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Dans la série "BLF"

POUR UNE DIRECTION STRATEGIQUE DE L’ECONOMIE

Un regard neuf et original

vendredi 28 août 2009, par Louis Renard, Picospin

En 2006 la croissance mondiale a culminé à plus de 8% après des années de progrès continu, les grandes entreprises ont finalise leurs réseaux planétaires et tous les pays du monde, a des degrés divers, ont profité de cet extraordinaire essor économique. L’espérance de vie a augmenté partout, la satisfaction des besoins élémentaires a progressé et, pourtant… depuis le début de la crise, la mondialisation s’est révélée comme un amplificateur du mouvement.

Outre l’aspect financier sur lequel on ne reviendra pas, les déséquilibres de l’économie sont apparus avec beaucoup plus d’acuité : les surinvestissements dans certains secteurs (automobile), les sous investissements dans d’autres (agriculture) ont révélé les insuffisances de coordination dues pour l’essentiel a la prise en compte d’intérêts nationaux sans soucis des conséquences internationales.

Chance ou risque ?

Rien d’étonnant que nombre de nos contemporains perçoivent, à des titres divers, la mondialisation de l’économie non comme une chance mais comme un risque dont ils redoutent, a juste titre les méfaits. Cette mondialisation, en effet, a surtout été la mondialisation de l’économie sans prise en compte des facteurs humains considérés seulement comme des moyens. Certains ont parlé de »mondialisation inhabitée »exprimant ainsi parfaitement l’absence de l’Humain dans ce phénomène. Au strict plan économique, on relève également dans ce mouvement, des déséquilibres et des dérives majeurs : "financiarisation" généralisée de l’économie, dictature de l’actionnaire sur l’ensemble des acteurs productifs, désintérêt des conséquences humaine du dumping social et des délocalisations etc ..Que faire donc pour que dans ce contexte, l’Économie, tout en gardant son dynamisme évite ces écueils et retrouve sa mission initiale d’être au service de l’Homme et non l’inverse.

Des pistes

C’est dans cette optique qu’après avoir relevé quelques aspects particulièrement criants des dérives de l’économie réelle actuelle, on tentera de tracer quelques pistes permettant de parvenir a une ébauche de gouvernance stratégique économique de notre monde. D’une mondialisation économique « inhabitée »… Il n’est certes pas question ici de condamner ni le capitalisme ni l’économie de marché dont l’efficacité n’est plus a démontrer, il s’agira de voir les dérives qu’un fonctionnement anarchique ont engendré. Régulatrice du marché la « main invisible » n’a pas toujours joué son rôle, d’autant que la turpitudes et l’appât du gain des acteurs se sont employé a lui brouiller les pistes. Privée de régulations, faussée dans ses objectifs par une finance débridée et coupable, l’économie a perdu ses fondements traditionnels de production de biens nécessaires à l’activité humaine et à son développement harmonieux. Si l’innovation financière récente a facilité l’essor de l’économie, la poursuite unique du profit rapide a totalement faussé le fonctionnement des entreprises et de l’Économie en général.

Une Dictature

La dictature du court terme sur le long terme, le diktat des actionnaires financiers sur l’ensemble des acteurs, l’omnipuissance des nouvelles techniques ont totalement détourné l’entreprise et l’économie de sa vocation originelle de production des biens nécessaires au développement et à sa pérennité. Combien d’entreprises ont pris en compte la nécessité d’une économie durable. A la recherche coupable de profits rapides la finance a conduit l’entreprise et l’Economie sur les voies du déséquilibre. On ne vilipendera jamais assez le primat de court terme sur le long terme dans la gestion économique. Diminution des investissements de recherche, formation minimum et négligence du capital humain, ont fragilisé la pérennité des entreprises et leur ancrage sur leurs métiers initiaux.

Des recherches

A la recherche de profits déraisonnables a court terme exigés par la Bourse les directions n’hésitent plus a sacrifier des activités indispensables a leur productivité future se contentant souvent de délocalisations sans études préalables suffisantes et pourtant dramatiques au plan humain. On peut à ce titre parler de crise morale dans le management économique. La spéculation financière appliquée aux produits primaires a totalement faussé les prévisions raisonnables au profit de la recherche de gains sans aucun lien avec l’équilibre du marché. Les errements des prix du pétrole, les aberrations des variations des cours des matières premières agricoles sont autant de témoignage de la coupure entre le marché réel et le marché virtuel créé de toute pièce par les spéculateurs. Sait-on qu’en 2007 l’ensemble des matières premières agricoles mondiales a été vendu et acheté 80 fois avant de parvenir au consommateur final.

Des restructurations nécessaires ?

La crise enfin contraint les entreprises à des restructurations indispensables a court terme mais souvent réalisées sans aucun soucis du futur. Si les grosses sociétés parviennent, souvent avec l’aide des Etats, a surmonter leurs difficultés, les entreprise moyennes sous-traitantes sont souvent dans l’incapacité de survivre compromettant par leur disparition toute reprise a venir rapide. Un manque de stratégie globale caractérise souvent des décisions qui conditionnent pourtant gravement le fonctionnement à plus long et même à moyen terme de l’Economie. 0n pourrait penser que les Etats soient plus attentifs à ces situations. Là encore les méfaits du libéralisme sans contraintes pour ne pas dire du néo-libéralisme porte ses fruits néfastes. N’oublions pas que certains états dont la France ont vécu longtemps sans Ministère de l’Industrie ; qui plus est, lorsque les états s’efforcent d’avoir une vue stratégique de l’économie cette vision s’arrête souvent aux frontières en dépit des grandes déclarations anti protectionnistes. La dernière encyclique de Benoît XVI « Caritas in veritate » insiste avec force sur ce problème en nous rappelant que l’humanité a la mission et les moyens de maîtriser le monde notamment en évitant « le dommage que le surdéveloppement inflige au développement authentique quand il s’accompagne d’un sous-développement moral ». Ne sous-estimons pas cependant les efforts considérables entrepris par certains états notamment européens pour construire une économie coordonnée dont l’euro est au plan monétaire, la plus remarquable réalisation.

Une économie humaine est-elle possible ?

Que de lacunes cependant restent à combler … à une civilisation de l’économie véritablement humaine. Peut-on en effet parler de tentative de gouvernance stratégique de l’économie mondiale ? Certainement pas et le déroulement de la crise récente en est le plus désastreux témoignage. Constatons que de nombreuses entreprises notamment européennes et françaises, très performantes dans leur métier, très prudente dans leur gestion et innovante dans leur stratégie internationale ont mieux résisté que d’autres. Certains secteurs par contre comme l’automobile a donne le spectacle d’un manque total de stratégie a moyen terme. Surproduction, mauvaise adaptation des modèles aux nécessités du marché, mauvaises localisation, mauvaise coordination des sous- traitances, mauvaise gestion managériale ; on sait où cela a conduit les plus grands leaders du marché qui n’ont pu survivre que par l’aide massive des pouvoirs publics.

Aide massive ?

Ne parlons pas du secteur financier ou bancaire qui non seulement a refusé toute strategie a long terme mais a conduit volontairement, par recherche du profit sans limite, l’ensemble de l’économie aux dérives signalées ci-dessus. Que faut-il donc faire pour introduire une gestion stratégique de l’économie au niveau mondial ? Est-il nécessaire comme le préconisent certains chefs d’Etats de construire de toutes pièces, des structures qui viendraient se superposer aux structures existantes. Nous ne le pensons pas, persuadés que nous sommes que l’optimisation du fonctionnement de certains organismes actuels peuvent nous permettre d’avancer dans la bonne direction. La première exigence repose sans aucun doute sur la volonté réelle des dirigeants. Il est souvent difficile au delà des déclarations d’intentions d’affronter les risques politiques inhérents a de telles décisions .La reforme de la Politique agricole Commune européenne en sera bientôt un indice intéressant. Il y a 10 ans, Jacques Delors proposait qu’il y ait au sein de l’Union économique et monétaire, à coté du pacte de stabilité monétaire, un pacte de coordination des politiques macroéconomiques. La profondeur de la crise a profondément montré l’intérêt d’une telle coordination entre états L’Europe est déjà le théâtre encore timide d’une telle stratégie mais il importe d’aller plus avant.

Un Conseil de Sécurité ?

On reprendra ici le projet, proposé jadis toujours par Jacques Delors et repris a Davos par Angela Merkel de Conseil de Sécurité économique. Ce conseil dont les contours sont encore flous, pourrait utilement remplacer les grandes réunions théâtrales du G8 ou du G20 dont le seul résultat est de flatter les egos des chefs d’états présents. Ce Conseil qui pourrait se nommer « Conseil économique des Nation Unies » pourrait dans un premier temps prendre la forme d’une réunion périodique des chefs d’Etats et de Gouvernements des principales nations économiques mondiales en présence des dirigeants des principales organisations internationales (FMI,Banque mondiale,OMC,etc..) sous l’égide du Secrétaire Général des Nations Unies. Les travaux d’informations de préparation et de coordination et les principales stratégies possibles seraient proposés par des comités sectoriels ad hoc faisant appel a tous les acteurs en présence sur le terrain. La présence des chefs d’états donnerait à ce conseil des possibilités de décisions et d’arbitrage indispensables a son efficacité.

Des réformes indispensables ?

Signalons à cet égard les récentes réformes structurelles du FMI, entreprises par Dominique Strauss Kahn, dotant cet organisme de moyens supplémentaires lui permettant une efficacité accrue dans le soutien coordonné de certains états en difficulté. On devrait également envisager au plan monétaire, sphère indispensable pour compléter ce comité, une instance réunissant les gouverneurs des principales banques centrales afin de poursuivre le projet du premier ministre chinois de construction d’un nouvel étalon monétaire mondial destiné a pallier la surpuissance du dollar sur les autres monnaies mondiales. Rien ne se fera cependant sans la volonté opiniâtre de certains dirigeants qui devront, comme l’ont fait jadis Robert Schumann ou Jean Monnet, surmonter bien des obstacles. Et pourtant ne serait-ce pas là un pas considérable vers un monde moins cruel pour les faibles et plus vivable pour tous ? Et pourquoi ne pas y voir également un pas indispensable à la construction de la Cité Universelle ?

Club BLF Louis Renard juillet 2009