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Projets pour une jeunesse

samedi 20 juin 2009, par Picospin

Hannah Arendt ne disait pas autre chose lorsqu’elle mentionnait les termes de « homo sapiens », « homo faber » pour désigner les activités de l’homme qui sont susceptibles de donner un sens à la vie de tous ceux qui en cherchent un avec désespoir.

De louables préoccupations

D’une certaine manière, il fait siennes aussi les préoccupations des responsables actuels de l’avenir de notre jeunesse, inquiets de voir partir une fraction notable de cette catégorie d’hommes en devenir qui n’ont pour tous horizons que la fermeture, le bouchon d’un avenir sans issue, sans joie et sans perspectives. Devant cette situation, il évoque évidemment, comme tout le monde, la « concertation », le « changement de cap », une loi d’orientation puisque dans cette république, dès qu’un grain de sel se manifeste pour enrayer le fonctionnement huilé de l’état, on invente une nouvelle loi susceptible de résoudre tous les problèmes dans une vision optimiste ce qui satisfait tout le monde, y compris pour commencer, les auteurs de ces textes, tout au moins aussi longtemps que dure leur pénible rédaction. Pour soutenir et hâter cette construction et exercer sur la société la pression nécessaire à la réalisation de ces projets, on n’hésite pas à employer les grands moyens, autrement dit à charger le plateau de la balance avec des poids qui s’appellent dette à rembourser aux jeunes pour se débarrasser de la culpabilité des plus anciens, orientation, insertion professionnelle, logement, autonomie.

Difficile à lire ?

La difficulté de lecture d’une tel projet provient du fait que personne ne sait si ces termes sont placés là pour donner du contenu à un contenant vide ou si suffisamment de matériaux ont été mis sur la table pour permettre la réalisation ou au moins une partie de cette dernière dans le but de faciliter l’entrée dans la vie d’une fraction de la population en devenir pour lui permettre de réaliser ses aspirations, à condition qu’il y en ait réellement. Est-il certain que ce sont les crédits injectés dans le projet et le système qui vont permettre à coup sûr sa réalisation et le sauvetage d’une jeunesse qui doute, qui a perdu confiance en elle-même et qui semble manquer d’autonomie même si ce terme est évoqué à trop de reprises pour rassurer la génération des parents qui s’interrogent avec angoisse sur le sort de leurs descendance ? Est-ce que le montage financier d’une telle opération dite d’envergure suffit à assurer sa réalisation et à en garantir le succès ?

Des termes savants

Même si l’on y ajoute les termes plus techniques, plus contraignants et donc plus rassurants de « service public d’orientation territorialisé" est-ce que cette débauche de mesures a la moindre chance de sortir de l’ornière ceux qui s’y sont enfoncés, faute d’avoir reçu les clés pour ouvrir la serrure et mobiliser le levier qui soulèverait la trappe qui enfermait jusqu’ici les êtres désarmés, grouillant sous elle. Pour faciliter leur échappée, leur jaillissement, on propose d’accompagner, de développer, d’ouvrir des pistes sans faire allusion au danger du « hors piste » pour finir sur la notion de "Sénat des jeunes" dont on se demande bien ce que ce salon de vieillards – même souvent très actifs et intelligents – vient faire dans cette galère. A nous d’en découvrir les secrets et le parcours.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que l’autonomie proposée aux jeunes a la moindre chance de se faufiler parmi eux si aucune préparation à cette capacité n’a fait l’objet d’un travail soutenu, d’exercices réguliers, d’expériences didactiques conduisant à l’apprentissage, à la formation adéquate des esprits et des conduites ?

2. Est-ce que le déblocage de multiples sources de budgétisation suffit à transformer la dépendance et le suivi passif en actions autonomes, en initiatives percutantes, en créations enrichissantes ?

3. N’y a-t-il pas dans le monde des exemples d’éducation qui conduisent rapidement à l’autonomie comme par exemple le fait de choisir son programme d’études, de s’orienter ver telle ou telle matière d’étude quitte à se tromper pour revenir en arrière et choisir, après une expérience décevante une autre voie ?

4. Doit-on donner aux jeunes gens sur le point de faire leur entrée dans la vie les moyens de réaliser leurs désirs, leurs ambitions ou leurs rêves ou doivent-ils s’atteler à cette tâche par leurs propres moyens pour avoir un jour la satisfaction d’avoir choisi et construit leur vie par leurs propres efforts ?