Ethique Info

Accueil > Société > Civilisation > Parler de la vie, est-ce parler de la mort...

Parler de la vie, est-ce parler de la mort...

et inversement ?

mardi 9 juillet 2013, par Picospin

La médecine, surtout dans sa version palliative, est confrontée en permanence avec la version triste du conatus, celle du mal à l’origine de situations malheureuses qu’il lui appartient de combattre dans les limites de ses possibilités, sinon de négocier avec elles pour en restreindre les effets dévastateurs avant de relancer le processus du conatus. Spinoza est une vedette de l’optimisme, sinon un recordman dans la catégorie de la joie et du bonheur à obtenir et espérer au cours de la vie terrestre, à côté de Schopenhauer dont la négativité est surprenante pour un regard qui se veut une sagesse philosophique.

Théodicée

Il ne se place plus du côté de la défense d’un Dieu théoriquement et idéalement paré de toutes les vertus mais limité dans ses moyens même s’Il a laissé l’homme, sa créature (préférée ou non, on ne le sait pas) libre de décider de ses postures dans l’existence à partir d’une essence plus qu’élargie. Cette théodicée est censée justifier Ses attitudes en fonction d’une rationalité qui, en l’occurrence fonctionne en tant qu’attribut en dehors de toute référence à la révélation ce qui aurait pour conséquence de favoriser la compréhension de ce regard dirigé vers Lui. Ici, nous sommes dans une vision pessimiste absolue d’autant plus que la logique de l’analyse peut paraître d’une rationalité implacable, bien qu’à l’opposé de la vision de Spinoza qui prône le mirage de l’activité, de la puissance, du perfectionnement comme idéal ou utopie que l’homme se donne pour atteindre les objectifs à atteindre, autrement dit ses désirs. En formulant son opinion sur les conditions d’existence de l’homme, il est possible qu’il ait fait entrer dans sa perception imaginaire une part de coloration passionnelle triste sous forme d’une hypochondrie selon les descriptions laissées par Maupassant ou Fichte.

Santé ou maladie ?

Cette représentation de sa propre santé aurait-elle induit le spectacle de la souffrance et de la douleur, appartenant à des oscillations figurées entre ces dernières positions et celle de l’ennui succédant à la satisfaction du désir en attendant que le suivant naisse, se développe et meure sous le coup du soulagement, de la détente provoquée temporairement à l’issue de la fugace apparition d’une nouvelle et éphémère félicité. Décidément très en verve pour défendre les positions les plus négatives, notre philosophe s’enfonce dans le concept d’une existence marquée sinon définie, déterminée par la souffrance à laquelle il reconnaît le remarquable avantage de permettre l’accès à la conscience, voire de la ressentir avec plus d’intensité, et à la certitude de notre existence. Et de continuer sur sa lancée en justifiant son pessimisme par l’appel à l’expérience et à l’histoire, toutes deux témoins du caractère tragique de notre existence. A l’appui de cette assertion, il convoque la volonté qui n’avait pas encore été partie prenante dans son raisonnement. Car « l’essence qui rende possible la souffrance est la volonté » puisque vivre c’est vouloir ou ne pas vouloir cette vie, faire l’effort et désirer continuer, renforcer cette expérience, dont l’insatisfaction de la réalisation crée la souffrance avant qu’un nouveau point de départ ne permette d’initier un désir inédit.

Trop de souffrance

Plus l’organisation du vivant se complexifie, plus la souffrance grandit en fonction du niveau d’intelligence et de l’échelle d’intensité qui lui est attribuée jusqu’à un maximum à la fois de perception et de durée qui dépasse la catégorie de l’accident pour entrer dans celle de l’essence, quitte à ce que « les efforts incessants de l’homme pour chasser la douleur n’aboutissent qu’à la faire changer de face » - ou à en sublimer les effets au prix d’un mensonge adressé au sujet ou d’un long entrainement capable d’en masquer les effets et le ressenti. Jusqu’à quel point est-il raisonnable d’attendre du traitement un retour à l’équilibre perdu ressortit à une autre question dont on peut toujours rêver la réponse sous forme de mensonge, de leurre ou de thérapeutique dite symptomatique ?

La porte étroite

Est-ce par cette fente étroite que s’insinue l’interrogation posée par l’homme normal sur le fait qu’il le soit resté jusqu’à l’apparition « de la maladie comme épreuve de la santé en tant que recherche inconsciente et angoissée du fait pathologique remettant en cause l’invulnérabilité de l’homme normal, sûr de sa normalité et confiant dans sa biologie », témoin de l’arrangement correct, convenable de ses gènes. Est-ce à ce stade qu’apparaît la fragilité, prélude à la perte de certitude dans la qualité et la fiabilité de ses structures et fonctions au risque d’un glissement vers l’angoisse due à l’approche possible de l’instabilité, prédisant l’entrée de la puissance d’être dans une phase de détérioration, d’incertitude et de volatilité d’une santé considérée autrefois comme « bonne ».

Messages