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Pannes d’ascenseur social

Les petites cabines rafistolées dans les vieux immeubles sont pleines

mardi 29 septembre 2009, par Picospin

Adultes et parents s’assoient ou se couchent à ce moment, en pleurs sur leur propre image, celle de leurs enfants qui n’ont d’autre issue que d’oublier les conditions de leur existence pour se réfugier dans un autre monde auquel l’accès le plus facile est bien celui de la drogue, ces produits qui plongent dans le sommeil, le rêve ou le cauchemar mais n’ont en définitive qu’un objectif principal, celui de la sortie d’un monde inhospitalier, sinon hostile, agressif, vengeur et au moins inamical.

Missions de la société

On croit généralement que l’école et toutes les institutions destinées à éduquer, enseigner, intégrer doivent remplir sans failles la mission confiée par la société qui est de préparer les jeunes individus, agissant parfois en collectivités, à faire leur entrée dans la vie, qu’on appelle professionnelle munis des certificats et diplômes servant de blanc-seing à l’obtention de ce droit pour les uns, d’une autorisation pour les autres, d’une invitation pour les troisièmes. Les nantis, enfants de parents déjà connus et appréciés, sinon craints sur le marché auront moins de difficultés à faire admettre parmi les privilégiés leurs rejetons en raison du marché conclu depuis longtemps entre générations qui permet de procéder tout au long de la vie à des échanges profitables pour tous et par lequel le droit d’entrée est déjà acquitté par les plus anciens au profit des plus jeunes qui sont priés de renvoyer un ascenseur en surcharge pour soulever vers les étages inférieurs ceux qui cherchent à s’élever jusqu’aux plus hauts afin que de cette situation, les rejetons puissent bénéficier d’une meilleure vue, plus large, plus détaillée, plus efficace sur leurs proies, à l’exemple de l’aigle qui fond sur la sienne pour dévorer plus bas les victimes désignées pour assouvir leurs désirs de conquête. Parfois, on appelle la transmission des données, des informations, des faits, de la morale et des conduites, l’éducation, l’enseignement, l’apprentissage.

Education et apprentissage

L’éducation est l’apprentissage et le développement des facultés physiques, psychiques et intellectuelles ; les moyens et les résultats de cette activité de développement. Spécifiquement, l’éducation humaine inclut des compétences et des éléments culturels caractéristiques du lieu géographique et de la période historique. Eduquer c’est faire produire, faire se développer un objet inanimé comme la terre ou un être vivant. Enseigner, c’est transmettre à la génération future un corpus de connaissances (savoir et savoir-faire) et de valeurs considérées comme faisant partie d’une culture commune. Il est souvent facile de confondre enseignement et éducation. Ce dernier terme, beaucoup plus général, correspond à la formation globale d’un individu, à divers niveaux (au niveau religieux, moral, social, technique, scientifique, médical). Le terme enseignement, de son côté, se réfère plutôt à une éducation bien précise, soit celle ’de la transmission de connaissances à l’aide de signes. Les signes utilisés pour la transmission de connaissances font, entre autres, référence au langage parlé et écrit. Enseigner est donc éduquer, mais éduquer n’est pas forcément enseigner. L’éducation ne se limite pas à l’instruction stricto sensu qui serait relative seulement aux purs savoir et savoir-faire (partie utile à l’élève : savoir se débrouiller dans le contexte social et technique qui sera le sien).

Développer des capacités

Elle vise également à assurer à chaque individu le développement de toutes ses capacités (physiques, intellectuelles et morales). Rousseau pense qu’il faut connaître l’enfant. "On ne connaît point l’enfance. Sur les fausses idées qu’on en a, plus on va, plus on s’égare. Les plus sages s’attachent à ce qu’il importe aux hommes de savoir, sans considérer ce que les enfants sont en état d’apprendre. Ils cherchent toujours l’homme dans l’enfant sans penser à ce qu’il est avant d’être homme. Voilà l’étude à laquelle je me suis le plus appliqué, afin que quand toute ma méthode serait chimérique et fausse, on pût toujours profiter de mes observations. Je puis avoir très mal vu ce qu’il faut faire. Je crois avoir bien vu le sujet sur lequel on doit opérer. Commencez donc par mieux étudier vos élèves ; car très assurément vous ne les connaissez point ; or, si vous lisez ce livre dans cette vue, je ne le crois pas sans utilité pour vous. A l’égard de ce qu’on appellera la partie systématique, qui n’est autre chose ici que la marche de la nature, c’est là ce qui déroutera le plus le lecteur ; c’est aussi par là qu’on m’attaquera sans doute, et peut-être n’aura-t-on pas tort. On croira moins lire un traité d’éducation que les rêveries d’un visionnaire sur l’éducation. Qu’y faire ? Ce n’est pas sur les idées d’autrui que j’écris ; c’est sur les miennes. Dépend-il de moi de me donner d’autres yeux, et de m’affecter d’autres idées ? Il dépend de moi de ne point abonder dans mon sens, de ne point croire être seul plus sage que tout le monde ; il dépend de moi, non de changer de sentiment, mais de me défier du mien : voilà tout ce que je puis faire, et ce que je fais.

JJ Rousseau

Si je prends quelquefois le ton affirmatif, ce n’est point pour en imposer " au lecteur ; c’est pour lui parler comme je pense. Pourquoi proposerais-je par forme de doute ce dont, je ne doute point ? Je dis exactement ce qui se passe dans mon esprit. En exposant avec liberté mon sentiment j’entends si peu qu’i1 fasse autorité que j’y joins toujours mes raisons, afin qu’on les pèse et qu’on me juge : mais, quoique je ne veuille point m’obstiner à défendre mes idées, je ne me crois pas moins obligé de les proposer ; car les maximes sur lesquelles je suis d’un avis contraire à celui des autres ne sont point indifférentes." Ramenez les dans leurs premières habitations où la simplicité champêtre laisse les passions de leur âge se développer moins rapidement ; ou si leur goût pour les arts les attache encore à la ville, prévenez en eux, par ce goût même, une dangereuse oisiveté. Choisissez avec soin leurs sociétés leurs occupations, leurs plaisirs : ne leur montrez que des tableaux touchants, mais modestes, qui les remuent sans les séduire, et qui nourrissent leur sensibilité sans émouvoir leurs sens. Songez aussi qu’il y a partout quelques excès à craindre, et que les passions immodérées font toujours plus de mal qu’on n en veut éviter. Il ne s’agit pas de faire de votre élève un garde- malade, Un frère de la charité, d’affliger ses regards par des objets continuels de douleurs et de souffrances, de le promener d’infirme en infirme, d’hôpital en hôpital, et de la Grève aux prisons ; il faut le toucher et non l’endurcir à la des misères hommes.

Toucher plutôt qu’endurcir

Longtemps frappé des mêmes spectacles, on n’en sent plus les impressions ; l’habitude accoutume à tout ; Ce qu’on voit trop on ne l’imagine plus, et ce n’est que l’imagination qui nous fait sentir les maux d’autrui : c’est ainsi qu’à force de voir mourir et souffrir, les prêtres et les médecins deviennent impitoyables. Que votre élève connaisse donc le sort de l’homme et les misères de ses semblables ; mais qu’il n’en soit pas trop souvent le témoin. Un seul objet bien choisi, et montré dans un jour convenable, lui donnera pour un mois d’attendrissement et de réflexions. Ce n’est pas tant ce qu’il voit, que son retour sur ce qu’il a vu, qui détermine le jugement qu’il en porte ; et l’impression durable qu’il reçoit d’un objet lui vient moins de l’objet même que du point de vue sous lequel on le porte à se le rappeler. C’est ainsi qu’en ménageant les exemples, les leçons, les images, vous émousserez longtemps l’aiguillon des sens, et donnerez le change à la nature en suivant ses propres directions. "L’éducation lui permettra d’affronter sa vie personnelle, de la gérer en étant un citoyen responsable au sein de la société dans laquelle il évolue, capable de réfléchir pour pouvoir éventuellement en construire une nouvelle. Tout le monde est d’accord pour considérer que certains savoirs essentiels font partie du bagage minimum du citoyen, et qu’inversement il n’est pas d’enseignement possible sans un minimum de pures conventions (comme l’alphabet par exemple) et de capacités relationnelles, dont l’éducation.

Instruction et éducation

Instruction et éducation sont souvent confondues. Les différences, subtiles, restent la base de controverses depuis longtemps, dont le Littré témoigne par son choix d’exemples pour définir l’éducation. L’instruction s’enseigne, et que l’éducation s’apprend par un autre mode d’action du maître, quel qu’il soit. Au début du XXe siècle, la science de l’éducation désignait la pédagogie. Aujourd’hui, depuis la création en 1967 d’un département universitaire de Sciences de l’éducation, l’expression s’emploie au pluriel. Les problèmes d’éducation s’étudient en empruntant ses notions à plusieurs disciplines des sciences humaines. C’est au moment où le chômage des jeunes se niche à son acmé, que la situation est proche de l’explosion qu’on tente d’appliquer un remède lénifiant, un pansement doux sur les chaires écorchées des enfants en formation par des mesures qu’on appelle le plus souvent une généralisation de l’assistanat. Loin de savoir si ce traitement sera suffisant pour éviter le naufrage d’une civilisation, il aurait au moins la propriété de mettre du baume sur les corps et les esprits et de calmer une révolte qui ne cesse de gronder au loin : celle du désespoir. Le médicament s’appelle le Revenu de solidarité active étendu depuis ce jour aux adolescents en quête d’aide, de soutien financier et moral. On critique cette nouvelle dotation en arguant du fait que cette mesure risque de concrétiser des effets d’aubaine et de pérenniser les individus dans des emplois précaires ce qui conduirait à institutionnaliser la précarité au lieu de la combattre. On peut aussi s’interroger sur la capacité du dispositif à remettre les jeunes dans l’emploi. L’effet risque de rester aussi modeste que pour les adultes, surtout en temps de crise.

Questionnement :

1. Si l’enseignement public échoue à construire des hommes raisonnables, honnêtes et des citoyens convaincus, est-il légitime de faire appel à d’autres structures de formation des esprits et des corps ?

2. Parmi elles, peut-on essayer de confier l’éducation des enfants à la famille elle-même dans le cadre d’un enseignement à domicile pratiqué par l’un des parents, les deux, sinon à d’autres éléments plus lointains mais plus experts dans le maniement et l’entrainement des cerveaux et des corps ?

3. Peut-on faire une tentative d’éducation par la méthode Montessori qui se rapproche un peu de la précédente ? Elle consiste à offrir à l’enfant la possibilité d’épanouir au maximum ses différentes sensibilités dans un cadre adapté à ses besoins psychologiques ; en respectant son rythme propre et ses particularités individuelles (ses périodes sensibles) tout en l’éveillant à la vie sociale. Les psychologues contemporains montrent le passage de l’enfant par différents stades de développement psychologique. Ces stades sont les mêmes pour tous et possèdent un ordre de succession invariable. Mais dans la psychologie montessorienne, chaque enfant est unique. Il a sa personnalité propre, son rythme de vie, ses qualités et ses difficultés éventuelles.

4. Est-il capital de chercher puis de trouver et d’appliquer une méthode d’éducation qui permette d’intégrer les éléments les plus hostiles à la société pour leur permettre de s’épanouir tout en donnant à cette dernière l’occasion de croitre harmonieusement à côté et en compagnie des générations suivantes ?