Ethique Info

Accueil > Education > Prohibition : questions sur l’alcoolisme au volant

Faut-il punir ou prévenir ?

Prohibition : questions sur l’alcoolisme au volant

Comment diminuer encore les accidents mortels sur les routes ?

dimanche 17 février 2008, par Picospin

La prohibition consiste à l’interdire la présence l’usage d’un produit, considéré comme toxique. Le terme de prohibition fait référence aux lois interdisant la vente et la consommation d’alcool, en particulier, les lois locales qui ont un effet identique. Le 21e Amendement de la Constitution américaine qui a annulé la prohibition donna aux États le droit de limiter ou d’interdire l’achat et la vente d’alcool.

Vendre légalement ?

Cette réglementation a conduit à une mosaïque de lois, selon lesquelles l’alcool peut être légalement vendu dans certains endroits mais pas dans toutes les villes ou tous les comtés d’un État. La prohibition fut établie par le 18e amendement de la Constitution et par le Volstead Act promulgué en 1919. Elle fut amendée afin d’autoriser la vente de boissons peu alcoolisées comme les bières légères. La Prohibition se réfère également à une partie du mouvement pour la tempérance qui souhaitait que l’alcool fût rendu illégal. Sont alors apparus des militants appelés prohibitionnistes ou partisans de la prohibition qui avaient déjà remporté quelques succès dès1905, lorsque 3 États américains avaient interdit l’alcool. Après le retrait de la loi fédérale, l’Oklahoma, le Kansas et l’État du Mississippi continuèrent d’imposer la prohibition. L’état du Mississippi, au sein duquel l’alcool fut rendu illégal dès 1907, fut le dernier État à procéder au retrait de la prohibition, en 1966. La forte demande des consommateurs américains conduisit à créer un grand marché potentiel au Canada et en Europe. Le commerce d’exportation, parfaitement légal, s’organisa à partir des "têtes de pont" que furent les grandes distilleries canadiennes, les possessions britanniques des Bermudes, des Bahamas et du Belize, mais aussi Saint-Pierre et Miquelon, cette colonie française où convergeaient les alcools canadiens, français et britanniques, avant d’être chargés sur les "rum runners" en vue d’être introduits sur le continent voisin. Cette colonie connut alors des années d’or jusqu’en 1933, année ou prit fin la Prohibition. Beaucoup de notables et politiciens américains admirent posséder de l’alcool durant la prohibition. Cette antinomie entre la législation et les pratiques couramment admises suscita un grand mépris pour les autorités de l’État, ces dernières étant accusées d’agir de façon hypocrite. La satire prit des formes diverses comme celles du célèbre film Keystone Kops. Certaines personnalités d’exception trouveront grâce aux yeux de la population américaine.

Eliot Ness ?

Ainsi, les activités d’Eliot Ness et de son équipe de choc composée d’agents du Trésor, surnommée « Les Incorruptibles » (The Untouchables en anglais). La presse américaine couvrira largement les qualités de ces rares exemples de probité comme l’honnêteté proverbiale de Ness, alliée à son talent pour les relations publiques et les méthodes plus excentriques mais plus déguisées et cependant hautement efficaces de Izzy and Moe. La prohibition fournit une opportunité alléchante pour le crime organisé de mettre sur pied des filières d’importations, des fabriques ou encore un réseau de distribution illégal de boissons alcoolisées aux États-Unis, notamment au travers des speakeasies. Al Capone fut l’un des leaders de ces trafics d’alcool, renforçant son empire criminel grâce aux profits des ventes illégales d’alcool. Eliot Ness s’opposera à Capone, dans un combat devenu légendaire. Il ne réussira cependant pas à faire tomber le criminel pour des méfaits graves (vente d’alcool ou meurtre), mais devra recourir à l’invocation des « privilèges indissociables au droit de la personne » pour le faire tomber sous le coup d’une loi fédérale qui réussit à contourner les juridictions législatives composées de juges corrompus qui protégèrent Capone au niveau local. Celui-ci sera condamné à la peine maximale de 10 ans. La production d’alcool étant tombée dans des mains criminelles ou étant assurée par des fabricants clandestins échappant à tout contrôle, la qualité du produit final finit par varier grandement. Ainsi, de nombreux cas de buveurs souffrant de cécité ou subissant des lésions cérébrales graves furent répertoriés après l’ingestion d’un « bathtub gin » concocté à partir d’alcool industriel et d’autres poisons chimiques. Un incident resté dans les mémoires fut l’obtention d’un brevet médical pour le gingembre de la Jamaïque plus connu sous le nom de « Jake ». Il avait un très fort degré d’alcool et permettait aux consommateurs de contourner l’interdiction de consommer de l’alcool. Le Département du Trésor américain exigea que sa formule fut modifiée pour le rendre imbuvable. Certains revendeurs peu scrupuleux de Jake, altéraient leur produit avec un plastifiant industriel pour tenter de contourner les tests gouvernementaux. Des dizaines de milliers de victimes furent victimes de paralysie des mains et des pieds de façon chronique.

Explosions et incendies

La distillation amateur de liqueur n’était pas sans danger pour le producteur lui-même, car le matériel de distillation trop primitif explosait parfois et mettait le feu aux bâtiments. Dans les années 1890, l’éthanol servait de carburant pour les engins agricoles, les locomotives et les voitures en Europe et aux États-Unis. En 1919, la police de la prohibition détruisit les distillateurs d’alcool de maïs qui servaient à produire de l’éthanol au moindre coût. Les dépenses supplémentaires pour se procurer ce produit obligèrent les agriculteurs à se tourner vers le pétrole qui était très bon marché. Parmi les problèmes sociaux attribués à l’ère de la prohibition, il faut signaler le développement du marché noir et le racket de l’alcool, rentable mais souvent violent. Les boissons les plus alcoolisées gagnèrent en popularité car leur pouvoir éthylique les rendait plus rentables pour faire de la contrebande. Faire respecter la prohibition coûta très cher ce qui a durement entamé les réserves financières de l’État américain. Quand la prohibition cessa, le crime organisé perdit une part importante de ses revenus liés au marché noir d’alcool, conséquence directe de la concurrence des boissons alcoolisées en vente libre à des prix modérés. Le crime organisé se recycla dans la vente d’autres drogues illégales. D’un certain point de vue, la lutte contre les drogues modernes a été comparée à la prohibition. La prohibition a eu un impact notable sur l’industrie de l’alcool au sens aux États-Unis. Au moment où la loi fut abrogée, seule la moitié des brasseries d’avant la prohibition restaient encore ouvertes. Étant donné que seules les brasseries industrielles survécurent à la prohibition, la bière américaine ne fut guère appréciée car elle ne présentait aucun caractère attirant si ce n’est celui d’être un produit de consommation de masse. Les connaisseurs de la boisson se plaignirent de sa faible qualité et de son manque de variété.

Renouveau de la brasserie

Il a fallu attendre les années 1980 pour qu’un minimum de savoir-faire ait été acquis par les brasseurs américains à l’instar de Fred Maytag qui est traditionnellement crédité du renouveau de la tradition du brassage de la bière aux États-Unis, appelée révolution des microbrasseries qui sortit la brasserie américaine de son état de complète décadence. Voici le tableau, à peine noirci des conséquences d’une réglementation trop sévère de la consommation d’alcool telle qu’elle avait été initiée aux Etats-Unis, à une certaine époque qui avait donné lieu à un bouleversement important des mœurs, des comportements et des relations sociales.

Questionnement éthique

1. Une telle législation est-elle susceptible de servir de modèle à une perspective ou des prévisions de ce que pourrait donner une reprise de mesures de coercition comparables ?

2. Une telle hypothèse n’indique nullement que l’on doive éviter toute réglementation à ce sujet mais qu’avant d’appliquer strictement la législation , il est impératif d’en évaluer soigneusement les conséquences sociologiques, morales, comportementales ou psychologiques.

3. Qui dans ce débat a seulement remis en question l’augmentation éventuelle du prix de vente du vin dont les crus les moins côtés continuent d’être bradés en France à des tarifs ridiculement bas ?

4. Est-ce que l’exemple du tabac ne pourrait être bon conseiller dans cette polémique, lui dont l’augmentation faramineuse a fait baisser le nombre des fumeurs d’une manière radicale ?

Messages