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Suite du débat sur le parrainage des enfants massacrés par les vivants d’aujourd’hui ?

« Parrainage » des enfants d’Auschwitz

Une opinion contradictoire : lancement d’un débat

dimanche 17 février 2008, par Picospin

Voici une autre opinion sur ce problème difficile, différente de celle qui a été exprimée dans un précédent article par Pico Spin au moment où la mesure a été annoncée par le Président de la République lors du dînner annuel du CRIF.

Etonnement

Je m’étonne des réactions, souvent adverses sinon hostiles, suscitées par la déclaration faite au CRIF par le Président de la République de son intention de faire « parrainer » par les élèves de CM2 les quelque 11 000 enfants juifs morts à Auschwitz ou dans d’autres camps nazis pendant la seconde guerre mondiale. Ma première réaction est d’approuver une mesure dont l’objet évident est de faire prendre conscience aux jeunes de cet événement unique dans l’histoire de l’humanité qu’est ce que l’on appelle maintenant la Shoah, et d’en maintenir la mémoire. N’est-il pas nécessaire de savoir que fut ainsi décidé qu’une partie de l’humanité, hommes et femmes de tous âges, y compris les enfants n’avait pas droit à la vie pour la simple raison qu’ils étaient nés juifs ; et que cette décision fut effectivement mise en œuvre, conduisant à près de 6 millions de morts. Je devrais dire d’assassinats.

Trop jeunes pour comprendre ?

Cela dit, que penser de la proposition faite, eu égard à un tel événement ? Que les enfants de CM2 sont trop jeunes pour affronter une telle question ? Je ne le crois pas : les enfants de cet âge ont l’esprit très ouvert et comprennent beaucoup de choses. Les mettre en face du phénomène de la mort risque de les traumatiser ? Certes si la procédure conduit à les faire plus ou moins s’identifier à l’enfant assassiné, ou à les responsabiliser, cela est à éviter absolument, comme l’a dit je crois Mme Simone Veil. Mais en soi, mettre un enfant en face d’une « vraie » mort est-il plus dangereux que de le laisser assister, dans les BD, sur les écrans de télévision, ou tout autre source d’images violentes, à des morts en série (auxquelles il ne croit pas toujours, et qui restent virtuelles) ? Petit à petit on entend dire ce que pourrait être ou devrait être l’application de la proposition présidentielle. Aussi me permettrai-je d’exprimer ma propre hypothèse sur ce que pourraient être ces conditions positives de mise en œuvre de cette idée. Tout d’abord renoncer à l’idée de parrainage individuel, pour éviter les risques rappelés ci-dessus, et puis tout simplement parce que je pense qu’il y a bien plus de 11 000 élèves dans les classes de CM2 ; alors comment choisir ? Il serait préférable de faire travailler une classe sur un cas particulier ; je dis travailler car au plan pédagogique une recherche faite par les élèves eux mêmes, avec l’assistance du professeur, sur le cas qui leur sera soumis ne peut qu’être plus profitable.

Travail de groupe ?

Quel peut être le point de départ ? Je me souviens qu’au musée de la Shoah à Washington on remet aux visiteurs à l’entrée une fiche avec quelques données et indications chronologiques de la vie d’une famille qui permettent ensuite, par la visite, de la situer dans les évènements auxquels elle a été confrontée, et de voir le sort qui fut le sien. Je ne doute pas que le registre établi par Serge Klarsfeld ne soit en mesure de fournir aux classes la fiche nécessaire pour entreprendre le travail. Les documents sur l’histoire de l’époque et sur les évènements, les témoignages tant des victimes que des rescapés fournissent un abondant matériel. Est-il nécessaire de rappeler un livre aussi connu que le Journal d’Anne Franck ? Ou celui, plus récemment publié et aussi fort émouvant, d’Hélène Berr ? Revenant au point de départ, et à l’intention présidentielle, sa mise en œuvre est, compte tenu de l’extrême réceptivité des jeunes, un excellent moyen de les sensibiliser à l’événement unique que fut la Shoah. Si cela peut aussi les sensibiliser aux autres formes de racisme et de discrimination, ce n’en sera que mieux.

J2C

Encore un son de cloche comportant un bemol : C’est celui de la collaboratrice de M. Sarkozy. Est-il judicieux d’alimenter le débat en y ajoutant les déclarations, commentaires et opinions d’Emmanuelle Mignon, directrice de cabinet du président Nicolas Sarkozy qui affirme dans une interview au Journal du Dimanche que « le président de la République a la volonté très nette de ne pas céder sur cet enseignement ». Soutenir et aider les enseignants dans cet enseignement est une priorité. En enseignant la mémoire de ce génocide, on prémunit toute la société contre ce fléau. » Dans le même article, cette collaboratrice du Président déclare à l’inverse que « Madame Veil a raison. On va travailler avec la communauté éducative et avec tous ceux qui s’investissent dans la mémoire de ces sujets, pour voir la meilleure manière de faire (...) Il ne s’agit ni de traumatiser, ni de culpabiliser les enfants, mais il ne faut pas non plus les infantiliser en permanence. » « Il a été suggéré que la mémoire d’un enfant victime de la Shoah puisse être confiée à une classe entière. Nous sommes tout à fait ouverts à ce genre de propositions. »

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