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Pollution, environnement interne et principe de précaution

Comment faire ?

vendredi 1er février 2008, par Picospin

Cette sensation ne semble procéder ni d’une illusion ni encore moins d’un leurre. Confirmation vient de nous en être donnée par une parlementaire, sénatrice verte du Nord Pas de Calais. Cette dame, sans doute fort respectable mais dont on voudrait en savoir davantage sur le parcours politique et surtout scientifique rapporte la situation catastrophique de ce qu’elle appelle l’air intérieur.

L’air intérieur pollué ?

Il s’agit naturellement de celui que nous respirons à l’intérieur de nos maisons et qui est, d’après « l’office parlementaire des choix scientifiques et technologiques » un cocktail à risques constitué d’un air intérieur plus pollué que celui de l’extérieur puisqu’il est plus dense. La situation est d’autant plus grave que nous passons beaucoup plus de notre temps à respirer celui du premier que celui du second. Dans ce dernier, la circulation des molécules chimiques serait considérable depuis les particules dangereuses, mutagènes, cancérigènes et toxiques jusqu’à celles qui sont encore mal identifiées ou insuffisamment identifiées. Déterminer leur dangerosité est difficile car ce facteur dépend aussi de l’inné, des sensibilités, des constantes physiologiques comme la poids et la taille, du moment de l’exposition aux substances toxiques et du mode de vie adopté par chaque individu. L’impression pessimiste issue de ces constatations devrait conduire à adopter ou renforcer les applications du principe de précaution. Ce rapport ne précise pas si, dans le cadre des réformes si chères au gouvernement en place, il est nécessaire ou vital de promulguer des critères guides de l’air intérieur dans les établissements accueillant le public ou de réformer le dispositif de veille sanitaire et les mesures individuelles à prendre pour éviter le contact avec certains produits chimiques. A cette étape, le lecteur de l’article fait connaissance avec un autre organisme appelé « Observatoire de la qualité de l’air intérieur » qui, du haut de son appellation ronflante, dispense des conseils pour limiter la pollution chez soi.

Quels sont ces organismes sortis de nulle part ?

On ne sait si cet office s’occupe aussi de la limitation des risques dans les bâtiments accueillant des enfants. Si ce rapport précise que le foetus serait particulièrement exposé aux perturbations hormonales de sa mère, il ne dit rien au sujet des produits qui seraient considérés comme les plus hostiles au développement normal de l’être humain. On ne sait pas non plus si dans ce catalogue du péril, se classent des substances anciennes ou des composés fraîchement sortis de l’imagination des fabricants de la nouvelle chimie. Raison de plus pour profiter de l’occasion offerte par cette publication pour analyser de plus près le fameux principe dont tout le monde parle mais que peu connaissent. La loi française de 1995 stipule que l’absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l’adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles […] à un coût économiquement acceptable. Le texte de cette loi concernant la prévention vise les risques avérés, ceux dont l’existence est démontrée ou connue empiriquement, parfois même assez connue pour qu’on puisse en estimer la fréquence d’occurrence comme le risque nucléaire, l’utilisation de l’amiante par exemple où l’incertitude ne porte pas sur le risque, mais sur sa réalisation.

La précaution et ses principes

La précaution vise les risques hypothétiques, non encore confirmés scientifiquement, mais dont la possibilité peut être identifiée à partir de connaissances empiriques et scientifiques comme le développement des organismes génétiquement modifiés ou les émissions des téléphones portables. En France, la loi affirme que « la protection des espaces naturels et des paysages, la préservation des espèces animales et végétales, le maintien des équilibres biologiques auxquels ils participent et la protection des ressources naturelles contre toutes les causes de dégradation qui les menacent sont d’intérêt général. La conclusion s’impose aux détracteurs du principe de précaution : il n’est pas plus raisonnable d’exiger des certitudes sur l’absence d’un dommage avant d’autoriser une activité ou une technique qu’il ne le serait d’exiger des certitudes sur l’existence d’un dommage pour commencer à prendre des mesures de prévention. La précaution doit s’inventer dans l’entre deux borné par ces deux extrêmes. La quarantaine qui a été le premier moyen efficace de bloquer les épidémies a précédé la compréhension de la nature du phénomène de contagion.

D’Aristote à Hans Jonas et au législateur

Le principe de précaution pourrait être une sorte de quarantaine à certaines innovations ou à certaines activités, en prenant en compte l’irréversibilité de leurs effets non prévisibles, ce qui signifie renouer avec la prudence antique, dont Aristote disait qu’elle fait de celui qui la pratique non pas un peureux, mais au contraire un « valeureux ». Le principe de précaution qui correspond à des évènements dont on ne peut ni prévoir l’issue ni évaluer le risque est susceptible de d’engendrer des faits potentiellement dangereux pour la santé ou l’environnement et dont les conséquences sont plus graves pour la vie humaine que pour l’économie.

Questionnement éthique

1. Est-il raisonnable et souhaitable d’exiger que les auteurs, les rédacteurs, les membres d’une commission ou d’un comité se présentent à leurs lecteurs pour leur préciser les détails de leur curriculum, leurs fonctions passées et actuelles de façon à ce que leur « traçabilité » soit au moins équivalente à ceux des animaux d’abattage et que l’on connaisse leur niveau de formation et de culture ?

2. De même, est-il nécessaire que les missions de ces organismes soient clairement précisées pour informer les personnes intéressées par leurs travaux des objectifs poursuivis et de leur positionnement dans les organigrammes des structures de l’état ?

3. Comment louvoyer entre les contradictions du principe de précaution lorsqu’on est confronté aux difficultés inhérentes à avancer dans les recherches et à freiner devant les risques ?

4. Comme le texte présenté ici ne mentionne pas les détails de mesures à prendre pour lutter contre la « pollution interne », que faut-il faire et à quel prix pour concrétiser les applications des précautions nécessaires pour permettre à la population la plus fragile de vivre et de s’épanouir dans un milieu sain ?


Sources :
Dupont G. La pollution de l’air intérieur, enjeu sanitaire majeur et négligé. Environnement et sciences. Le Monde, 01.02.08

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