Ethique Info

Accueil > Politique > Plagiats et mimétisme

"Publish or perish"

Plagiats et mimétisme

De l’impératif de publier sinon de copier

samedi 26 janvier 2008, par Picospin

C’est ainsi qu’en médecine, discipline en principe destinée à prendre soin des malades et à les guérir, le candidat médecin n’est nullement jugé sur les résultats qu’il a obtenus chez les malades dont il avait la charge mais sur la quantité des articles de journaux scientifiques, de revues et de livres publiés dans les recueils les plus fameux, les plus lus et dont la qualité est reconnue la meilleure par ses pairs. A la lecture de ces conditions de validation, il est évident que la première idée qui vient à l’esprit des profanes aussi bien que des spécialistes est la tentation de copier.

Une tentation tenace

Cette tentation tenace, exigeante, douloureuse se transforme souvent en un acte réellement accompli tant est impérative la nécessité d’écrire et la menace d’en être privé si l’on déchoit ou si l’on perd la reconnaissance de ses pairs. Jusqu’ici, on peut se contenter d’évoquer un simple problème de conscience, d’éthique ou de culpabilité sinon de franchissement des limites de l’honnêteté. La difficulté dans ces domaines est de détecter les plagiats, les emprunts, les traductions partielles dont la réalité est difficile à établir au point que les coupables de ces actes peuvent facilement prétendre que leurs intentions n’étaient pas coupables et que c’est en toute bonne foi qu’ils se sont appropriés les œuvres, les créations, les falsifications des autres sans imaginer un seul instant qu’ils avaient enfreint les règles les plus élémentaires de la droiture, de l’intégrité ou de la probité. En d’autres termes, ces actes s’appellent des plagiats. Il faut souvent plusieurs mois ou des années pour les déceler tellement il y a de publications sur le marché, depuis les essais, les romans, les œuvres littéraires, les rapports scientifiques, les thèses depuis que ces écrits sont publiés et accessibles au plus grand nombre.

Une multitude de copies

Les auteurs d’un recensement de ces fautes ont une vue plutôt pessimiste de la situation puisqu’ils ont passé au crible d’un logiciel spécifiquement mis au point pour cet usage, 17 millions d’articles référencés sur lesquels 3% de plagiats ont été mis en lumière. Cette proportion ne semble pas susciter une inquiétude particulière sur la probité des auteurs de la part des critiques choisis pour analyser le contenu des écrits. Elle n’est pas excessive non plus si l’on tient compte de la situation actuelle des créateurs d’écrits. Les congrès scientifiques, ouvrages, revues, sont inondés de textes dont beaucoup sont déjà sélectionnés pour publication au départ, refusés définitivement ou soumis à corrections. La recherche répond à une mode aussi visible que celle des vêtements, de l’art ou des romans. Il est donc normal que plusieurs individus aient en même temps l’idée de travailler sur un même sujet ou un thème voisin. Cette situation rend encore plus délicate la tâche de ceux qui sont chargés de séparer le « bon grain de l’ivraie ». Copier, imiter, transcrire calquer sont des procédés qui relèvent de la même démarche. Ils sont à la base des procédures d’apprentissage. C’est en voyant faire l’autre que l’on se représente l’utilité ou l’intérêt de faire une chose, de la chose faite et de l’apparence que prend ce geste. C’est en le reproduisant que l’on découvre sa difficulté et qu’est forgé le souvenir de l’enchaînement des actions élémentaires au niveau musculaire et conscient nécessaires à son accomplissement. Le mimétisme intervient dans l’utilisation de son corps dans l’espace d’outils et par les techniques du langage celle des mécanismes mentaux comme la déduction ou la résolution de problèmes.

De l’apprentissage aux émotions

La reproduction d’un geste est à la base de la mémorisation d’une technique. Reste l’émotion toujours susceptible de se communiquer aux individus et aux groupes à travers les canaux des médias de masse. L’émotion du groupe peut s’emparer d’un individu et se propager. Des individus deviennent ainsi liés ensemble par un stress collectif, une même émotion, une même joie ou un deuil dans une même expérience, ces individus intègrent des courants de force collective qui sont des vagues d’imitation d’une sensation collective. L’émotion se diffuse par imitation de sensations, comme une épidémie affective à travers les canaux médiatiques que sont les tuyaux de sons et de lumière, les fibres optiques ou les ondes acoustiques. Les peuples sont coordonnés par des mécanismes qui imitent un stress collectif ou qui propagent une même sensation à travers toute une population. A travers ces mécanismes de diffusion, des énergies affectives s’écoulent et produisent des hallucinations collectives et des perceptions partagées entre les partenaires de l’expérience. Ce sont ces délires affectifs qui font qu’un peuple se sent exister en tant que peuple ou foule unie. L’unité du peuple tient essentiellement au fait que dans certaines circonstances, il est capable d’agir comme un unique paranoïaque. Dans les sociétés de communication, le pouvoir tend à produire des modèles qui régulent le comportement et l’apparence des populations et des individus. Le groupe social, peut être considéré comme une collection d’êtres en tant qu’ils sont en train de s’imiter entre eux ou en tant que, sans s’imiter actuellement, ils se ressemblent et que leurs traits communs sont des copies anciennes d’un même modèle.

Questionnement éthique :

1. Le mimétisme n’a-t-il pas un effet positif qui est celui de l’apprentissage et un effet potentiellement pervers qui est la fusion au sein d’une collectivité autour d’idées véhiculées par les masses ou le gourou. Cette démarche agit comme élément facilitateur de la diffusion des idées, des gestes et des mouvements de foule collectifs ?

2. Comment l’homme peut-il faire la part des choses entre la liberté, l’individualité et la vie en commun, condition de l’être social qu’il est mais aussi véhicule de tous les dangers par l’effet du mimétisme qui risque d’agir comme moteur des comportements déviants ?

3. L’épidémie affective peut-elle être transmise par des mécanismes qui imitent un stress collectif ou qui propagent une même sensation à travers toute une population ?

4. A travers ces mécanismes de diffusion, des énergies affectives s’écoulent et produisent des hallucinations collectives et des perceptions partagées entre les partenaires de l’expérience. Ce sont ces délires affectifs qui font qu’un peuple se sent exister en tant que peuple ou foule unie. L’unité du peuple tient essentiellement au fait que dans certaines circonstances, il est capable d’agir comme un unique paranoïaque.


Sources :
"le Monde" Pierre le Hir 25 01 08 "Un logiciel contre le plagiat scentifique"