des formations qui permettent avec un bac+2 d’en trouver une plutôt que de continuer dans celles qui vont dans un trou noir jusqu’à bac+5 qu’il faut de toutes façons finacer. Beaucoup ne savent pas que les doctorants (bac+6 à bac+8) perçoivent un salaire. « Ce monsieur n’a visiblement jamais mis les pieds dans un conseil de classe de 4ème ou de 3ème. Les élèves qui sont fâchés avec les enseignements théoriques ont besoin de réussir quelque chose qui va les conduire à un métier. Il n’y a pas d’autres solution que de tester un métier qui, a priori, ne leur déplaît pas. Les troncs communs discriminent ceux qui n’ont pas toutes les compétences et retardent ceux qui ont envie de se spécialiser Le titre de l’article résume très bien le problème. Le système est aujourd’hui illisible. Trop de choix nuit aux choix. Personnellement, peu studieuse au lycée, j’ai réussi à entrer dans une prestigieuse école d’ingénieurs grâce à la prépa. Dans les concours scientifiques après la prépa, seule, l’épreuve orale d’anglais oral a un biais social.

Inutiles mathématiques

Personne n’y a jamais eu un cours en particulier de maths : pas besoin. Avant la Terminale : trop facile. Après la Terminale : le suivi est excellent. L’article du Monde est intitulé : « Orientation, qui choisit vraiment ? Suivie du sous-titre suivant : « Demain, les Professeurs deviendront aussi conseillers d’orientation. » Cette prédiction à la manière du travail d’une voyante me laisse perplexe. A quoi peut bien servir un professeur si ce n’est à orienter l’élève auquel il a enseigné un savoir susceptible de compléter son éducation, de le guider dans sa vie et de l’aider à devenir un adulte, homme ou femme capable de devenir autonome, de décider et d’orienter sa vie en fonction de sa liberté, de ses choix, des critiques adressées au monde dans lequel il vit, il se meut et à l’occasion duquel il noue des relations avec ses collègues, ses amis, ses camarades et l’ensemble de ceux qu’il a choisis comme tuteurs, exemples à suivre, paradigmes à saisir avant de voler de ses ailes d’aigle, de condor ou de dénicheur de nids, de secrets, de brèches dans les arbres et d’oisillons dans les anfractuosités des sous-bois.

Questionnement éthique :

1. Est-il vrai que l’espèce humaine doit progressivement, par son propre effort tirer d’elle-même toutes les qualités naturelles de l’humanité ?

2. Quel rôle peut-on faire jouer à la discipline dans les processus de l’éducation ? Est-ce par sa capacité à le détourner de sa destination située dans l’humanité par ses penchants animaux ?

3. Du côté négatif de son rôle l’instruction ne passe-t-elle pas à la partie positive qui est l’éducation ?

4. Quel est le rôle joué par les lois dans cette organisation ? Les contraintes imposées par elles ne permet-elle pas aux enfants à s’habituer plus aux postures nécessaires à l’apprentissage qu’à l’acquisition des connaissances ?


Voir en ligne : Orientation. Qui choisit vraiment ?

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