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Prématurément

mardi 22 mai 2012, par Picospin

Cette fois c’est un accident vasculaire cérébral qui met fin à la joie de vivre de deux personnes ivres d’amour, sereines dans leur confiance en l’existence bien avant l’échéance attendue de la finitude, celle que tout homme et toute femme attend avant l’échéance crainte, attendue et toujours repoussée pour rester un instant de plus dans son environnement confortable, rêvé comme immuable.

Fonctionnement

Mais si le fonctionnement des êtres humains comme celui des mammifères supérieurs obéit à une remarquable performance de tous les instants, des pannes peuvent survenir qui brisent en un seul instant la continuité du vivant pour faire place à ce que Heidegger appelle l’homme être pour la mort. Vient le moment de la séparation envisagée mais toujours repoussée dans l’imaginaire puis répondant à une vérité toujours aussi indéfinissable, à force de représentations inadéquates, de langage inapproprié et de rêves tournés en cauchemars. C’est le terme de désarroi qui sied le plus et le mieux à ce scénario auquel je dois me fier plus qu’à l’image que je n’ai pas encore eu le privilège ni la chance de voir en ce printemps curieux qui n’ose affirmer son nom sous une météo stabilisée dans les basses températures et les effluves itératives provenant d’un ciel peu clément comme effarouché par les évènements qui se déroulent sous sa protection ou son hostilité. Pendant ce temps, la malade dont l’état se dégrade se trouve à la porte des soins palliatifs, cette nouvelle forme de médecine qui préfère le discours aux pilules. Il n’est pas facile de décrire ce que l’on n’a pas eu la faveur de connaître par le regard, l’émotion, le souvenir ou mieux la mémoire.

Cannes

Je ne puis m’empêcher cependant de raconter en le commentant ce film qui vient d’être projeté à Cannes, ce haut-lieu du cinéma où les gens passent leur temps à s’exhiber sur les hauteurs, quel que soit leur statut, à monter et descendre des escaliers rougis par des tapis de parade, à saluer d’un mouvement de tête à peine esquissé les admirateurs proches de l’hystérie qui auraient mérité les soins appropriés d’un Dr Freud venu de Vienne, dans la valise de M. Haneke, le réalisateur autrichien du film concerné par ce récit plus que par la critique ou la « review » terme anglais que je préfère pour sa modestie, sa modération et son contenu moins ambitieux que le terme français. Les petits évènements de la vie et de la mort, font les grands récits même si ces derniers doivent avoir une traduction cinématographique moins habituelle que celle de la littérature. Qui sait si en ce cas, l’image donne une approche plus distancée, plus intime en même temps, en meilleure prise sur l’événement ?

Cinéma ou littérature

Souvent les adaptations cinématographiques à partir de romans à succès palissent de la comparaison. Est-ce à cause du caractère figé de l’image même si des artistes de renom, par ailleurs des plus doués prêtent leur invention à la traduction des choses par l’image au lieu de recourir à celle plus diversifiée, plus subtile et nuancée que celle des mots ? Eux laissent le lecteur lire de creuser dans son imaginaire, ses rêves ou ses cauchemars à partir de représentations simples, enrichies à volonté par les connexions cérébrales qui leur apportent leur complément, leurs références lointaines ou rapprochées. Il faut laisser à l’image une grande liberté pour lui permettre d’évoquer, de reconstruire et de prendre la place des scènes et personnages qui s’agitent ou s’ébrouent devant vous sur un écran qui renvoie plus qu’il ne construit. Le cinéma est souvent l’incarnation d’un miracle au long cours. Face à cette imagerie faite du défilement de figures animées par leur rapide succession, que reste-t-il aux mots ? Demandez à Michel Foucault, lui aussi prématurément disparu, ce qu’il en pense ?