Ethique Info

Accueil > Société > Paradoxes et réalités de la nouvelle démographie française

Points d’interrogation ?

Paradoxes et réalités de la nouvelle démographie française

Que font les Français et pour quelles raisons le font-ils ?

mardi 25 août 2009, par Picospin

Comme la réalisation de toute statistique ethnique est interdite en France pour des raisons inscrites aux frontons des mairies et des préfectures, beaucoup de citoyens se demandent d’où provient cette montée fulgurante des naissances contrastant avec son abaissement dans la plupart des autres pays dont certains accusent un niveau de vie tout à fait correct.

De nouvelles statistiques surprenantes

Les statistiques présentées tout récemment font sourciller la plupart des conservateurs nationalistes terrorisés par cette crise positive de peuplement qu’ils mettent trop facilement sur le compte de l’activité intense de création des « immigrés » porteurs de tous les maux et considérés comme responsables et agents de l’intensification reproductrice. Ces personnes ont beau jeu d’accuser les nouveaux arrivants en France d’avoir une activité débridée pour atteindre des résultats aussi nets et étranges sur la démographie française. Cette hypothèse est largement rejetée par les publications des données les plus récentes. Le taux de fécondité des Françaises, qui place la France au premier rang des pays européens avec deux enfants par femme, est fort peu lié à la présence des immigrées, très minoritaires parmi les femmes en âge d’avoir un enfant, indique une étude de l’Institut national d’études démographiques à paraître aujourd’hui. La France, qui est passée de 1,7 enfant par femme en 1995 à 2 aujourd’hui, « n’a pas eu besoin de l’Outre-mer, qui n’ajoute que 0,02 enfant au taux de fécondité national », ni des immigrées, dont l’apport au taux de fécondité reste « modeste (+0,1 enfant) », explique l’Ined ce qui bat en brèche l’idée que « le niveau de fécondité de la métropole est fortement gonflé par l’immigration », idée qui traduit « la hantise d’un rapport de forces numérique entre Français et étrangers inquiétant aux yeux des éléments les plus rigoureux de la population.

Un taux de fécondité étonnant

Le taux de fécondité français a passé le seuil des 2 enfants par femme en 2008, à 2,02. Ce qui constitue un record en Europe (où la moyenne est d’environ 1,5 enfant par femme), et ce d’autant que l’espérance de vie a stagné, voire reculé pour les femmes. Bien que le nombre de femmes en âge de procréer diminue depuis 25 ans, le nombre de naissances progresse grâce à l’augmentation du taux de fécondité, qui s’est élevé à 2,02 enfants par femme en France en 2008 contre 1,98 en 2007 et 2 en 2006. A noter que la progression des naissances hors mariage se poursuit, représentant désormais plus de 52% des naissances. Selon les chiffres rendus publics par l’Insee mardi 13 janvier, en 2008, 801.000 enfants sont nés en France métropolitaine, un chiffre plus vu depuis près de 30 ans, et 33.000 dans les DOM. L’âge moyen à la maternité continue d’augmenter en 2008 : il atteint quasiment 30 ans, soit près de deux années de plus qu’il y a 20 ans.

Vieillissement

Parallèlement, le vieillissement de la population se poursuit : "5,6 millions de personnes de 75 ans et plus vivent en France, soit un tiers de plus qu’il y a dix ans". Cette croissance a été presque cinq fois plus rapide que pour la population générale. Si bien qu’au 1er janvier 2009, "8,7% de la population a 75 ans ou plus". En rupture avec la tendance observée sur le long terme, excepté l’année de la canicule, en 2003, l’espérance de vie n’a pas progressé en France l’année dernière. Continuant à augmenter pour les hommes, elle a légèrement reculé pour les femmes. Un garçon né en 2008 vivrait ainsi 77,5 ans et une fille 84,3 ans. En 2007, l’espérance de vie de cette dernière était de 84,4 ans. 64,303 millions de personnes résident en France, dont 62,45 millions en métropole et 1,85 million dans les DOM. Au sein de l’UE, l’Hexagone se classe au 2e rang par sa population derrière l’Allemagne et ses 82,1 millions d’habitants. L’accroissement naturel, c’est-à-dire le solde entre 834.000 naissances et 543.500 décès, a été de 290.000 personnes. Les habitants se concentrent surtout autour du pôle parisien et des grandes agglomérations, même si un rééquilibrage est en train de s’esquisser en faveur des campagnes.

Villes et campagnes

La population des espaces ruraux augmente au même rythme que celle de l’ensemble du territoire français (+0,7% par an). Cette hausse est d’autant plus marquante que la population des espaces ruraux avait auparavant connu une longue période de déclin, puis de stagnation entre 1982 et 1999. Alors que par le passé les centres-villes tendaient à se dépeupler au profit de la banlieue et encore plus de la grande banlieue, un "rééquilibrage" s’opère en faveur des coeurs urbains. "La croissance de la population des villes-centres reprend : 0,3% l’an". Paris, qui déclinait depuis la Première guerre mondiale, regagne des habitants depuis 1999 à un rythme annuel de 0,4%. Si les Européennes aussi enfantent de plus en plus, les Françaises sont à l’avant-garde, sans doute grâce à la politique familiale particulièrement développée. Les Français qui font des enfants, sont très attachés à la politique familiale qui leur permet d’être entourés de familles plus fournies. Ils ont peut-être trouvé là le moyen de s’attaquer à la grave crise des retraites qui est en vue et dont la solution est dans la démographie. La hausse des cotisations, le rallongement de la vie active, la baisse des pensions ne sont que des palliatifs à une situation qui inquiète de plus en plus, si elle n’angoisse les responsables de la conduite de nos affaires sociales, économiques sinon politiques. Lorsque la croissance économique se dérobe, la croissance démographique est un atout certain et actuellement plus qu’un pansement efficace sur une plaie brûlante puisque c’est un facteur de création d’emplois.

Les promesses incitatives

La secrétaire d’État à la Famille (...) doit ainsi répondre d’ici à la fin du quinquennat à la promesse de Nicolas Sarkozy de mettre en place le droit opposable à la garde d’enfants, ce qui revient à créer de 200 000 à 400 000 places supplémentaires. Cet investissement sera productif à condition que la politique de la natalité soit suivie à un horizon plus lointain des mesures indispensables à l’accomplissement d’une éducation, d’un enseignement et d’une formation d’excellence. Pendant ce temps, à Berlin, le gouvernement de grande coalition a bien dû se résoudre à remettre du carburant dans la machine. Mais avec une courbe démographique de 1,2 enfant par femme, le pays ne peut pas compter sur le dynamisme de son marché intérieur. Contrairement à l’économie française tirée par la consommation des ménages, le moteur allemand carbure aux exportations. Lorsque la crise est mondiale et touche tous les pays clients, mieux vaut être champion d’Europe de la natalité que champion d’Europe des exportations. La grande règle qui voyait le développement faire chuter la fécondité pourrait évoluer au XXIe siècle dans les pays les plus avancés, assurent des démographes américains et italiens, dans un article publié par la revue "Nature".

Crèches et maternelles

À des niveaux de développement très avancés, une croissance supplémentaire comportant crèches, écoles, égalité homme-femme peut renverser la tendance à la diminution de la fécondité. Quatre des pays les plus prospères et sociaux (Australie, Norvège, Islande, Irlande) avaient d’ailleurs en 2005 un taux en progression à 1,89 enfant par femme. La France, avec son petit baby boom suscite la curiosité des démographes. D’ailleurs le Président de l’Institut national des études démographiques propose trois facteurs pour expliquer l’exception française :
1. la maternelle, qui accueille gratuitement les enfants de 3 ans, constitue un mode de garde unique et performant.
2. le modèle conjugal souple,
3. Les enfants hors mariage bien acceptés et
4. Une grossesse même après 40 ans bien acceptée.

Exception française

La liste exhaustive proposée ici ne dispense pas de poser les questions essentielles à propos de ce renversement de situation démographique. 52 % des enfants naissent hors mariage et 21 % des nouveau-nés de 2008 ont une mère de 35 ans. Le nombre d’enfants issus de couples mixtes croît à 14 % des unions célébrées dans les mairies en 2007, chiffre qui ne témoigne que partiellement de la réalité des unions mixtes, ignorant pacs et concubinage. Le nombre des enfants issus d’au moins un parent étranger est passé de 8 % des naissances en 1998 à 12, 7 % l’année dernière, bond qui contraste avec la stabilité des enfants nés dans un ménage composé de deux parents étrangers, qui reste autour de 6,9 %. Le métissage est donc devenu une réalité démographique majeure, comme le suggère la proportion d’un enfant sur cinq ayant des racines en partie étrangères.

Questions :

1. Est-ce que le désir d’enfants reste assez constant pour survivre aux aléas successifs de la vie du couple qui peut aller jusqu’à sa dissolution, laissant une famille monoparentale avec toutes ses conséquences d’un traumatisme psychique sur la santé mentale de l’enfant ?

2. Même si l’accueil en maternelle est satisfaisant, en est-il de même dans la suite de la "carrière" scolaire et universitaire des enfants nés sous des auspices aussi favorables, puis fortement dégradés par la suite ?

3. Est-ce que l’Etat est capable d’offrir tout au long de la vie d’un enfant désiré et bien protégé à son début, des prestations aussi satisfaisantes ?

4. Est-ce que le désir d’enfants garde une intensité aussi constante tout au long de son parcours scolaire, éducatif, moral ou civique ? Dans cet ordre d’idées, quelle est alors la signification des dérives fréquentes constatées en France malgré sa fécondité exceptionnelle, sinon paradoxale ?