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Quelle éducation pour quels enfants ?

Pauvres enfants ?

La liberté ou la tyrannie ?

samedi 25 octobre 2008, par Picospin

Est-ce que ces recommandations sinon ces injonctions ont des accents réactionnaires ou sont-ils simplement un retour à la réalité après une longue période d’errements dont une des responsables ne serait autre que Françoise Dolto, intouchable psychanalyste de l’enfance, touchée par la grâce qui lui a fait adopter le christianisme et dont on célèbre le centenaire de la naissance cette année.

Françoise Dolto

Sa gloire posthume a été réactualisée par l’évocation de son nom qui a été donné à un lycée du 20è arrondissement de Paris devenu récemment célèbre par une autre grâce, celle d’un film à succès « Derrière les murs » grand prix du Festival de Cannes. C’est à cette dame digne, unanimement respectée et reconnue, mère par ailleurs du chanteur Carlos disparu, que l’on doit l’idée de sainteté de l’enfant, théorie surexploitée. A l’encontre des affirmations, des constructions et des théories de Françoise Dolto, tandis que la contradiction se lève progressivement, on s’interroge sur l’opportunité de renverser la vapeur émise depuis 1968 et qui avait emmené dans son sillage la nécessité d’une libération des moeurs, d’une libéralisation des comportements et d’un débridement des interdits sexuels. Cette nouvelle tonalité incarnée par des personnages aussi célèbres que Cohn-Bendit, devenu depuis lors le chantre de l’écologie a ravagé les familles depuis son introduction dans la société bourgeoise de l’occident et même d’ailleurs. Si vous laissez sa tétine à un enfant au-delà de ses 2 ans et demi, il l’aura encore à 6 ans voire à 15 ans. 2 ans et demi, c’est le bon moment de l’interdire car cela correspond à un changement de déglutition. A cet âge-là, le tout petit commence à ne plus avaler de la même façon. Les positions de Aldo Naouri qui se sont forgées tout au long de plus de quarante années de pratique en tant que médecin pédiatre, sont exposées et assumées sans aucun doute, ni complaisance, ni concessions, et sans jamais se tenir sur le terrain de la séduction. Il n’a pas besoin de se faire aimer, et l’amour, justement, n’est affaire ni de séduction, ni de narcissisme, ni de cannibalisme familial. Si Aldo Naouri pourrait faire partie des « Fidèles d’amour » dantesques, c’est en tant que militant actif, sûr de sa mission sur terre en vue d’assurer le renouvellement de l’espèce humaine par des membres capables de réussir l’épreuve de reconnaissance et d’intégration. L’éducation d’un enfant, totalement sous l’emprise de ses pulsions, doit être réussie dans ses trois premières années, pour que dans son avenir, il devienne un membre de la communauté humaine qui ait intégré les règles de la vie en société et la reconnaissance de l’existence de l’autre auquel il doit le respect pendant que l’enfant se reconnaît lui-même comme autre. L’application de ces conditions implique l’expérience précoce de la frustration, l’admission de limites, le deuil de la toute-puissance de l’enfant et l’abandon de l’idée d’un monde dont il avait cru être le centre.

Il est recommandé d’interdire

Pour l’avenir de l’enfant, il n’y a pas d’autre possibilité, que celle qui est ici préconisée ce qui signifie qu’il n’y a pas à discuter car ni le biberon, ni la sucette, ni le doudou peuvent être admis après l’âge de deux ans. Cette règle n’admet aucune concession, aucun argument, ni de la part de la mère, ni même celui du père, sans laisser le moindre espoir d’obtenir un supplément. Il s’agit de se concentrer sur un seul objectif : la réussite de la vie de cet enfant au sein de la société en train de l’admettre comme nouveau membre. C’est cette force invincible qui est à l’œuvre dans les écrits de ce médecin pédiatre.
Ils tirent la sonnette d’alarme qui sonne le signal d’éduquer ses enfants car cette mission est devenue une urgence aujourd’hui parce que la position centrale de l’enfant dans les familles, tout tournant autour de lui, mine gravement la mission éducative et donc l’avenir de cet enfant dans la société et ses règles, ce qui compromet l’apprentissage des limites qui doit s’acquérir avec l’expérience de la frustration par laquelle s’éternisent les fantasmes de toute-puissance aussi bien du côté de la mère que du côté de l’enfant, que s’exacerbe le narcissisme au détriment de la reconnaissance de l’existence de l’autre et de soi-même comme autre. L’épidémie d’enfants n’ayant pas renoncé à la toute-puissance infantile et des mères qui n’ont pas encore fait le deuil de leur propre toute-puissance, qui se croient encore capables de tisser un utérus virtuel autour de leur enfant pour toute la vie continue à s’étendre de nos jours avec un père complice qui va jusqu’à se faire mère-bis. Dans ce contexte, certains de ces enfants deviennent de vrais tyrans domestiques alors que les autres , les hyperactifs, exténuent toute la famille et qu’une troisième catégorie vit en famille comme près d’une station-service supposée capable de tout fournir de ce qu’il faut à l’enfant chaque jour, depuis la nourriture jusqu’aux aux jeux, si possible d’éveil. « Là où ça était, je dois advenir », disait Freud.

Freud et les pulsions

En proie à la violence des pulsions qui l’habitent et sollicité par d’infinis stimuli nouveaux qu’il doit mémoriser par des circuits et synapses se créant à une vitesse inouïe dans son cerveau (le ça de ces pulsions sans garde-fou), l’enfant doit apprendre de son entourage immédiat et surtout de sa mère, l’existence de limites. Il n’a pas le choix : « Dans la vie on ne peut pas tout avoir ! », écrit Aldo Naouri qui reprend à son compte le sens commun. Or, dans nos sociétés marchandes et techniciennes, le mot d’ordre est le contraire : rien ne doit manquer ! Les mères, que tant de mots d’ordre ambiants et autres manuels et théories cherchent à formater en jouant sur sa culpabilité éventuelle sont persuadées qu’elles ne sont de bonnes mères qu’en ne privant aucunement leur enfant. Le gain narcissique, est pour elles, énorme ainsi que le sentiment de toute-puissance et la certitude de réparer, à travers leur enfant qui ne manquera de rien ce dont elles-mêmes ont manqué avec leurs mères qui après tout n’étaient pas aussi bonnes.… Aldo Naouri est en désaccord absolu, pour ne pas dire en guerre, avec ce mot d’ordre, qu’il dit avec raison être d’essence incestueuse, du « rien ne doit manquer à l’enfant ». L’éducation d’un enfant est l’inscription de la frustration et le rôle du père, aujourd’hui si absent, est à ce niveau-là. Ce qui est une façon de certifier la coupure du cordon ombilical. Séparé de sa mère, devenu membre de la communauté humaine composée d’autres parmi lesquels l’enfant devra dès son premier jour se faire admettre et reconnaître comme autre, du dehors où il voit et respire, sa vie qui se différencie de celle du corps de la mère, ne répond plus au doigt et à l’œil à la violence des pulsions qui habitent le corps ce qui oblige à apprendre à différer, à prendre conscience du temps, de la séparation, des limites, mais aussi du malentendu, des surprises géniales, de la stratégie et de la diplomatie à mettre en acte. Dès le premier jour de la vie dehors, aérienne, visible, lorsque l’enfant est donné à la lumière ce n’est plus le corps de la mère, ce n’est plus le régime station-service, c’est autre chose.

La vie dehors

Avec toute sa sollicitude, attentive à la situation de prématuré de son nourrisson, même reconnaissable entre tous par son odeur, par l’alphabet sensoriel que le fœtus s’est constitué pendant sa vie intra-utérine à partir du corps de sa mère, elle fait partie du dehors, elle n’enveloppe plus l’enfant, elle diffère, même de quelques instants, la satisfaction pour son bébé habité de toute sa violence pulsionnelle, une béance s’ouvre, qui est essentielle, structurelle, constructive et qui doit s’élargir avec le temps pour que le temps lui-même s’impose à l’enfant entre sa mère et lui. Dans un allaitement à la demande, la mère ne peut ni ne doit se faire une station-service éternellement disponible pour son nourrisson. L’enfant est désiré et conçu comme réparateur de ce qui a cloché dans l’enfance de chacun des parents : cette fois, ils feront tout bien. L’enfant n’est conçu que dans un but intimement narcissique, et non pas vraiment dans la mission autrement plus large du renouvellement de l’espèce. La conception d’un enfant ne peut en aucun cas être une affaire narcissique, mais au contraire participer de la joie du renouvellement de la communauté humaine, donc une sorte de guerre faite à la pulsion de mort et à l’angoisse qu’elle suscite. En ce sens l’enfant devient réparateur. Si l’enfant nouvellement né est d’emblée vu, accueilli, reconnu, comme autre dans la communauté humaine qui sent en elle une joie infinie à constater qu’elle ne finira pas, chaque autre déjà présent, c’est-à-dire le père et surtout la mère, doivent avoir, impérativement, leur vie et histoire propres, qu’ils sont en train de vivre, quelque chose de sacré et d’insacrifiable. Ce ne sont pas des parents sacrificiels, et surtout pas une mère sacrificielle dont le sacrifice serait pour l’enfant ainsi aliéné à vie par la dette, la culpabilité, et le cannibalisme maternel qui engloutit férocement en elle un être qu’elle suppose incapable de vivre sans être circonvenu et enveloppé par un utérus virtuel. La mère, le père, doivent être des autres ayant leur vie à eux, bien séparées de celle de leur enfant. Et papa et maman sont donc aussi des personnages autres, qui ne font en aucun cas un. Il y a une femme, qui diffère de maman, laquelle diffère de l’utérus toujours en phase avec le fœtus. Il y a un homme, qui diffère aussi de papa, et qui a sa vie à lui, qui se déploie dans l’infini de la vie à la lumière.

Nécessité de l’altérité

Si une femme, un homme ne se font pas reconnaître ainsi, dans une altérité à leur enfant, capable de maintenir une saine béance entre la violence des pulsions exigeantes et leur satisfaction dans des limites et des règles bien précises, comment l’enfant pourrait-il s’engager dans sa propre vie comme dans une aventure singulière à inventer en se battant pour sa réussite ? Si les parents, comme souvent aujourd’hui, croient devoir tout anticiper pour leur enfant, et eux sacrificiellement à son service et leurs pensées en permanence colonisées par leur enfant, comment une vie digne de ce nom serait-elle possible ?
Dès son premier jour, l’enfant doit être considéré comme un autre, non pas comme un objet narcissique voire érotique retenu dans le giron éternellement, dans sa prématurité-même certes il doit être l’objet de soins, mais ils ne doivent pas incarner une main-mise sur le corps à la manière d’un super-utérus encore capable de le remballer en lui. L’enfant a besoin de limites et moins d’explications que d’interdictions. Le bain en commun de parents avec leur enfants ? Interdit ! La nudité ? Interdit. Il n’y a pas de main-mise (toujours d’essence incestueuse) sur le corps ! Le corps, par rapport au temps intra-utérin, est dans un état séparé ! Jamais plus le cordon ombilical, par des mains, ne pourra l’attacher à nouveau, et jamais plus, par des sollicitudes férocement possessives, narcissiques et avides de puissance, l’enfant ne sera remballé dans un utérus virtuel avec ce sous-entendu que sinon il est un incapable… L’enfant doit être respecté et cadré. A propos de la reprise de l’activité sexuelle du couple, le père étant le séparateur par excellence, l’enfant doit avoir l’impression que ses parents ne cessent pas de le faire. La mère doit faire le deuil de ce qu’elle était jusque-là.

Le temps et la lumière

Etant dehors, dans cet espace où il respire de l’air, où il y a la lumière, des objets, d’autres personnes que sa mère, et surtout ce temps qui diffère et limite la satisfaction de ses besoins, où il va se mettre à désirer ce qui manque, l’enfant doit avoir la certitude qu’il est fini du point de vue de sa vie fœtale. A l’extérieur où il doit réussi sa vie avec les autres qui sont des promesses et des surprises pour vivre, faire, écrire sa propre vie non déjà toute tracée, c’est autre chose, et ce ne sont pas ses parents qui le font ! Après la naissance, sa mère est aux premières loges pour prendre soin de sa prématurité, avec l’immense avantage que lui a donné la gestation, mais n’accomplit-elle pas sa mission au nom de la communauté humaine dont elle est un membre, participant de la joie infinie de cette communauté entière à ce renouvellement. La mutation qui s’opérerait dans une femme, la transformant en mère doit être respectée car elle doit rester une autre à part entière ! Ce qu’elle fait pour le nouveau-né, avec la proximité charnelle, qu’elle a avec celui-ci, elle ne le fait pas d’une manière narcissique et personnelle. Il est sacré pour elle de vivre sa propre vie et d’enseigner en même temps à son enfant que lui-aussi doit tenir à vivre la sienne. Le deuil que doit faire cette mère est supplanté par quelque chose de précis qui disparaît à jamais, à l’accouchement : le placenta ! C’est de lui que la mère doit faire le deuil ! Elle n’aura plus jamais un placenta à disposition pour la faire toute-puissante pour son enfant ! Elle ne pourra plus jamais le remballer dedans ! Ni le père devenant mère-bis ! Le père non plus n’est pas muni d’un placenta assurant à tout le monde que rien ne manque ! Le mot mutation me fait trop penser à la malignité… Continuer à faire l’enfant, dans le lit parental où cet enfant n’est pas, bien sûr, admis ? Un homme et une femme, dans l’aventure de leur vie ensemble, ne cessent de batailler sur le terrain de la différence sexuelle afin que fille et garçon se rendent mutuellement justice du point de vue de leurs désirs hétérozygotes, dans le sens d’une possibilité pour chacun d’eux de laisser aller à la paix éternelle leurs pères et mères respectifs. Des années ont passé. Les enfants ont grandi. Ils ont commencé leur construction. Les parents ont observé leurs mutations en s’étonnant. Pendant ce temps, le monde a évolué. Voici comment : 1. En Italie, quarante ans après Mai 68, un vent de fronde souffle à nouveau sur le monde universitaire. Les manifestations sont plutôt bon enfant, mais les leaders de la contestation sont déterminés à obtenir le retrait de la loi sur l’école que le Sénat devrait adopter avant la fin du mois. 2. En France, le collégien de 15 ans qui avait accusé de violences un professeur qui s’était suicidé fin septembre après sa garde à vue, a reconnu avoir menti. « L’élève M. a menti », a expliqué Francis Lec, avocat de la famille du professeur, lors d’une conférence de presse. Le collégien, va être présenté à un juge pour enfant en vue de sa mise en examen pour dénonciation calomnieuse. Le professeur, âgé de 38 ans, enseignant au collège César-Savart de Saint-Michel, avait été retrouvé pendu à son domicile le 20 septembre. La veille, il avait été placé en garde à vue à la suite d’une plainte déposée par l’élève qui l’accusait de lui avoir donné un coup de poing dans une salle de classe, ce que l’enseignant niait. L’élève avait affirmé qu’un retard avait été à l’origine de cette supposée altercation, avec son refus de remettre son carnet de correspondance. En pleine procédure de divorce, l’enseignant avait laissé un mot chez lui annonçant qu’il allait mettre fin à ses jours, sans s’expliquer sur les raisons de son geste. C’est un gâchis immense dans l’Education nationale qui se répète trop souvent. On n’a pas tiré les leçons d’Outreau », a dénoncé Me Lec. Pour le père de l’enseignant, qui entend se constituer partie civile, l’objectif premier est atteint : rendre son honneur à mon fils.