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Que partager ?

Partage des biens, de la nature, des ressources ?

Comment partager ?

jeudi 16 avril 2009, par Picospin

Le doux cocon endort, le froid sur le corps nu réveille et fait sortir de l’assoupissement. Ce dernier constitue aussi la protection contre l’avenir, la perspective du futur, en particulier, celle de l’être humain, seul animal à savoir, parait-il, qu’il est mortel, qu’il va mourir et que cette échéance est incontournable, inéluctable.

Protéger l’avenir

Est-on certain que cette prise de conscience est dévolue exclusivement à l’homme puisqu’on dit et on rapporte que certains animaux se cachent pour mourir, que les éléphants se dirigent vers leur cimetière tout seuls ce qui constitue déjà une initiative qu’aucun être humain n’a montré jusqu’ici. Peut-être pourrait-on comparer cette attitude au séjour particulier de pauvres dans le cimetière du Caire où s’entassent tous les malheureux, les exclus, les pauvres parmi les pauvres de la terre. Sans évoquer la mort si lointaine et si proche à la fois, peut-on envisager la vie, celle que les philosophes qualifient de « bonne » pour peu que les créatures humaines s’en donnent la peine et tentent l’aventure d’une existence heureuse capable de remplacer l’enfer sur terre et dans les cieux qui leur est promis par les religions monothéistes culpabilisantes. Pour l’instant, on en est au partage, à celui des sentiments, des affects, des pensées et en temps de crise des malheurs de chacun mis dans un pool commun par solidarité, mot parfois oublié lorsque le ciel sourit, que le soleil qui lui aussi doit s’éteindre un jour brille de ses mille feux pour dorer les peaux blanches des uns, tanner celle des autres, en un mot rendre heureux et fiers de leur aspect quelques-uns de tous ceux qui ont perdu l’estime de soi parce que le malheur, la malchance, les inégalités, l’injustice s’est abattue sur eux dans une société qui ne s’en préoccupe « qu’en cas de malheur ».

Clivages

Les clivages se font jour au sein d’une société qui croit, à tort ou à raison, que les fonctionnaires profitent outrageusement de leurs avantages en termes de sécurité de l’emploi, absence réelle de concurrence, par rapport à la France qui travaille, obéissant ainsi rigoureusement aux encouragements d’un Président de le République dont le slogan n’a pu être suivi aveuglément en raison de la survenue aussi soudaine que imprévue de la fameuse crise. C’est aux cris de Travailler plus pour gagner plus que le candidat Sarkozy a voulu imprimer une nouvelle poussée au peuple sans se douter qu’il allait être devancé par des « corrections financières » qui allaient engloutir d’un commun naufrage et les finances et les entreprises et l’habitat. C’est pour surveiller ce fiasco, ce chavirage et éventuellement secourir les noyés les plus vulnérables que l’on a vu du haut du phare et de ses lumières à éclipses des gardiens et des observateurs surveiller l’évolution, annoncer la tempête, encourager les plus défaillants pour leur indiquer un cap dont personne ne connait véritablement la direction, tant les experts les plus compétents ont perdu le boussole qui d’habitude leur indique sans défaillance les degrés à suivre pour atteindre le nord. L’une des raisons fondamentales de la dépression actuelle est la course en avant des plus riches vers la richesse.

Perte de conscience, de connaissance ou d’esprit ?

Ce "toujours plus" leur a fait perdre conscience. Il s’est traduit par la recherche de rendements insensés pour les capitaux investis dans les entreprises, très supérieurs à la croissance de l’économie globale. L’ajustement était fatal : la crise actuelle remet à l’heure les pendules du capitalisme fou. Non contents de la razzia sur les revenus, les plus aisés en ont demandé davantage encore à l’Etat, par le biais de réductions d’impôts, prétextant le risque de "fuite" à l’étranger - qu’aucune étude n’a d’ailleurs jamais démontré. En France, cette politique amorcée en 2000 par la gauche puis amplifiée par la droite, à travers les réductions d’impôts sur le revenu, a encore accru les écarts de niveaux de vie. Peu nombreux sont ceux qui osent le dire, compte tenu de la démagogie fiscale régnant en France : il faut aujourd’hui augmenter l’impôt sur le revenu et pour éviter de pénaliser les catégories moyennes, il faut d’abord réduire réellement les privilèges fiscaux, supprimer les niches fiscales, relever les taux des tranches supérieures du barème et recréer une nouvelle tranche d’imposition supplémentaire à 50 % pour les revenus les plus élevés. Pour quoi faire ? Il faut écouter d’une oreille attentive et bienveillante les propositions sur l’indemnisation du chômage partiel, la prime pour les jeunes ayant insuffisamment cotisé, ou le fonds d’investissement envisagé pour "coordonner les efforts en matière d’emploi et de formation professionnelle".

Croitre avec vigueur et lenteur

Il faudra s’adapter à une croissance lente et propre, moins quantitative et plus qualitative. La solution pour conjuguer ces deux impératifs est de partager les richesses de façon plus équitable. Cela n’implique pas de changer de système, de sortir de l’économie de marché, mais de demander à chacun de contribuer en fonction de ses moyens pour que tous puissent vivre dans des conditions dignes sans détruire l’environnement. Pour produire, il faut répartir dans des conditions acceptables et efficaces. Qui imagine produire sans routes, sans main d’oeuvre formée, avec des salariés malades ?... D’un point de vue écologique, les moins égoïstes des plus aisés commencent à comprendre que cette politique est de l’intérêt de leurs propres descendants, s’ils veulent en assurer la survie. La crise actuelle y ajoute une urgence sociale : s’ils restent assis sur leurs niveaux de vie, ce n’est plus seulement de la survie des descendants des plus riches qu’il s’agit, mais de l’équilibre de l’ensemble du système.
Louis Maurin est directeur de l’Observatoire des inégalités.

Questionnement éthique :

Réflexions sur l’argent : Un essai veut aborder sans peur le sujet de la propriété. Pour le Français en particulier, une pudeur voluptueuse entoure d’un voile la déclaration vraie des fortunes réelles. Cette situation contribue à laisser les chrétiens dans une solitude intellectuelle et morale angoissante vis-à-vis de l’argent personnel. Hormis quelques communautés nouvelles et de trop rares associations qui ont pris la question à bras le corps, on admet silencieusement que le domaine de l’argent privé n’entre pas dans le champ de l’engagement spirituel, ou le processus de conversion est laissé à la solitude des personnes. C’est comme si l’engagement du baptisé touchait tout, sauf le patrimoine et l’héritage à transmettre. Certes, c’est à chacun dans sa liberté qu’il revient de faire sien les enseignements qui se préoccupent d’éclairer ce sujet. Mais la liberté doit l’être jusque dans ses choix les plus concrets.

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