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Où il est de nouveau question de dopage

Progrès dans la cognition

Dopage du corps et dopage de l’esprit

jeudi 1er janvier 2009, par Picospin

Quels seraient les effets des neurosciences modernes si on était capable brusquement d’élaborer le projet que l’on en tête pour célébrer le Nouvel An, payer ses impôts, ses intérêts et hypothèques, appeler le pédiatre pour faire soigner ses enfants, s’occuper des comptes de la carte de crédit et faire son boulot sans oublier le rendez-vous chez le dentiste, l’heure de venir chercher les enfants à l’école ?

Drogué de l’esprit ?

Décrochez seulement les appels à la distraction, les messages laissés sur votre répondeur et les avantages des médicaments dont les propriétés permettent d’augmenter les capacités de la mémoire comme la « Ritalin » ou « l’Adderall ». Restez vigilant et aiguisé comme un couteau, quel que soit votre état de fatigue et votre besoin de sommeil. J’ai pourtant toujours rejeté l’idée de me servir de médicaments dont les indications concernaient les troubles neurologiques destinés aux gens qui souffraient véritablement de troubles neurologiques et non des petits ennuis de santé de tous les jours. C’est ce que font cependant un certain nombre de gens pour améliorer leurs fonctions cognitives. Cette propriété est liée à l’action des stimulants souvent réclamés par les étudiants pour augmenter la qualité de leurs performances mnémoniques lors des examens et concours qu’ils doivent passer et par les drogues dites stimulantes de l’esprit comme le « Provigil ». Leur emploi va à l’encontre de la plupart de nos croyances sur l’honnêteté et la méritocratie. Pour beaucoup de personnes, cette démarche n’est pas naturelle, est inhumaine, de l’ordre de l’hubris et en fin de compte une véritable tricherie. C’est en raison de ces réactions, qu’un article provenant d’une sommité de la science a déchainé la colère lorsqu’on a évoqué le besoin d’accepter les bénéfices de cette amélioration artificiellement créée. Les contenus des e-mails reçus peuvent se classer en 3 catégories : 1. Combien de cracks avez-vous fumé ? 2. Combien d’argent avez-vous reçu pour acheter les médicaments ? 3. Combien de cracks avez-vous reçu de la part de vos amis ?

Calvinisme pharmacologique

Le principal défaut des Américains en matière de médicaments psychotropes consiste à adopter une attitude appelée « Calvinisme pharmacologique » qui tient en quelques mots qui sont la souffrance, le fait d’endurer sa peine, de se soumettre à la loi de Dieu et de se contenter de l’espérance. Pour beaucoup, ces arguments sont passablement démodés et intellectuellement malhonnêtes. Nous améliorons nos capacités intellectuelles sans arrêt ne serait-ce qu’en buvant du café, en nous nourrissant de produits spéciaux ou en recevant une éducation de qualité ou encore en prenant un repos réparateur. Le fait de prendre des drogues destinées à améliorer le fonctionnement du cerveau ne saurait être considéré que comme une autre façon ou une autre marche à monter le long de ce continuum qui est un équivalent moral à ces mises en valeur. La vie de tous les jours, contrairement à la compétition sportive, n’est pas un jeu où la somme est équivalente à 0 et où l’avantage obtenu par une personne dopée apporte nécessairement un inconvénient. Un chirurgien habile, un excellent pilote, un exceptionnel chercheur en médecine, sont tous capable de travailler non seulement pour leur profit personnel mais surtout pour de nombreuses personnes susceptibles de tirer bénéfice de leurs prouesses.

Sports de compétition

Contrairement à ce qui se passe pour les sports de compétition, l’amélioration des conditions d’exercice de la connaissance est susceptible d’améliorer aussi les conditions d’existence sur cette terre. Je me demande seulement si les exigences démesurées de la vie actuelle ne sont pas en train de créer des conditions de vie impossibles à réaliser pour les handicapés, les personnes qui ne peuvent plus assurer leur mission. Est-ce qu’il n’est pas plus équitable de mettre sur le dos d’un enfant un parent submergé de façon chronique par ses tâches que de le confier à une personne souffrant de dépression chronique mal traitée ? Jusqu’à quel point pouvons-nous réellement changer notre façon de vivre ? Il est assurément difficile de penser que la plupart d’entre nous sont capables de s’arranger avec le monde dans lequel nous sommes obligés de vivre. Faire autrement est un luxe pratiquement hors de portée. Pour quelques-uns d’entre nous, embarqués dans la vie avec des cerveaux mal adaptés aux conditions de vie de notre temps, taxés par trop d’exigences et de distractions le Calvinisme pharmacologique pourrait bien devenir lui aussi, un luxe.