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Mimétisme, transfiguration et transgression

Pourquoi Michael Jackson voulait-il devenir blanc ?

Passage de "ligne"

vendredi 10 juillet 2009, par Picospin

C’est à cause de ces spectateurs imperturbablement présents, à l’affut du changement que les agents des spectacles, de la politique et de toute tension engendrée par l’action sont les plus enclins et en même temps les plus aptes à faire leur autopromotion.

La condition humaine

Comme l’homme n’est jamais satisfait de sa condition et qu’il cherche en permanence à la modifier ou à en renverser les valeurs, on assiste à des bouleversements dans les conduites, les comportements moraux ou éthiques et la présentation esthétique. On voit actuellement une débauche de dispositifs, maquillages, artifices de toutes techniques capables de modifier le regard porté sur l’individu par les autres, tant devient insupportable sinon insoutenable le jugement proféré ou porté, la comparaison meurtrière, l’analyse qui dissèque ou déchire, le discernement, l’acuité, la perspicacité qui créent angoisse, panique, effroi chez celui ou celle qui en est l’objet. C’est pour toutes ces raisons, ces réflexes primitifs conduisant immanquablement à la ressemblance, à l’intégration, que de plus en plus nombreux sont les individus et collectivités qui se veulent semblables sinon identiques aux autres, à cette majorité, silencieuse ou bruyante jusqu’à l’exhibitionnisme qui déambule avec vous sur les grands boulevards, s’assoit à vos côtés dans les cinémas, les théâtres et cafés dans le secret espoir que vous les regarderez avec admiration sinon dévotion, avec amour ou envie mais surement pas avec haine et antipathie. « A Rome fais comme les Romains » est-il dit dans le but de conseiller aux humbles, aux discrets, aux pauvres de ressembler trait pour trait à vos voisins et ne pas dépareiller les caractéristiques générales de la multitude.

Franchir la ligne

C’est pour toutes ces raisons que les Noirs cherchent à devenir blancs pour se fondre dans la classe de l’establishment mais que les blancs poussent la coquetterie jusqu’à se laisser caresser par le soleil pour sortir légèrement tannés de ce bain de lumière ultraviolette imposé par les plages, les instituts de bronzage et la culture. Sous un titre apparemment banal, une thèse audacieuse a été développée. Elle repose sur l’opposition entre le mimétisme comportemental, présent chez les animaux et l’humain, et l’imitation, caractéristique de l’être humain. Cette dernière « est à la base du processus d’humanisation et de l’avènement de la culture ». C’est elle qui serait véritablement le propre de l’homme. C’est par mimétisme que le jeune pinson acquiert le chant des adultes de son espèce. L’être humain fait preuve aussi de comportements mimétiques ne serait-ce que dans les stades, les salles de spectacles, ou lors d’une panique collective ou hystérique. La distinction entre mimétisme et imitation serait liée à trois caractéristiques humaines : la sélectivité, la conscience de soi et la conscience d’autrui. A cause de la sélectivité, le mimétisme est instinctif tandis que l’imitation suppose une intentionnalité, éventuellement non consciente. Par voie de conséquence, l’imitation est sélective : « on n’imite pas n’importe qui, n’importe quoi, n’importe quand, ni n’importe où ». De plus, l’imitation exprime la conscience de soi et d’autrui. Ainsi, à partir de 18 mois, apparaît chez l’humain l’« imitation immédiate qui consiste à faire la même chose qu’un pair et en même temps que lui.

Imiter ?

Dans l’imitation simultanée, le « modèle » est très vigilant sur le fait d’être imité et l’imitateur fait très attention au fait d’être vu. Cette forme de communication qui est inexistante chez les autres primates, nécessite en effet « une forme de représentation de l’autre qui ne leur est pas accessible. » Plus tard, l’enfant jouera à « faire semblant ». Or, écrit l’auteur, « c’est parce que nous sommes capables de faire semblant, d’évoquer des objets, des situations ou des personnages absents que nous sommes capables de culture. » Le mimétisme est un mécanisme fondamental de l’apprentissage. Sur le plan psychologique, c’est selon René Girard le mécanisme fondamental du comportement humain, dont dérive la totalité des éléments de culture, selon une logique implacable à plusieurs degrés. La reproduction d’un geste est à la base de la mémorisation d’une technique. C’est en voyant l’autre faire que l’on se représente l’utilité ou l’intérêt de la chose faite, en même temps que l’on découvre l’apparence que prend ce geste et c’est en reproduisant le geste que l’on découvre sa difficulté, et que l’on se forge un souvenir de l’enchaînement d’actions élémentaires (au niveau musculaire et conscient) nécessaire à son accomplissement. Le mimétisme intervient pour toutes sortes d’apprentissages telles que l’utilisation de son corps dans l’espace, des outils, de l’acquisition de techniques, du langage, de mécanismes mentaux (déduction, résolution de problèmes).

Apprentissages

Le mimétisme comportemental peut aussi être examiné au niveau de ses conséquences s ur la société, par le biais de la psychologie sociale. Il est en effet à la source de phénomènes de groupe ou de foule pouvant conduire à des travers comportementaux excessifs, voire des aveuglements dangereux allant du simple conformisme jusqu’à l’hystérie collective. Par ailleurs le mimétisme peut résulter de manipulations mentales comme la propagande ou le gouroutisme). « Vous êtes influençable », « vous êtes conformiste » : ce ne sont guère des compliments de nos jours. « Être influencé » connote l’envahissement par autrui, l’entrave à l’exercice de notre liberté individuelle. L’influence est souvent considérée comme une puissance maléfique qui menace de nous aliéner. Pourtant, le conformisme a des fonctions primordiales dans la vie humaine et sociale.

Conformisme

C’est par l’intériorisation des normes, donc grâce au conformisme aux valeurs dominantes, que l’ordre social est assuré sans trop de conflits entre les acteurs sociaux. Si les enfants ne se conformaient jamais aux règles établies, la structuration et le fonctionnement de la société auraient été et seraient tout simplement impossibles. Le conformisme permet d’éviter le conflit (entre deux opinions différentes : l’une exprimée par la majorité, l’autre exprimée ou représentée mentalement par le sujet en minorité) et d’être rejeté par la majorité. Il correspond à un « suivisme », dans lequel le sujet qui se conforme n’adhère pas aux opinions de la majorité, mais agit par complaisance dans la mesure où bien qu’il sache que son opinion est la bonne, il suit verbalement la majorité. Le conformisme est aussi engendré par une carence informationnelle, une pression normative, et par l’attractivité du groupe majoritaire.

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