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Le grand tournant

Philosophie des religions et du fait religieux

Retour d’une spiritualité

vendredi 1er février 2013, par Picospin

Le religieux est revenu à grands pas pour remplacer les accents enchanteurs des mythes, des sagas et des affabulations enfermées dans les paquets cadeaux des faiseurs de miracles, promettant monts et merveilles à tous ceux et celles qui les suivraient dans leur délire. C’est ce qui s’est passé dans la majorité des pays placés sous l’autorité des partis totalitaires et parfois aussi de ceux, plus démocratiques qui, vidés de toute substance énergétique, se tournèrent vers le divertissement, la distraction, la recherche du plaisir pour oublier la dureté de la condition humaine. C’est cette histoire que veut vous raconter ce texte consacré à la philosophie des religions, présentée en deux parties.

Que fait la philosophie des religions ?

La philosophie de la religion s’occupe d’examiner et de clarifier ses thèmes centraux et les concepts impliqués dans les traditions religieuses. Ces derniers comportent toutes les sphères principales de la philosophie y compris la métaphysique, l’épistémologie, le logique, l’éthique, la philosophie du langage, de la science, des lois, de la sociologie et de la politique et de l’histoire. Cette discipline interroge aussi la signification des grands évènements historiques comme la Shoah de même que les caractéristiques du cosmos telles que les lois de la nature, l’émergence de la conscience ou la signification des maints témoignages au sujet des faits religieux. L’intérêt pour l’exploration des croyances religieuses et de leurs pratiques se répand d’est en ouest où se révèlent les visions et réflexions philosophiques sur Dieu ou les dieux, la raison, la foi, l’âme, la vie après la mort, tous thèmes qui à l’époque n’étaient pas considérés comme des disciplines de l’étude générale de la religion. Celle consacrée à Dieu n’était à l’époque qu’une composante parmi d’autres projets d’analyse.

Des interrogations

Ce mélange d’interrogations entremêlées entre philosophie et religion est évident chez des philosophes de la modernité comme Hobbes, Locke, Berkeley, pour ne citer que les plus connus. Il revient pourtant à l’Université de Cambridge d’inaugurer les recherches sur la thématique spécifique du fait religieux étendu par la suite à l’existence de Dieu, la signification du pluralisme des religions, la nature du bien et du mal. Dans la quête des significations et représentation de Dieu et des religions apparaissent les croyances relatives au sacré, les diverses expériences sur le religieux, les rapports entre science et religion, le défi des philosophies non religieuses, les considérations d’ordre religieux sur les phénomènes naturels de la naissance et de la mort, de l’histoire et autres domaines de réflexion. Ces interrogations sur le monde impliquent les questions essentielles sur notre place dans le cosmos et nos relations avec tout ce qui est susceptible de le transcender, ce qui, du même coup, pose la question des limites et de la nature de la pensée de l’homme. Dans cette perspective et dans la mesure où notre questionnement concerne les pratiques intimement liées à l’individu et au social, la religion s’inscrit dans un cadre plus pratique que théorique.

Liens des hommes avec les religions

Dans la mesure où une grande proportion de gens dans le monde a contracté des liens temporaires ou définitifs, étroits ou élargis avec la religion tout en ayant été profondément affectés par elle, sa philosophie joue un rôle majeur dans l’estimation de leurs valeurs, de leurs engagements et de leurs responsabilités. Ce qui mérite d’être apprécié en priorité dans le contexte de la relation de l’individu avec la religion est la forme et le contenu des traditions dans laquelle elle s’insère. La théologie bénéficie des apports et de l’influence de la philosophie comme le montrent ses articulations avec l’aristotélisme et le platonisme entre autres et plus récemment avec la pensée de Hegel, Derrida et Heidegger. A cette contribution à travers les siècles, il convient d’ajouter celles des penseurs du Moyen Age comme Maïmonide, Thomas d’Aquin, Origène, relayés bien plus tard par Wittgenstein au 20è siècle. Le positivisme intervient de manière dangereuse dans la croyance religieuse quand il stipule que ses affirmations et concepts sur le fonctionnement du monde doivent être constamment déclarés vrais ou faux ou au moins vérifiables dans leurs principes.

Un novateur

Un des critiques les plus ardents des positions des penseurs du passé sur le fait religieux fut Wittgenstein qui propose sa théorie de « l’image du sens » fondé sur le caractère vrai ou faux d’une affirmation selon que la réalité correspond à l’image représentée par la croyance. C’est ainsi, à travers ses embûches, que la métaphysique traditionnelle concernant le théisme fut traitée comme elle le méritait, par des attaques répétées de la part des positivistes au milieu du 20è siècle. Quand des philosophes comme Descartes, Locke, Leibniz, Berkeley et Hume se sont prononcés pour ou contre la justification de la croyance en Dieu, la métaphysique se trouvait au premier plan dans la mesure où leur intérêt résidait principalement dans les arguments qui pouvaient être avancés en faveur de l’existence ou non de Dieu. Cette préoccupation, essentielle à une certaine époque s’est inclinée récemment vers une conception moins réaliste du fait de l’introduction de la sociologie des religions dans le débat.

Entrée des sciences sociales

Cette entrée à grand fracas des sciences sociales dans la pratique de la religion modifie la place de la métaphysique dans la hiérarchie de sa construction théorique. Il s’agit actuellement d’analyser nos modes de vie et nos réactions face à la prière et la croyance en une vie après la mort. Toutes deux peuvent se passer du support métaphysique qui les soutenait auparavant. La prière à Dieu de parents pour la guérison de leur enfant peut facilement être plus entendue comme l’expression de leur angoisse qu’en tant que tentative d’influencer Sa volonté pour qu’il viole les lois de la nature par une intervention miraculeuse visant à guérir.

Sens de la croyance

Si certains ont insisté sur le sens donné à la croyance en Dieu, sans y ajouter la foi en l’existence du même Dieu, d’autres ont fait prévaloir le fait que le manque d’une croyance en l’existence même de Dieu rend sa foi en Lui dénuée de tout sens. Peut-on espérer que quelque chose puisse arriver comme la guérison d’un enfant sans la foi qui accompagne cette croyance ? N’est-il pas plus déconcertant de supposer que l’on peut faire confiance en une divinité sans croire ou espérer qu’il existe une réalité divine à laquelle on peut se fier.

Prochain article : les attributs de la divinité

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