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Aspect utilitaire de l’empathie

Peut-on parler de relations entre empathie et "care" ?

lundi 18 octobre 2010, par Picospin

Après être allé trop loin et trop longtemps sur la voie de la réussite et du succès, voilà qu’un retour sur le passé est apparu à l’horizon des plus intelligents, des plus clairvoyants. Ils ont aperçu, quelque part au loin, entre les fumées rejetées par les cheminées éparses émergeant des usines implantées au centre ou à la périphérie des villes dont certaines ont reçu le surnom prestigieux de "mégapoles", pour signifier au peuple qu’on y travaillait beaucoup, dans la diversification, la concentration des moyens, des outils et des cerveaux.

Empathie

L’empathie est fondée sur la souffrance qu’on éprouve, notion complexe désignant le mécanisme par lequel un individu, peut-être encore mieux un animal, peut « comprendre » les sentiments et les émotions d’une autre personne ou mammifère voire, dans un sens plus général, ses états mentaux non-émotionnels comme ses croyances qu’on peut rattacher en ce cas à une "empathie cognitive". On distingue l’empathie de la sympathie, de la compassion ou de la la contagion émotionnelle ou affective par le transfert des émotions d’une personne émettrice vers une personne réceptrice. L’empathie n’implique pas en elle-même l’idée du partage des mêmes sentiments et émotions, ni d’une position particulière vis-à-vis de ces derniers. Elle consiste à saisir les références internes et les composantes émotionnelles d’une autre personne et à les comprendre comme si l’on était cette autre personne. Se mettre à la place de l’autre génère inexorablement de l’affectivité. 
Garder ses distances conduit forcément à ne pas comprendre l’autre.

Curseur de la distance

La mobilité ou la mobilisation de ce curseur produit des discours maladroits où l’on entend qu’il faut comprendre, écouter, humaniser car on sent bien qu’il est urgent de progresser sur ce point, mais en même temps qu’il faut ne pas trop s’investir et garder ses distances car il faut prendre soin de soi, éviter le stress, l’attachement et au-delà la fusion. D’aucuns pensent que se mettre à la place de l’autre conduit au risque de na jamais pouvoir le comprendre. S’en approcher de trop près, trop longtemps ou trop souvent consiste à prendre un autre risque, celui de Narcisse qui, voyant son image se refléter dans la fontaine, croit voir une autre personne et en tombe amoureux. Dans sa stupéfaction, il en oublie même de boire et meurt de soif devant sa fontaine. Il est alors transformé en la fleur "Narcisse" dont l’étymologie nous ramène au grec narké, mère du terme narcose, panacée des anesthésistes, puisque cette fleur était reconnue comme pouvant endormir même les divinités. Plutôt que de nous mettre à la place de l’autre, nous pouvons mettre du soin à l’entendre exprimer ce qu’il ressent, pense, ou vit à la place où il est. En laissant notre imaginaire et nos hypothèses de côté, nous pourrons mieux le comprendre. 

Écoute

Une vraie qualité d’écoute s’opère de façon active. Il serait maladroit d’être passif et de simplement laisser parler. Il est plus efficace d’aider notre interlocuteur à exprimer ce qu’il a à dire grâce à des questions pertinentes, sans conditions de réponse, et non indiscrètes. Ceci amènera la précision et la concision optimum pour le plus grand bonheur de chacun. Le zéro de la distance produit l’infini de la qualité. Mais "distance zéro" ne signifie surtout pas "se mettre à la place". Car se mettre à la place, c’est aboutir à une sorte de fusion... qui amène la con...fusion. Si la bonne distance, équivaut à pas de distance du tout, il est par contre fondamental d’être distinct. Nous mettrons donc un soin tout particulier à ne pas confondre distinct et distant autant qu’à ne pas confondre proche et fusionnel. La chaleur humaine se définit par l’ouverture à l’autre sans avoir besoin de lui. 
L’affectivité peut se déclencher à l’occasion d’épisodes de la vie mettant face à face un ou plusieurs êtres qui ont besoin les uns des autres ou qu’on en a peur. Ce besoin devrait permettre dans l’imaginaire de combler un de nos manques, pour nous rassurer.

Peur et manque

En avoir peur, c’est craindre qu’il risque d’aggraver un de nos manques ou de nous déstabiliser. Différencier la chaleur humaine de l’affectivité permet d’être chaleureux sans ambiguïté, et de communiquer avec plus d’efficacité et de serénité. En quoi l’altruisme qui se distingue d’autres états comme la schizophrénie, peut-elle rapprocher les êtres en vue de faciliter leurs relations, leur union, leur solidarité, l’entraide sinon la compassion, toutes qualités et propriétés qui facilitent les réalisations et permettent de passer de l’imagination à la création. On trouve de nos temps, ici ou ailleurs des "écouteurs" qui ne sont plus des outils qu’on place sur les pavillons des oreilles pour mieux entendre les paroles du grand méchant loup mais des personnes en chair et en os qui ont choisi la profession d’écoutant pour soulager des âmes dans la détresse qui ont manifestent le besoin vital d’être branchées sur écoute tout comme tel politicien ou policier dont la mission consiste à décrypter les dires, les mots et les signes pour repérer d’éventuelles culpabilités. Laisser l’homme ou la femme seul face à son destin, n’est-ce pas les condamner au risque de ne pouvoir résister à la pression de la société dont le pouvoir grandit de façon exponentielle et figurant ainsi contre l’individu une croissance arithmétique. C’est ainsi que les employeurs deviennent des géants dinosaures devant le salarié désarmé qui n’a que son syndicat pour le défendre. Devant cette disproportion, il choisit parfois de se jeter par la fenêtre.

Questionnement éthique :

1. Est-il vrai que l’historiographie ne joue pratiquement aucun rôle dans la mémoire collective et le passé de certaines cultures ? Si oui, pour quelle raison ?

2. On cite comme illustration à cette hypothèse la manière dont est transmise l’histoire dans la religion juive, moins par le souvenir ou la mémoire qui distancient trop intensément que par une "réactualisation" par le rituel de Pâques, expérience vécue du passé.

3. Comment s’exprime la relation de la mémoire au rite ? Dans la phrase "ceci est mon corps donné pour vous ; faites cela en mémoire de moi", ce qui fait du corps de Jésus un corps mystique incorporant tous les croyants...car tous nous participons à ce pain unique, sachant que tous implique la disparition des particularités ethniques, sociales et génériques.

4. Comment interpréter la phrase de l’Evangile de Jean : "Si vous ne mangez pas la chair de l’homme et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous ?


Ginzburg C. A distance. Neuf essais sur le point de vue en histoire. Paris, 2001, Gallimard.