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Problèmes à l’école ou de l’école ?

vendredi 15 juin 2012, par Picospin

C’est non seulement son droit mais aussi son devoir. On modifie les calendriers, rétablit l’étude de matières essentielles et délaissées par la précédente législature, cherche à donner un nouvel essor à l’apprentissage de l’essentiel au détriment du furtif.

Tricher

Dans cette dernière catégorie, le point a été souligné de veiller à ce qu’aucune tricherie ne puisse se produire lors du passage des épreuves du bac comme si cette condition devait être placée en priorité sur toutes les autres pour assurer un contrôle parfait des connaissances des candidats à l’examen de fin d’études du secondaire. Rappelons que ce dernier est moins un concours qu’un examen ouvrant la voie au passage à l’âge adulte, à l’autonomie et à la maturité. Faut-il investir autant d’efforts pour assurer le fonctionnement de la justice à un moment où le bac représente moins une ouverture à la poursuite des études supérieures en vue d’une fonction classante qu’un certificat de fin d’études attestant de la connaissance d’un contenu minimum de connaissances pour être en mesure d’aborder la vie d’un être humain destiné à franchir impunément les arcanes dressées devant les projets et plans de vie de la société dite développée et techniquement prête à affronter ses difficultés et les souricières tendues.

Stockages

Stocker dans des caves incertaines des tonnes de dossiers pour rendre la justice est sans doute moins important et relève moins d’une vocation à la justice, même celle promue par John Rawls, que de garantir une syntaxe juste, une orthographe moins phonétiquement distribuée par SMS et l’exactitude de calculs de base qui évitent de recourir à la calculette. C’est pour toutes ces raisons que des enseignants de Genève, ville de Rousseau et de Voltaire, se sont jeté dans une grève de l’évaluation. Les enseignants du primaire du canton de Genève refusent en effet de remplir un nouveau bulletin scolaire qui les oblige à évaluer la progression des élèves de première et seconde années dans certaines disciplines, comme les maths ou le français. Ce bulletin remplace une évaluation qui était formulée jusqu’alors sous forme d’appréciation générale. Il faut savoir que ce boycott se présente sur une toile de fond politique sensible : récemment, par référendum, la droite genevoise a réussi à imposer le retour du redoublement puis des notes à partir de 8 ans à l’école primaire. Ces enseignants se battent donc non pas contre l’évaluation mais contre une évaluation formalisée qu’ils jugent trop précoce et qui, selon eux, risquerait de “cristalliser l’échec scolaire”.

Refus d’évaluer

Des enseignants qui refusent d’évaluer leurs élèves de façon formalisée en toutes premières années du primaire, voilà qui peut paraître étonnant en France. Quand, dans les années 70-80, de nombreux pays européens ont pris la décision de juxtaposer une évaluation qualitative dans les premières années de l’école et une notation dans les années plus avancées, la France est passée à côté de ce débat car ces pratiques n’ont pas été encadrées par la loi. Le sujet est politiquement sensible du fait que enseignants et parents sont attachés au repère lisible de la note scolaire. Cela ne signifie pas qu’il n’y ait pas des interrogations qui vont devenir centrales en France dans les mois à venir. Nous aurons à réfléchir sur l’évaluation du socle commun qui ne donne pas satisfaction, sur les évaluations nationales. Ne faudra-t-il pas développer de nouveaux outils qui permettent de juger les acquis des élèves et d’autres instruments qui aident l’enseignant à diagnostiquer les difficultés scolaires ? L’évaluation des acquisitions des élèves a plusieurs facettes dont une pédagogique car c’est un outil au service des apprentissages, qui permet d’évaluer les progrès scolaires. L’évaluation comporte une dimension psychologique, sensible, comme l’ont montré les recherches en psychologie sociale grâce à l’image que l’élève construit de lui-même, de sa réussite ou de son échec scolaire et ainsi de son sentiment d’inclusion ou d’exclusion de l’école à partir du jugement évaluatif porté par l’adulte. Il faut une évaluation pour guider les acquisitions scolaires afin de servir de repères aux parents, permettre une pertinence des politiques éducatives engagées, sans que cette démarche risque d’être psychologiquement destructrice.

Quels buts ?

L’évaluation sert beaucoup de buts à la fois dans un assemblage complexe qui rend le débat public à son sujet politiquement sensible. Ce préambule conduit à analyser les données disponibles sur les conditions permettant de contribuer au relèvement de la France, thème d’actualité depuis la présidence de François Hollande à la tête de l’état, l’abrogation, par le Conseil d’État, de la masterisation, la crise morale que subit l’école et la refondation de l’école inscrite à l’horizon proche du nouveau ministre. Autrefois, l’inspecteur du primaire René Ozouf, cherche à dégager les moyens dont dispose l’école pour faire face au relèvement de la France qu’il appelle “nouvelle” à partir desquels, en 1944, on définit trois axes de l’action éducative, centrés autour des programmes, des méthodes et de l’esprit de l’enseignement. On isole un fonds commun immuable pour ne pas compromettre l’unité de l’école et celle de la « patrie”. Des allégements sont possibles dans certaines parties de nos programmes primaires, déjà trop lourds du côté scientifique notamment sans coupes sombres. Verrait-on par exemple qu’on réduise à l’excès, comme on l’a demandé de certains côtés, en raison de ses difficultés, certes incontestables, un enseignement historique plus que jamais indispensable pour exalter « l’amour de la patrie », leur montrer les erreurs à ne plus commettre, les raisons que nous avons d’espérer, leur donner en exemple les créateurs d’empire, les grands hommes et les héros.”

Exaltation des valeurs traditionnelles

Discours rapidement qualifié de « habité historiquement selon les traditions de la 3è République ». Cette attitude est devenue obsolète sinon caduque à l’heure post-coloniale et à celle de la critique virulent des effets de la colonisation. Dans ce texte, des inflexions perceptibles apparaissent avec la IIIe République, en particulier celui de la prise en compte d’autres modèles éducatifs, celui des alliés - USA, Angleterre, mais aussi l’Union soviétique qui a su développer la valorisation du travail manuel, autre élément de la culture générale et l’arrivée d’un monde nouveau dans lequel l’après-guerre s’annonce : “Peut-on admettre de voir restreindre encore la petite place faite à l’enseignement géographique, alors que, en raison du progrès croissant des moyens de transport, le globe devient de plus en plus petit, alors que l’interdépendance des nations s’accroît ?” Est-ce qu’il reste des raisons d’espérer qui seraient bienvenues. Dans l’école française d’aujourd’hui, quel horizon d’attente proposons-nous aux élèves, nous, adultes, éducateurs ? L’empire ? La patrie ? On l’aura compris, c’est derrière nous, même si certains peuvent le regretter.

Europe en question

L’Europe ? Aura-t-elle la même force d’adhésion qu’a pu représenter la patrie sous la IIIe République ? L’intérêt de cette conférence pédagogique de 1944 est de promouvoir une “morale sans haine” c’est-à-dire une morale qui sait la grandeur du “soi”, ses erreurs aussi, un “soi” tout ouvert sur le monde et l’amour de l’autre avec les principes de l’amour de l’humanité, du sens de la liberté et du développement de la culture populaire, autre manière de dire la culture pour tous, quelles que soient l’origine et le statut social de l’élève.