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Panique financière ?

samedi 26 mai 2012, par Picospin

On appelle cette débandade, cette course sans but et sans fondement la panique, comme celle qui, à un moment donné frappe les foules rassemblées, les passagers de bateaux de luxe ou les bourses agitées de mouvements convulsifs et sans autre objet que celle du mouvement en soi et pour soi qui est celui de l’homme soudain pris de trépidations incontrôlées.

Une course

Dans cette course effrénée au mouvement plus qu’à l’apaisement et à la tranquille réflexion, le réflexe de peur prend le dessus sans que n’apparaisse à l’horizon aucun contrôle de la part des structures neuronales les plus élevées, le cerveau avec ses connexions infinies, ses réseaux spécialisés et sa capacité à intégrer les informations. Le mimétisme cher à René Girard ne contribue pas à freiner cette tendance à un moment où il est de bon ton de hurler avec les loups pour s’attaquer à une proie encore indéfinie avant d’être d’en désigner une ou plusieurs à jeter à l’opprobre de la rue, de l’opinion publique et du
fanatisme des organisations et associations. Que le système politique de la cité grecque ait montré des signes de défaillance n’est guère contestable quand on songe au laxisme ambiant, que la fureur de construction de logements inoccupés restés vides ait accroché aux pieds espagnols des poids difficiles puis impossibles à trainer est également une constatation que nul observateur de la situation et du paysage des côtes d’Andalousie ou de Catalogne ne peut ignorer à moins d’avoir été aveuglé par le soleil brûlant qui éclaire ce pays. Les banques assistent à ces mouvements psychologiques démesurés et incontrôlés avec une passivité qui ne rassure personne et encore moins les pauvres déposants qui se sont empressés de déposer leurs fonds gagnés parcimonieusement à la sueur de leur front. Dans ces conditions la peur se généralise, gagne
tous les jours du terrain et effraie les autorités responsables qui elles-mêmes ressentent les frissons de peur courir dans leur dos en même temps que les gouttes de sueur qui les accompagnent.

Trajet d’un lapin

Comme le lapin regagne son terrier lorsqu’il est poursuivi par la peur du prédateur, les fonds circulent à toute vitesse dans une course effrénée des lieux les moins sûrs à ceux qui le paraissent le plus comme l’est habituellement la Suisse si rassurante avec ses belles vaches broutant les herbages verdoyants parsemés de lacs bleus et à un degré moindre mais aussi moins compréhensible vers le Royaume Uni et plus loin vers ce Brésil si richement doté par les interventions originales et à contre
courant de Lula. De fil en aiguille, la division entre pays au bord du gouffre et havres de paix se fait de plus en plus exubérante, les fossés se creusent au risque d’y voir plonger les corps guidés par les esprits les plus fragiles comme se sont jetés des hauteurs des gratte-ciels new-yorkais les pauvres salariés piégés dans leur tour et désespérés de ne trouver aucun secours de la part de pompiers qui ne pouvaient les atteindre faute d’accès, d’escaliers, et de poumons restés sains puis frappés d’asphyxie à mesure qu’ils tentaient d’atteindre les
victimes déjà destinées à leur finitude. Une femme vient de recevoir un e-mail de sa direction générale avec des directives sur la manière de répondre aux clients " à propos de la sortie de la Grèce de la zone euro ". Elle a passé la nuit précédente dans un avion, a enchaîné les réunions à Paris, a failli rater le train, n’a pas eu le temps de regarder les marchés et appelle un collègue" T’as vu, la Grèce est sortie de l’euro.
Que fait-on ? "

Quelle nouvelle ?

Cette nouvelle provoque des remous dans le wagon. L’un
d’eux referme Le Monde daté du vendredi 25 mai avec un regard mi-perplexe, mi-condescendant pour le titre de la " une " : " Les Européens chiffrent le coût d’une sortie de la Grèce ". Toujours en retard, ces journalistes ! Les passagers se mettent à malaxer leurs smartphones, déplier leurs laptops, brancher leurs clés 3G. La femme russe appelle d’autres collègues, en français, en anglais, en russe. Elle les rassure. " Ne vous inquiétez pas, ce n’est pas si important ". La Grèce n’avait rien à faire dans l’euro. Ça va nous coûter moins cher comme ça, de toute façon. Son téléphone sonne ce qui incite à la réponse d’un de ses collègues qui a du relire le mail de la direction générale avec sang-froid et en a compris le sens. Par les temps qui courent, pour voyager tranquille, mieux vaut prendre la 2de classe. Cette réflexion déclenche des rires nerveux qui activent les regards de quarante hommes d’affaires qui ont les yeux rivés sur elle. " Je me suis trompée ", avoue-t-elle,
embarrassée et déçue. " La Grèce n’est pas encore sortie. "

Rires

Des rires nerveux secouent les rangées voisines, encore et pour combien de temps ? Cette nervosité peut-elle devenir contagieuse et envahir la planète qui n’en demandait pas temps pour tourner dans l’autre sens, le sens antihoraire qui permettrait au soleil de se lever en Amérique pour se
coucher au Japon. Pourquoi ne pas inverser le sens de rotation des aiguilles d’une montre pour placer l’orient en occident et vive versa ? Cette nouvelle configuration donnerait-elle enfin satisfaction aux banques si malheureuses de ne pouvoir sauver ce qui peut l’être encore dans une Europe fragmentée, en proie au désespoir, nimbée du malheur des uns, incapable de les tirer d’affaire et de les relancer dans la course gagnante d’une compétition ininterrompue dans laquelle les plus forts quels qu’ils soient terrassent les plus faibles, en l’occurrence les
Grecs. Ne feraient-ils pas mieux de régresser dans le temps pour retrouver leurs héros de l’Antiquité, de Socrate à Platon, de Parménide à Pythagore, d’Hésiode à Ulysse et à Homère.