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Le dilemme d’Obama

Publier ou cacher ?

Décision éthique sur la publication de photos compromettantes

vendredi 15 mai 2009, par Picospin

Beaucoup jugent aux Etats-Unis que le nouveau Président a commis une erreur en refusant l’autorisation de publier les photographies montrant les sévices de troupes américaines en Irak.

Défendre les libertés publiques

C’est surtout une association de défense des libertés publiques qui est montée au créneau car elle avait demandé que les documents incriminés soient accessibles au public, au nom de la loi sur la liberté de l’information. La cour d’appel venait de lui donner raison. D’après M. Obama, qui a pris connaissance d’un échantillon, les photos n’ont "rien de particulièrement sensationnel, surtout quand on les compare aux images douloureuses d’Abou Ghraib". L’idée de Barack Obama était de ne pas mettre de l’huile sur le feu en diffusant très largement des images qui, plus que des textes, risquaient de sensibiliser une opinion qui a plus besoin de calme et de sérénité que d’incitation à l’indignation, à la culpabilisation ou au réveil de sentiments de honte, d’émotion ou de peine devant la vision des gestes malheureux, parfois criminels accomplis par des soldats qui avaient mené de durs combats en Irak, qui continuent de les mener en Afghanistan et qui reviennent parfois des champs d’opération en état de choc, de stress prolongé et de besoins impératifs de protection psychologique. La Maison Blanche avait annoncé le 24 avril qu’elle ne s’opposerait pas à la justice. Elle estimait que les photos finiraient de toute façon par sortir. Moins de trois semaines après, elle a changé d’avis, affichant un exemple rare à ce jour de mauvaise gestion du processus de décision. "La publication de ces photos n’ajouterait rien à notre compréhension de ce qui a été exécuté par un petit nombre d’individus", a-t-il dit dans une déclaration non prévue alors qu’il partait pour l’Arizona. Et elle risquerait d’"enflammer encore le sentiment antiaméricain et de mettre nos troupes en danger".

Publier ou cacher ?

Malgré l’opinion défavorable vis à vis de la récente décision d’Obama de ne pas faire publier des images qui pourraient s’avérer dangereuses à un moment ou à un autre, la position du Président peut se défendre dans la mesure où elle n’est pas la conséquence d’un coup de tête comme on en compte un certains nombre dans les gouvernements ici et ailleurs mais le fruit d’une réflexion assagie car la décision a été rendue publique, certes après un revirement mais après consultation des personnalités politiquesn juridiques et militaires impliquées dans la débat et qui apparemment se sont prononcé pour la pose d’un voile pudique, appuyé, ce qui est normal, par les Républicains, Mc Cain en tête. Ce n’est pas le seul allié d’occasion du Président qui en trouve d’autres dans des médias comme Fox News qui n’a pas hésité à saluer le "courage" de Barack Obama. Balayant d’un revers de main les objections de l’ACLU, la journaliste Judith Miller est convaincue que l’opinion publique américaine dispose de suffisamment de photographies pour nourrir son indignation. Le plus important, estime-t-elle, c’est que "la guerre contre le terrorisme continue, peu importe le nom que lui donne l’administration Obama". Depuis son arrivée au pouvoir, Barack Obama a arrêté d’utiliser l’expression, très marquée par l’ère Bush, de "guerre contre le terrorisme".

Quel avantage de montrer encore ?

Il défend sa position actuelle en arguant du fait que la publication de ces photos n’apporterait aucun bénéfice supplémentaire à notre compréhension de ce qui fut accompli dans le passé par un petit nombre d’individus. La conséquence la plus évidente de cet acte serait d’enflammer encore un peu plus l’opinion anti-américaine, de compromettre les actions des troupes sinon de les mettre encore plus en danger.