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Pionnier de la génomique, Craig Venter décrypte et publie l’intégralité de son propre génome. Cette première pourrait être suivie d’autres analyses prédictives du même type

jeudi 6 septembre 2007, par Picospin

Le célèbre généticien américain Craig Venter, a sans doute du souci à se faire pour l’avenir. Dans la revue scientifique internationale PLoS Biology datée d’octobre 2007, il révèle l’intégralité du séquençage de son propre génome qui affiche notamment une petite prédisposition à l’infarctus aigu du myocarde et aux cancers de la peau.

Génétique et environnement

Cette révélation n’a dû en réalité l’affecter que très modérément puisqu’il sait déjà que la prédisposition génétique seule n’est intéressante à connaître que si l’on tient compte en même temps de l’environnement. En revanche, il peut tirer une fierté légitime de cette publication dans PLoS, puisque c’est la première fois que le génome d’un individu est totalement décrit. En 2001, la première carte génétique humaine était publiée, mais il s’agissait d’un patchwork de plusieurs personnes et non pas d’un seul individu. À l’époque, d’ailleurs, deux cartes avaient été publiées, celle obtenue grâce à un consortium international de chercheurs bénéficiant d’un financement public et celle de Craig Venter et de sa firme Celera qui ne disposaient que de fonds privés.

Consentement

« L’homme dont le génome est décrit a donné son consentement pour que son ADN soit analysé, séquencé, écrit et publié dans sa totalité », peut-on lire dans l’introduction de ce travail commencé en 2003 et qui dévoile dans « sa nudité génétique complète » son propre auteur Craig Venter, même si personne - pas même les chercheurs ayant effectué ces analyses - n’est encore capable de comprendre le sens de toutes les séquences d’ADN qui sont décrites. James Watson, le découvreur de la double hélice d’ADN et Prix Nobel de médecine, âgé aujourd’hui de 79 ans, s’est lui aussi prêté au séquençage de son génome dont il a reçu les résultats en mai 2007.

Séquençage

Le séquençage du génome d’un individu consiste, à décrire à partir de l’étude d’une goutte de sang, toutes les séquences de son ADN porté par les 23 chromosomes qui lui viennent de son père et les 23 qui lui viennent de sa mère. Ce travail intéressant permet d’obtenir des informations inédites sur le génome humain et montre comment nous avions sous-estimé la diversité génétique humaine.

« Nous sommes vraiment uniques »

Ainsi Craig Venter et ses 30 collaborateurs ont pu constater que sur les 4,1 millions de variations entre les deux jeux de chromosomes, 3,2 millions sont des variations d’une seule lettre (ou base) tandis que près d’un million sont des variations génétiques portant sur des blocs bien plus larges de génome. « Avec cette publication, nous avons montré que les variations d’un humain à l’autre sont sept fois plus importantes que les estimations antérieures, soutient Craig Venter et que « nous sommes vraiment uniques au plan génétique. »

Prédispositions génétiques

Quel est l’intérêt d’un tel travail ? A cette question, les généticiens répondent que quand on disposera de l’intégralité du génome pour 1 000 personnes, il sera bien plus facile d’analyser toutes les prédispositions génétiques d’un certain nombre de maladies multifactorielles. » Pour le professeur Jean Weissenbach, directeur général du Génoscope à Évry, la connaissance du génome individuel à long terme pourrait permettre d’adapter la thérapeutique à chaque type génétique...Pour l’instant, le décryptage de ce génome est une oeuvre de longue haleine qui a duré plusieurs années et a déjà coûté plusieurs millions de dollars. Craig Venter a travaillé grâce au budget mis à sa disposition de la fondation X Prize qui de plus a promis 10 millions $ au premier scientifique qui serait en mesure de séquencer le génome d’une personne pour une somme inférieure à 1 000 $.

Génome pour tous ?

Avec la performance de Craig Venter, c’est tout un nouveau pan de la connaissance génétique individuelle qui est en ligne de mire. Actuellement, il faut des centaines de calculateurs pour déchiffrer un code génétique humain complet. Dans cinq, dix ou quinze ans, les techniques auront toutes les chances de se simplifier. Tout individu pourra être en possession d’une disquette contenant son génome, avec la même facilité que celle qui lui permet de connaître aujourd’hui son groupe sanguin.

Rôle du génome

L’intérêt d’analyser son génome réside dans la possibilité de découvrir ses propres prédispositions d’être atteint par diverses pathologies. Cette science garde encore ses secrets. 1. les fonctions et déterminismes de la plupart des gênes qui nous composent nous échappent encore et 2. le gène seul n’a rien de déterminant (sauf pour les maladies monogéniques), car beaucoup d’affections sont dues à des interactions entre gène et environnement. 3. On ne peut négliger une réflexion indispensable sur les conséquences psychologiques de cette nouvelle médecine déjà appelée prédictive et dont les risques ne sont pas encore complètement appréhendés.


Questionnement éthique

1. quelles peuvent être les conséquences psychologiques de la connaissance de son propre génome et des risques de maladies que ses éventuelles anomalies peuvent apporter ?

2. Quel peut être l’avenir de la médecine prédictive ?

3. est-ce que cette nouvelle vision de la médecine est susceptible de constituer une spécialité ?

4. Quels en seraient les protagonistes ?

5. Comment cet aspect « déterministe » est-il susceptible d’influencer le comportement de l’homme dans sa vie présente et future ?

6. Risque-t-elle d’être perturbée par la connaissance ou les probabilités de l’avenir ?

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