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Après les violents incidents en Mayenne et dans la Manche

Profs débutants, mission impossible ?

Que faire avec les élèves "difficiles"

mardi 16 novembre 2010, par Picospin

C’est en tout cas le sentiment des professeurs débutants de collèges et lycées, qui ont entamé leur carrière en septembre sans avoir été formés avant. Déplorant un programme contenant trop d’heures de cours et de grosses difficultés pédagogiques, faute d’expérience, ils se sont réunis au sein d’un collectif baptisé « stagiaire impossible » et appellent à manifester leur mécontentement et à se plaindre de leurs difficultés devant le ministère de l’Éducation nationale.

Parcours éprouvant

Plusieurs professeurs stagiaires ont fait part d’un début d’année très éprouvant, conséquence de l’entrée en vigueur de la réforme de la formation et du recrutement des enseignants. Jusqu’à l’an dernier, leurs prédécesseurs avaient moitié moins d’heures de classe car ils alternaient entre leurs élèves et la formation en IUFM (Institut Universitaire de Formation des Maîtres), une alternance supprimée par la réforme. Les incidents qui ont impliqué la semaine dernière des élèves difficiles de Seine-Saint-Denis placés dans deux établissements de réinsertion scolaire (ERS) dans la Manche et la Mayenne s’interrogent sur le fonctionnement de ces nouvelles structures. Six collégiens inscrits à l’internat de Portbail ont été renvoyés chez eux, après une altercation accompagnée d’insultes à l’encontre d’un garçon de café de la station balnéaire.

Renvois

Deux autres élèves avaient été préalablement renvoyés jeudi après avoir notamment cassé les vitres du véhicule d’un éducateur. Ces jeunes, qui étaient hébergés dans un établissement situé face à la mer et appartenant à l’académie de Seine-Saint-Denis, ont été ramenés à Bobigny. Son maire continue à soutenir le projet à condition qu’il bénéficie « d’un encadrement mieux soutenu. Cinq jeunes de Seine-Saint-Denis ont été renvoyés de leur ERS après avoir molesté des élèves du collège Volney de Craon (Mayenne) dans lequel est situé l’internat. Les ERS sont destinés à des jeunes âgés de 13 à 16 ans, en « décrochage scolaire », exclus à répétition de leurs établissements. Outre les cours classiques d’un collégien, ces élèves « perturbateurs » sont censés apprendre « le respect de l’autorité » dans un internat d’une quinzaine d’élèves situé loin de leur environnement habituel dans de petites communes. Dix ouvertures d’internats ont été annoncées par l’Éducation nationale.

Expérimental

Ce dispositif expérimental concernerait pour l’instant une centaine d’élèves. Le premier ERS avait été inauguré en septembre dans un petit village de l’arrière pays niçois par Éric Ciotti, chargé de la sécurité à l’UMP. Les incidents de la semaine dernière rappellent ceux des centres éducatifs fermés à leurs débuts. Ces structures accueillent des jeunes placés sur décision judiciaire. Elles avaient affronté l’hostilité des communes lors de leur ouverture et subi diverses dégradations ou agressions commises par des jeunes ce qui avait suscité l’émoi de la population environnante. Structures originales, les ERS sont censés former le maillon manquant entre les classes relais existant dans les collèges pour les élèves en échec scolaire et les centres éducatifs fermés. Malgré ces déboires, le Ministre de l’Éducation Nationale a affirmé que rien ne remettait en cause les ERS qui constitue un projet « très ambitieux » à condition de laisser le temps faire son œuvre et les moyens humains et matériels se mettre en place.

Plus de moyens

Des moyens supplémentaires pourront être affectés à ces structures en cas de besoin. Les parents du collège Volney de Craon continuent néanmoins à résister à la pression des autorités au point que plus de la moitié d’entre eux ont refusé d’envoyer leurs enfants à l’école car ils estiment ne pas avoir été entendus. Les professeurs qui avaient exercé leur droit de retrait ont cependant repris les cours. Ces mesures n’ont pas empêché de nouveaux incidents de se produire à propos de l’inauguration de ces nouveaux dispositifs expérimentaux proposés par des élus niçois et adoptés par la présidence de la République. Cette évolution n’a pas empêché d’autres incidents de se produire. C’est ainsi que s’est produit un nouvel incident dans un établissement de réinsertion scolaire (ERS) avec 8 élèves qui ont été renvoyés dans leur département de Seine-Saint-Denis à la suite de violences survenues quelques jours après leur arrivée dans l’école. Il s’agit du deuxième incident de ce type en moins d’une semaine dans ces internats pour élèves difficiles, dont la création avait été annoncée par Nicolas Sarkozy en mai dernier.

Nouvelles structures

Ces structures sont prévues pour accueillir pendant un an vingt à trente élèves déjà exclus une fois de leur établissement. Ils doivent y recevoir un enseignement basé sur les « savoirs fondamentaux », mais aussi y découvrir des « métiers » et se consacrer à une activité sportive. Le chef de l’Etat avait appelé de ses vœux l’instauration d’établissements « basés sur l’apprentissage de la règle, le respect de l’autorité et le goût de l’effort ». Ce programme enchanteur n’a pu être entièrement réalisé du fait de l’opposition systématique des nouveaux arrivants qui n’ont pas attendu longtemps pour casser les vitres du véhicule d’un éducateur et être renvoyés à leur point de départ. Six autres jeunes ont été ensuite exclus de l’établissement après une altercation accompagnée d’insultes envers un garçon de café. Les jeunes étaient hébergés dans cet établissement autonome appartenant à l’académie de Seine-Saint-Denis et situé face à la mer.

Retour en région parisienne

Ils ont tous été ramenés à Bobigny. Certains responsables pensent que ce projet peut encore être soutenu à condition qu’il bénéficie « d’un encadrement beaucoup plus soutenu ». Les jeunes en réinsertion étaient encadrés par d’autres jeunes issus du service civique sans aucune formation particulière. « On a vraiment fait tout ce qu’il fallait. On s’intéresse à ces jeunes désocialisés, on a mis des associations à disposition. C’est maintenant à l’académie de Seine-Saint-Denis de donner les moyens a insisté un responsable de l’éducation refusant un projet qui viendrait troubler la tranquillité de ses concitoyens.

Questionnement éthique :

1. Quelles sont les compétences et l’expérience particulière en matière d’éducation des maillons de la chaine qui s’est crue autorisée et capable de mettre en place des structures de rattrapage spécialement adaptées à des élèves dont le qualificatif de « difficile » tient au moins de l’euphémisme ?

2. Qu’appelle-t-on « donner les moyens » s’agissant de ceux réclamés en urgence par les responsables éducatifs dont on dit d’ores et déjà qu’ils ont reçu une formation modeste qui ne paraît pas à la hauteur des enjeux justifiés par le comportement violent des « hôtes » reçus dans les centres d’accueil de province ?

3. Quel est le circuit éducatif, pédagogique ou didactique suivi par les instigateurs du projet avant de l’avoir mis en route ?

4. A-t-il été présenté à une commission d’experts expérimentés susceptibles de formuler un avis autorisé sur la pertinence du projet et ses conditions d’application ?