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Qu’est-ce qu’une civilisation ?

mercredi 9 janvier 2008, par Picospin

La civilisation est le fait de porter une société à un niveau considéré comme plus élevé et plus évolué que l’était son état antérieur. Cette acception inclut une notion de progrès qui s’oppose à la barbarie et à la sauvagerie. La civilisation est l’ensemble des traits qui caractérisent l’état d’évolution d’une société donnée sur le plan technique, intellectuel, politique ou moral, sans porter de jugement de valeur

Culture ?

C’est l’état auquel sont parvenues quelques cultures dans l’histoire de l’humanité. Cette définition est dans la lignée directe des théories évolutionnistes du 19è siècle qui ont été réfutées depuis au bénéfice de théories plus neutres. Les premières civilisations qui ont laissé suffisamment de traces pour être identifiées comme telles sont Sumer, l’Égypte antique, la vallée de l’Indus et la Chine. Un élément déterminant de la rupture avec le néolithique est la découverte puis la maîtrise de l’agriculture, qui entraîne une nouvelle organisation de l’espace et de l’activité humaine. Pour être qualifiée de civilisation, celle-ci doit regrouper certaines caractéristiques comme la présence d’une ville du fait de la sédentarisation des populations, la spécialisation du travail, l’organisation étatique, la concentration de surplus de production, la structure de classe en fonction de la hiérarchie ou une organisation des travaux publics. La civilisation développe des normes de comportements en société dont un des premiers exemples fut la chevalerie. Une société définit un type d’homme idéal comme l’« homme de bien » selon Confucius, l’« honnête homme » du 17E siècle européen ou le « gentleman » de l’Angleterre victorienne. Le comportement civilisé permet aux hommes de vivre ensemble. Un mythe de Platon distingue les apports de la technique de ceux de la civilisation. Prométhée a apporté aux hommes les arts et les sciences, mais malgré ce don, les hommes ne parviennent ni à s’entendre, ni à profiter de ces présents ce qui les conduit à vivre parfois comme des animaux.

Vivre ensemble

Zeus leur fournit alors la pudeur et la justice, c’est-à-dire la capacité de tenir compte des autres membres de la société et de régler les différends de manière pacifique et ordonnée. Les hommes peuvent alors construire leur vie dans la cité. La civilisation est le moyen pour les hommes de s’élever au-dessus de la condition animale. Jusqu’au 18E siècle, l’idée de civilisation est exprimée par des mots comme celui de politesse ou de civilité qui contiennent une connotation de supériorité morale de la classe noble sur les classes populaires et de l’Europe sur les « barbares ». La civilisation se laisse voir dans la vie de la cité et dans toutes les circonstances de la vie quotidienne comme les manières de la table ou le contrôle de son corps en société. Ce processus de civilisation (Norbert Elias) est du au fait que les classes les plus élevées de la société ont dû apprendre à maîtriser leurs pulsions pour s’adapter à un monde dans lequel les contacts entre les individus sont de plus en plus complexes et raffinés ce qui constitue une des conditions de l’apparition de l’État moderne. La civilisation suppose l’existence de lois et de règlements destinés à éviter la violence entre les citoyens. La possession de forces autorisées à recourir à la violence, telle que la police ou l’armée ne disqualifie pas une culture qui prétend être civilisée.

Violence

Ce qui distingue le pays « civilisé », c’est la manière dont la violence est utilisée dans un État moderne où toute force armée doit relever de l’État, puisque ce dernier a le monopole de la violence légitime. Le progrès technique et celui de la civilisation sont intimement associés. Dès lors, l’Europe qui bénéficie d’une avance technique et militaire se sent investie d’une mission civilisatrice ce qui l’autoriserait moralement à lancer la colonisation. Cette dernière est marquée par des échecs marquants au 20è siècle à l’intérieur même des sociétés occidentales comme on l’a observé lors des quinze ans de pouvoir du nazisme. On ne cherche plus guère aujourd’hui, à parler d’un progrès unidirectionnel des sociétés, pas plus qu’on ne parlera de « barbares » ou de « sauvages ». Tout au plus évoquera-t-on des « civilisations » au pluriel. Alors que les ethnologues et artistes occidentaux partent à la recherche des progrès inspirés par les autres civilisations, l’ayatollah Khomeini, par exemple qui rejette l’occidentalisation de l’Iran proposée par le Shah, n’en mène pas moins son action de communication par des cassettes audio, produites par ce même Occident. Gandhi, qui en a fait de même pour l’Inde, n’en refuse pas pour autant sa technologie optique. D’ailleurs, l’Inde avait bien elle-même déjà donné le zéro au reste du monde.

Identité culturelle

Une école de pensée définit la civilisation comme une identité culturelle associée pour chaque individu à la plus grande subdivision de l’humanité à laquelle il puisse s’identifier. Elle représente donc un groupe plus étendu que la famille, la tribu, la ville de résidence, la région ou encore la nation. Les civilisations sont souvent liées à la religion ou à d’autres systèmes de croyance. À des fins de classification, l’historien Toynbee en distingue vingt-six avec leurs montées et leurs déclins. C’est aussi la thèse de Huntington sur les conflits globaux dont notre époque est le témoin. Plus pessimiste, Jared Diamond montre comment dans le passé, plusieurs civilisations à Île de Pâques ou au Groenland ont elles-mêmes provoqué leur propre effondrement par négligence du long terme. Sigmund Freud, dans Malaise dans la civilisation, établit un inventaire des frustrations apportées par la société moderne et examine en contrepartie le bilan des compensations qu’elle offre en matière de sécurité, de santé, de culture et d’art. Il y évoque le fait que l’accumulation de ces frustrations peut conduire parfois à des réactions violentes. L’urbanisation accompagne souvent la civilisation met en relief le fait que celle-ci fonctionne comme une machine servant à juxtaposer sans heurts de grandes inégalités de conditions qui ne seraient pas tolérées dans un autre contexte. Saisi par le vertige des temps devant les pyramides d’où quarante siècles le contemplaient, Nicolas Sarkozy s’est vu en fondateur d’une nouvelle politique de civilisation qui pour le moment s’épanouit dans le cercle de riches propriétaires, des stars du show-biz et s’allie avec le regain du néoconservatisme à l’oeuvre aux États-Unis.

Questionnement éthique :

1. Est-ce que le mot civilisation désigne ce qui sépare les peuples les plus évolués des autres ?

2. Est-ce que ce terme est surtout employé dans un contexte colonialiste ou impérialiste pour signifier que la culture occidentale est supérieure aux autres ?

3. Est-ce que les divers termes utilisés en langue allemande comme Zivilisation, Kultur (civilisation) et Bildung (culture) sont plus aptes à traduire les nuances de ces mots ?

4. Est-ce que l’urbanisation joue le rôle majeur pour la définition de la civilisation ?

5. Est-ce que c’est l’écriture ou la technique qui définit le mieux et de plus près
l’existence d’une civilisation ?

6. Quels sont les caractères déterminants d’une civilisation ? La technique, le religieux, les traits intellectuels et culturels, les effets globaux que les sociétés exercent sur les individus ou la manière dont elles les façonnent par l’éducation ?

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