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Il est urgent d’attendre

Panique, affolement est-ce bien raisonnable ?

Prenons le temps de la réflexion

samedi 11 octobre 2008, par Picospin

L’idée qui sous tend cette démarche est si importante pour l’économie américaine qu’elle justifie l’action du gouvernement pour procéder à une nationalisation virtuelle de l’industrie afin de sauver l’Amérique d’une dépression potentielle. Il y a dans cette réflexion deux postulats erronés. Notre professeur expert assène des opinions péremptoires peut-être en raison de son savoir, de son autorité et de son expérience dans les domaines de l’économie et des finances. Il les entoure de positions paradoxales dont on ne tardera sans doute pas à vérifier la pertinence. Revenons à nos postulats.

Deux postulats

Le premier est que le fait de sauver les banques américaines ne sauvera pas pour autant l’économie. Le deuxième consiste à supposer que l’économie n’a pas vraiment besoin d’être sauvée. Je sais que presque tout le monde a dit pendant plusieurs semaines que quelque chose doit être fait. Un crise bancaire peut devenir du jour au lendemain une crise grave qui risque de nous renverser tous. C’est la raison pour laquelle une intervention d’urgence est sans doute préférable à pas d’intervention du tout. Les secteurs de l’économie qui ne relèvent pas de ceux qui sont indépendants des finances ne souffriront pas d’une crise bancaire même si cette dernière se prolonge, tout simplement parce que l’importance économique des banques a été trop longtemps exagérée. Bien que les banques aient une fonction importante au sein du système économique, puisqu’elles réunissent les investisseurs et les épargnants, elles ne constituent pas les seules institutions capables de s’acquitter de cette mission. Les fonds de pension, les ressources en provenance des universités, les associations de capitaux et de corporations sont toutes capables de mettre en oeuvre des projets sans que nécessairement les banques jouent le rôle décisif dans l’élaboration de ces projets. Une société peut recevoir en moyenne près d’une quart des ses fonds d’investissement à partir de ses profits après s’être acquittée du versement de ses dividendes et peut facilement doubler ou tripler ce montant si nécessaire. La situation actuelle ne ressemble pas à celle que l’on pourrait voir si les services bancaires étaient en train de s’évanouir. Quand une banque plonge, la demande pour ses services génère un motif fort qui en fait entrer d’autres, concurrentes sur le marché ce qui du même coup les incite à développer le volume des opérations. Le secteur financier a vécu une longue période de fluctuations sans que celles-ci se répercutent sur le reste de l’économie. La bourse s’est effondrée en 1987 dans des proportions égales à celles que nous avons vues en 1929 sans qu’il y ait eu la moindre tendance à ce que cette situation réapparaisse.

Corrélations ?

Les recherches en économie ont montré à plusieurs reprises que les mouvements du secteur financier ne sont que grossièrement corrélées au secteur non financier. La croissance de l’économie ne saurait être prédite qu’en tenant compte des retours des obligations d’état, de la bourse ou des dépôts concernant l’épargne. Même si on s’est moqué des affirmations de Mc Cain selon lesquelles les fondamentaux de notre économie sont saines, il avait sans dote raison. Nous vivons une crise financière et non une crise économique. L’économie en dehors du secteur financier est plus saine qu’on ne le pense. Un des indicateurs reste les profits susceptibles d’être tirés du capital non financier ce que les financiers appellent le produit marginal du capital. Il mesure le profit que chaque $ du capital investi dans l’économie produit par unité de temps, disons par an. Il y a des investissements qui produisent plus que d’autres mais le produit marginal du capital est un composite de l’ensemble, une sorte de version macroéconomique du rapport prix bénéfices tel qu’on peut le suivre sur les marchés financiers. Quand le profit par $ de capital investi dans l’économie est plus élevé que la moyenne, les taux de croissance de l’économie tendent aussi à se situer au-dessus de la moyenne. Depuis la fin de la 2è guerre mondiale, le produit marginal du capital s’est situé en moyenne entre 7et 8% par an. Autrement dit, chaque $ du capital investi dans l’économie rapporte en moyenne 7 à 8 cents par an. Le produit marginal était supérieur à 10% par an ce qui largement au-dessus de la moyenne historique. Les rapports publiés au 3è trimestre par la plupart des sociétés suggèrent déjà que celles qui ne sont pas impliquées dans les produits non financiers continuent d’engranger de larges profits.

Qu’est-ce qu’un produit marginal ?

L’évolution de ce produit appelé marginal a traduit la difficulté des temps ne serait-ce que pendant la période comprise entre 1930 et 1933, ce qui s’est aussi produit avant la récession de 1982. Le système financier est plus résilient, plus élastique actuellement qu’il ne l’a été autrefois car les compagnies peuvent y entrer plus facilement maintenant qu’au cours de la période qui a couvert les années 30. Quand les banques ont échoué au cours de la grande dépression il n’y avait pas tellement d’investisseurs étrangers possédant des liquidités ou des valeurs correspondantes en pétrole, sinon des avoirs qu’ils soient personnels ou qu’ils appartiennent à des marques reconnues aux Etats-Unis qui auraient pu être utilisés dans le but d’en faire des profits. Quel serait le problème posé si les banques et les prêteurs mettaient du temps à se réveiller et à reprendre leur activité ? L’épargne et l’investissement ne sont pas essentiels à courts terme pour redresser l’économie. Les affaires peuvent attendre et retarder l’arrivée des investissements sans que l’effet sur la vie de la population en soit gravement affecté. Est-ce que le fait d’attendre la livraison d’une nouvelle voiture ou l’agrandissement de sa maison quelques mois de plus est vraiment catastrophique pour le niveau de vie des citoyens ? Les Américains ont attendu des années pendant la 2è Guerre Mondiale avant de commencer à réaliser des investissements dans le secteur privé au moment où l’industrie de guerre avait pris le pas sur celle du privé. Cette attente n’a pas empêché le retour de l’industrie de paix vers la normale dès la fin de la guerre. Tout ceci pour dire que si vous n’êtes pas directement concerné par un emploi dans l’industrie des finances ce qui est le cas de 94% d’entre vous, ne vous inquiétez pas. Le taux de chômage actuel de l’ordre de 6% n’a rien d’alarmant. Pour toutes ces raisons n’est-il pas absurde de reconsidérer l’opportunité de réinjecter des milliards de $ pour obtenir une minime réduction du taux de chômage de l’ordre de 5,9 % ?