Un autre regard sur les questions éthiques
 


Les 5 derniers articles de cette rubrique :
- Travailler plus pour gagner plus ? Comment faire ?
- La stèle d’Hammourabi : quelle justice avant celle de Rawls ?
- De l’ascension de la Vierge vers l’Azur aux effets délétères des bureaux obscurs
- Une éducation mal à l’aise
- Mère Teresa et sa foi

Sur le même sujet : politique
- Identité, diversité, Europe
- Que se passe-t-il réellement en Europe à la veille d’élections ?
- Changer le modèle économique ?
- La nouvelle peinture de l’Oncle Sam
- Une fête, un renouveau, une rédemption ?

Sur le même sujet : histoire
- Enchanter le monde ?
- Coût d’une démocratie
- En Afghanistan, on marche en avant ou en arrière ?
- Démocratie ou "Contre-démocratie" quel avenir ?
- Le Pape et la Science

Sur le même sujet : éducation
- Les démangeaisons d’Allègre
- La nullité ouvre-t-elle à l’espérance ?
- L’efficacité du préservatif
- Jeux de mains, jeux de vilains ?
- Interdiction du vin en France... ?!!!

Sur le même sujet : Etats Unis
- Vingt hommes dans un bateau
- Un prodige sur les bords du Rhin
- Economies (de bouts de chandelles) ?
- La sagesse des banquiers
- Revisiter les écoles de commerce

Sur le même sujet : Bush
- Les réformes d’Obama sous les auspices d’Orwell ?
- Réforme de l’enseignement aux Etats-Unis
- Vers une nouvelle Ethique du Marché des changes et des opérations de Bourse ?
- Premiers déboires pour Obama ?
- Changement climatique

Sur le même sujet : Justice
- Y a-t-il une éthique pour la justification de l’opinion publique ?
- Le chemin des détectives à leur site
- Une république libre et indivisible
- Premiers déboires pour Obama ?
- La nouvelle peinture de l’Oncle Sam

Sur le même sujet : violence
- Les architectes d’Auschwitz
- Alcoolisme sans alcool pour les jeunes ?
- Retour sur une escalade d’exception.
- Des taureaux et des engins volants
- Réhabilitation des soldats qui se sont mutinés durant la première guerre mondiale ?


Société

Au sujet d’une réputation justifiée ou non
Port d’armes aux Etats-Unis
Quel est le rôle exact joué par les armes à feu dans les suicides et les meurtres aux Etats-Unis ?

Article rédigé par Picospin le vendredi 21 mars 2008

Plusieurs états imposant peu de contrôles connaissent des taux d’homicide se comparant favorablement à ceux du Canada et de la France. C’est le cas du Dakota du Nord ou du New Hampshire, entre autres. Parallèlement, à un niveau local, les grandes agglomérations urbaines se tiennent en tête de peloton pour les meurtres. Dans des villes comme Washington ou Los Angeles, on applique pourtant les lois sur les armes les plus strictes, et parfois les plus anciennes, du pays.



Un déclin des agressions ?

Pendant qu’on discute en France sur le thème sérieux et fondamental du droit ou non de choisir sa mort, on continue aux Etats-Unis à s’interroger sur les motifs des assassinats en série exécutés par des collégiens sur la personne de leurs camarades d’école. Est-ce que ces deux sujets sont liés ? Il est temps de réfléchir sur cette probématique en laissant passer un peu de temps, celui d’examiner l’efficacité des lois, des confontations d’idées ou de l’impact des débats sur la question existentielle du droit à sa propre mort et de la responsabilité envers les survivants et les descendants. Le déclin spectaculaire des agressions aux États-Unis contredit lui aussi les partisans de l’accroissement des contrôles. Le taux national d’homicide a diminué de 39,4 % entre 1990 et 1999 pour atteindre son niveau le plus bas depuis 1966. Le taux de criminalité violente a pour sa part reculé de 28,3 % durant cette période, tandis que le nombre d’armes détenues par la population continuait à augmenter. Le BATF (Bureau of Alcohol, Tobacco and Firearms) estime que ce nombre a crû de 10 % entre 1993 et 1997. Il se situerait aujourd’hui à 250 millions. En même temps, une vingtaine d’états libéralisaient le port d’arme dissimulée, l’obtention d’un permis étant dorénavant soumis à une autorisation administrative non discrétionnaire. La multiplication des affrontements sanglants, prédite par les partisans des contrôles, ne s’est pas concrétisée. Que la disponibilité des armes n’explique pas des taux élevés d’homicide et de crime violent n’étonne pas la majorité des criminologues et sociologues. Plusieurs études de grande envergure montrent que les mesures de contrôle sont inefficaces en matière de prévention. Gary Kleck, criminologue enseignant à l’Université Florida State, a déterminé que les armes à feu sont utilisées à titre défensif dans plus de 2 millions de cas par an aux États-Unis. Les statistiques officielles portent à croire qu’elles serviraient en revanche à perpétrer près d’un million de crimes.

De sérieuses études

Les études sur la relation entre armes et morts violentes sert aujourd’hui de référence dans les milieux universitaires. Les travaux de John Lott, économiste et senior research scholar à la Yale Law School, l’on conduit à une conclusion encore plus surprenante. On avait observé dans les états sans réglementation discrétionnaire que seulement 2 % à 5 % des citoyens demandaient un permis de port d’arme dissimulé. Or, Lott montre que ce petit nombre de citoyens armés suffit à exercer une dissuasion importante sur les criminels violents. Il a calculé que la libéralisation du port d’arme avait réduit les meurtres de près de 8 %, les viols de 5 % et les agressions violentes de 7 %. Si tous les états américains avaient adopté une telle politique en 1992, pas moins de 1 500 meurtres et 4 000 viols auraient pu être évités.Cette recherche de grande envergure, utilisant les statistiques de tous les counties (communes) américaines pour la période de 1977 à 1992, confirme ce que l’intuition suggérait déjà. Les lois découragent davantage la possession d’arme par les honnêtes citoyens que leur utilisation par les criminels. En pratique, les mesures de contrôle desservent les citoyens les plus susceptibles d’être victimes d’actes criminels violents en les laissant encore plus démunis face à leurs agresseurs. Ce sont notamment les femmes et les personnes âgées, moins en mesure de sortir vainqueur d’un corps à corps.

Fragilité

Le 16 février 2000, une femme téléphonait cinq fois au service d’urgence de la police durant la même nuit. Elle et sa soeur étaient inquiètes. L’ancien petit ami de l’une d’elle rodait autour de la maison, malgré une ordonnance de la cour le lui interdisant. Peu avant l’aube, la police retrouvait les corps poignardés des deux femmes. Ce drame s’est produit dans la capitale de la province du Manitoba, au Canada. Malheureusement, de pareilles tragédies se déroulent dans toutes nos sociétés. Il est douteux que la réglementation sur les armes à feu soit capable de désarmer les vrais criminels, empêchent des tueries, des viols ou des meurtres à l’arme blanche. Les meurtriers et les violeurs, par définition, se moquent des lois. Mais il est certain que les victimes arriveront encore moins à échapper à leurs agresseurs.

Suicides et homicides

Les armes à feu ont été utilisées avec une grande fréquence ces derniers temps aux Etats-Unis puisque en 2005 ce chiffre s’est élevé à 17.000 suicides, 12.000 homicides et près de 800 accidents dus à ces instruments. Au moins la moitié de ces morts sont survenues sur une population composée essentiellement de jeunes gens au-dessous de 35 ans. Si l’on tient compte des blessures sans décès on arrive à un total de 70.000 dommages non mortels dus à des armes à feu parmi des femmes, des enfants tués ou seulement blessés en l’espace d’un an. Cette somme se traduit en une mort toutes les 17 minutes et un décès ou un accident non mortel toutes les 5 minutes. Ce résultat constitue un véritable problème de santé publique qui exige une réaction de la part des pouvoirs publics. La Cour Suprême s’est emparée de cette question en évoquant et étudiant le problème posé par le caractère constitutionnel de la réglementation qui oblige à bannir ou exercer un contrôle strict sur les armes. Ce qui n’a pas empêché une autre Cour à un niveau moins élevé que la première de statuer sur le fait que le second amendement protège les citoyens par le droit de garder et de porter sur soi des armes à feu. Les commentaires qui ont été faits sur cette décision stipulent que toute loi qui élargit les droits concernant les armes à feu est susceptible d’affaiblir le cadre de la liberté. Le Second Amendement établit que, comme une milice est nécessaire pour assurer la sécurité d’un Etat libre, le droit pour les citoyens de porter une arme ne saurait être restreint.

Quelle autorisation ?

Cette phrase a été l’objet de multiples commentaires pour déterminer s’ils sont destinés à protéger le droit de porter une arme ou s’il s’agit bien d’une autorisation collective accordée à la milice ? Les opinions penchent des deux côtés selon l’orientation politique des uns et des autres. De même que le droit de parler librement de façon illimitée a été soumis à une réglementation rigoureuse dans l’histoire de notre nation, de même en a-t-il été avec le droit de porter des armes. C’est ce qu’a écrit Blackstone dans ses « Commentaires sur les Lois anglaises » 1765-1769 qui ajoute que cette autorisation ne saurait être donnée qu’en vertu d’une stricte application de la loi. Le fait de revenir sur cette loi, ses applications et ses conséquences sur la santé publique, diffusées dans un texte plein d’ambiguités, montre le désir des autorités de confirmer le bien fondé de ces mesures. Les sondages continuent de montrer qu’une majorité de la population est en faveur d’une réglementation susceptible de prévenir les blessures et la mort éventuellement consécutifs à l’usage des armes à feu. Que pourraient être les conséquences pour le bien de la population si on autorisait à nouveau l’usage des armes à feu dans le district de Columbia où est situé Washington. Même si noue limitons l’opinion à une pure spéculation sur cette prévision, il faut prendre en considération le coût économique et humain de cette utilisation. Les professionnels de la santé qui sont responsables du traitement des blessé et des morts ont les plus grandes raisons de se faire du souci.




19 Messages