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Trop de vaccins

Politique de la cigale

Pas assez de vaccinés

dimanche 3 janvier 2010, par Picospin

A l’époque, la France était déjà dans le haut du peloton de tête des pays qui avaient acheté le plus de doses.

Combien de doses ?

En moyenne, les pays européens avaient acheté un peu moins d’une dose par habitant. Et quand le courrier de l’OMS disant qu’une dose suffirait au lieu de deux, la fourmi s’est retrouvée avec sur les bras un stock de vaccins elle s’est rendue compte que techniquement elle ne pourrait pas l’écouler. "Il était évident qu’on avait 60 millions de vaccins en trop" estime le professeur Bernard Debré, qui avait fait allusion seulement à une "grippette", Plutôt que brader, on va envoyer aux pays nécessiteux la quantité considérable de 9,4 millions de doses données à l’OMS en septembre), mais surtout vendre, si possible à prix d’achat aux cigales comme le Qatar et l’Egypte, qui eux avaient visé un peu juste. "Mais si ces pays se fournissent directement auprès des laboratoires, ils pourront profiter de vaccins munis de dates de péremption plus éloignées" comme l’a fait remarquer le Professeur de médecine Bernard Debré.

Soucis ?

Un petit souci est intervenu entre temps, celui de la concurrence inattendue de pays comme l’Allemagne qui tentent de mettre des bâtons dans les roues des Français, car ils doivent, comme ces derniers se débarrasser au plus vite des doses désormais inutiles pour les proposer aux pays en déficit de ces produits pour des raisons d’économie ou d’imprévoyance. L’Ukraine en est un, comme le fut à un moment donné le Mexique qui, un temps intéressé, a finalement laissé tomber ce projet. Au ministère, on ne communique pas ou alors très peu "pour des raisons de confidentialité", comme l’explique le porte-parole de la cellule de crise interministérielle sur la grippe A. Reste à savoir si tous les vaccins vont trouver preneur, sachant que pour l’instant, seuls 5 millions de Français se sont fait vacciner. Face à la menace H1N1, la France a cassé sa tirelire et acheté pour 674 millions d’euros de vaccins soit 94 millions de doses pour un résultat très mitigé puisque désormais l’épidémie ne fait plus peur à grand monde. D’où l’idée de revendre les doses non-utilisées aux pays qui en auraient besoin..."Il y a eu sans aucun doute une débauche de moyens, qui ne correspondaient pas aux besoins, même par rapport à un risque plus important que celui que nous avons constaté.

Affolement ou panique ?

Cette débauche de moyens était la conséquence d’un affolement et d’une volonté excessive de la part de la politique gouvernementale. Cette communication, traduction d’une volonté à tout prix d’afficher une politique volontariste a abouti exactement à son contraire, c’est à dire qu’il y en France moins de personnes vaccinées que dans d’autres pays alors qu’on a racheté des quantités excessives. Cette situation n’a pas encouragé les responsables de la santé à renforcer leur vigilance envers les modes d’administration des vaccins même ou parce que leur quantité était devenue largement excédentaire par rapport aux besoins de la population. Etait-ce bien raisonnable au moment où le budget de la Sécurité Sociale est largement déficitaire, sinon aux bords de la faillite, que des hôpitaux ferment faute de moyens suffisants pour les faire vivre et que des secteurs comme celui des soins palliatifs meurent faute d’attribution d’un budget suffisant pour permettre aux patients en fin de vie de mourir dans la paix, l’absence de souffrance et la dignité.

Le nécessaire et l’indispensable

Était-il vraiment nécessaire, sinon indispensable de se livrer à un marché, un marchandage à la limite de l’éthique pour appliquer à la lettre un principe de précaution dont le sens a été largement déformé depuis sa publication par le philosophe allemand Hans Jonas ? Devait-on prendre des risques inconsidérés tels que ceux qui ont été amplement diffusés par la presse étrangère ? Ainsi, le site helvète "Romandie.com" publie ce jeudi des témoignages de vaccinés, comme celui-ci : Pour sa 1ère injection, "une fillette de trois ans, à Paris, a reçu un vaccin avec adjuvant, alors que le vaccin sans adjuvant, le Panenza, n’était pas arrivé sur le marché." Mais pour sa 2ème injection une semaine plus tard, la fillette a reçu un vaccin... sans adjuvant. Plus tard, le responsable du centre a admis que les médecins "ont pris leur décision sans consulter les documents officiels mis à leur disposition."

Incidents

Il y a avait déjà eu cette surdose dans le vaccin pour 5 enfants de moins de 3 ans à Brest. Début décembre, ils avaient reçu 4 fois la dose normale, soit 1 millilitre au lieu de 0,25..."C’est une erreur isolée de manipulation", avait précisé un médecin inspecteur de la santé publique. Les enfants n’avaient eu ensuite aucun effet indésirable. Doit-on aller plus loin dans les critiques et faire siennes, les allusions ou réflexions d’internautes particulièrement agressifs qui n’on pas hésité à écrire « …c’est comme les dealers, ils achètent en gros et moins cher, revendent à un bon prix et se font de la thune. C’est sûrement le plus gros trafic de l’année… »

Questionnement éthique :

1. Un gouvernement doit-il avoir des raisons de paniquer devant un problème de santé publique ?

2. Quelles sont les raisons qui ont poussé les autorités à passer autant de commandes aux laboratoires fabriquant les vaccins anti grippe ?

3. Peut-on affirmer que toutes les mesures ont été prises en temps voulu et dans les proportions appropriées pour assurer la vaccination des patients prioritaires ?

4. Peut-on mettre en cause des responsabilités particulières dans la séquence des évènements et des réactions déclenchées par la mini épidémie ?