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Que faire ?

Prévoir sa propre mort

Comment s’y préparer ?

jeudi 28 mars 2013, par Picospin

Pour répondre à cette question, il faut savoir ce qui nous importe, quels sont nos intérêts dans une situation donnée. Quels sont les arguments pour et contre la thèse qui consiste à supposer, à croire, à penser que la mort est susceptible de faire du mal à l’individu qui meurt en y incluant tous les évènements qui surviennent après sa mort et continuent de lui faire du mal ? Comment définir, situer le temps pendant lequel nous subissons le mal dont seraient responsables la mort et les évènements posthumes ?

Processus de la mort

La mort constitue la fin de vie, la fin des processus – chimiques, respiratoires, homéostatiques, cellulaires par lesquels les organismes vivants se maintiennent et se développent. Cette séquence se déroule de manière progressive jusqu’à l’extinction définitive de la vie ou momentanée avec la terminaison du processus vital puis de celui de la mort, la perte de la dernière trace de vie, lorsque les fonctions physiologiques du corps cessent leur activité de façon irréversible, pour devenir un état permanent, plutôt que momentané. Cette mort est comprise selon la forme dominante qu’elle prend chez l’homme à partir de la destruction du cerveau laissant un individu dans un état végétatif permanent, ou l’inverse si c’est l’esprit qui est conservé plutôt que le corps maintenu artificiellement. On peut aussi bien parler d’un animal mort ou même de personnages morts ayant laissé des restes comme pourrait l’être Socrate qui est maintenant un individu dont il ne reste que le cadavre détérioré qui a cessé d’exister moins que son souvenir, les œuvres laissées au monde. Cette éventualité n’est assurément pas celle de l’amibe qui se divise en deux ce qui lui évite une mort certaine puisqu’elle est remplacée par deux amibes. C’est pour éviter ces confusions que chaque pays propose ses propres définitions de la mort depuis l’arrêt des fonctions respiratoires et circulatoires jusqu’à celles du cerveau qui n’est pas un critère de mort accepté par tous puisque cet organe peut continuer à fonctionner sous assistance cardio-circulatoire sans pour autant avoir conservé ses caractéristiques d’esprit et de conscience de soi. On pourrait s’interroger sur l’intérêt qu’il y a à mourir.

Suicide

C’est le cas des candidats au suicide qui peuvent être amenés à se demander si la vie misérable et douloureuse qu’ils mènent au cours de sa dernière étape vaut ou non la peine d’être vécue. Ils se livrent à un bilan des avantages et inconvénients de cette situation qu’ils peuvent vivre jusqu’à leur terme ou décider de l’écourter pour éviter les inconvénients, l’inconfort des derniers instants. Dans quelle mesure est-il justifié d’examiner puis de se fier à un bilan entre accomplissement de ses propres désirs et frustrations des autres ? Parmi les premiers, il faut citer en priorité celui de vivre plus longtemps dans le futur que dans le passé même si ce retour à un état hypothétique de « vie » avant la naissance est irrationnel et moins porteur d’espoir que celui de retourner à l’état inconscient d’où nous sommes supposés de provenir. Pourrait-on se raccrocher à la thèse d’Epicure plus qu’à celle de Lucrèce lorsque le premier affirme que la mort, le plus terrible des maux n’est rien pour nous, en considération du fait que quand nous sommes, la mort n’est pas encore là et que quand celle-ci survient, nous ne sommes plus. Ce qui voudrait dire que ni la mort ni les évènements se déroulant à titre posthume ne sauraient nous affecter, sont anodins en conséquence de quoi un événement fait du mal à condition d’agir à un moment donné. Or la mort ne saurait nous toucher, se répercuter sur nous ni avant ni après sa survenue mais seulement au moment où elle se produit.

Attente de la mort

La principale restriction à une thèse aussi optimiste consiste à penser que la mort est douloureuse non dans le présent mais dans son anticipation, son attente. Elle l’est davantage si l’on songe à la peine faite aux autres alors que pour nous, morts, nous ne risquons guère d’en être affectés. Est-il possible de réduire l’importance du mal qui est accompli par l’arrivée de la mort ? Même si la mort est généralement mauvaise pour ceux qui meurent, il est encore possible de penser que la mort n’est nécessairement mauvaise pour nous à condition de nous y préparer sérieusement. Cette possibilité existe à condition de reconnaître pour vraie un traitement de faveur et par la modification de nos désirs d’arrêter de s’intéresser à des désirs que la mort serait susceptible de perturber. Sous cette réserve, nous pourrions être capables de tuer nos désirs dans le sens où il faudrait abandonner tous les désirs que la mort pourrait contrecarrer. Parmi ces derniers se trouvent tous le désirs qui ne sauraient être satisfaits que par une survie de quelques jours, mais aussi ceux qu’on ne peut satisfaire dans le laps de temps d’une vie normale même si son extension atteint l’immortalité. L’euthanasie nous isolerait du mal provenant de la mort en nous laissant vidés de tout intérêt avec lequel le mourir interfère. Malheureusement, nos désirs pourraient être dépourvus de la malléabilité suffisante pour les détruire complètement.

Une hypothèse

Même si cette hypothèse se réalise, elle nous laisserait une conception appauvrie de nos intérêts. Ne pourrait-on se contenter d’une version sous condition de ce désir, comme celle de se demander si en continuant de vivre mon épouse s’épanouit et mon projet se réalise. Si je l’aime, je ne saurais rester indifférent à tout événement qui pourra l’affecter tant que je ne l’aurai vécu avec elle. Les désirs sous condition peuvent motiver notre désir de vie moins intensément que ne le font les désirs inconditionnels. Eviter tout désir augmenterait notre vulnérabilité à la mort, cas auquel nous devrions abandonner la vision d’une vie qui vaille la peine d’être vécue et les projets et préoccupations constituant les bases de l’idée que la vie est bonne. Toute raison de vouloir vivre est une excellente raison de ne pas vouloir mourir. N’est-il pas prudent d’éviter de s’emparer de buts que l’on ne peut atteindre, par conséquent d’éviter les projets qui ne peuvent décemment être atteints dans le cours d’une vie normale ?

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