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La façon de donner vaut-elle mieux que ce que l’on donne ?

Qu’est-ce qui fait courir les gens pour donner ?

Psychologie du bienfaiteur

mercredi 12 mars 2008, par Picospin

L’autre qui penchait politiquement plutôt à droite, enseignait l’économie à l’Université de Chicago qui est considérée comme le centre de la philosophie économique politique conservatrice et qui venait d’avoir été nommé en tant qu’expert des conditions environnementales, conseiller auprès du Conseil économique. L’intérêt des deux compères ne résidait pas dans le fait d’aider le groupe en question de gagner davantage d’argent. Leur objectif était plutôt de déterminer les raisons pour lesquelles les gens donnent de l’argent.

Le meilleur des mondes

Nos deux amis ont lancé les réponses habituelles comme rendre le monde meilleur, ou repérer notre nom au dos d’un rapport annuel ce qui est loin de correspondre toujours à la réalité. Ces arguments sont trop simples sinon simplistes, et parfois même erronés. Les années passant, chaque fois qu’ils ont sollicité des dons auprès des bailleurs de fond, les réactions dénotaient des impressions vagues, imprécises et floues. A force de se heurter à des répliques aussi peu pertinentes, les deux enquêteurs se demandèrent à plusieurs reprises si ce type de prière pour la charité n’était pas un gaspillage de l’énergie dépensée et des efforts accomplis. Quelques années auparavant, les deux protagonistes de cette enquête se rencontrèrent pour parler d’une sollicitation éventuelle pour un don qui pourrait servir de défi aux autres collègues de l’université selon une clause spéciale. Celle-ci consisterait à persuader l’Université au nom de laquelle le don avait été fait pour qu’elle encourage d’autres donateurs éventuels de faire des dons de la même importance. Les personnes qui étaient au courant de cette manœuvre ont pensé qu’un tel cadeau inciterait d’autres généreux donateurs à donner une somme plus importante que celle qu’ils avaient initialement prévue. Attiré par les exemples qu’il a pu relever autour de lui, comme ceux des nombreux golfeurs qu’il a pu rencontrer sur les courts, il se décida à jouer lui aussi au golf imitant en cela ses professeurs d’économie qui passaient leur temps à cette activité.

Etudier l’économie

Pendant ce temps il se mit à adorer les cours d’économie et finit par devenir une star dans ce domaine, particulièrement en ce qui concernait le secteur de la recherche. C’est de ce pas qu’il se mit à analyser les facteurs de l’économie de la philanthropie. A la fin de cette période, il finit pas dévoiler qu’il n’était pas seulement un généreux donateur mais que surtout il visait à expérimenter les conditions qui permettent de déterminer ce qui marche et ce qui ne marche pas dans le monde des programmes sociaux.. C’est sur cette idée de base qu’il réussit à rassembler une équipe de jeunes chercheurs enthousiastes qui se joignirent rapidement à lui pour appliquer son projet de recherche. En réalité, la philanthropie a été ignorée pendant fort longtemps si bien que les œuvres charitables ne disposent que de peu de moyens pour accomplir leur tâche. Les dons parviennent parcimonieusement la plupart du temps et beaucoup plus rarement sous forme de sommes plus importantes que quelques personnes souhaitent gérer avec rigueur comme une véritable entreprise. Les chercheurs se sont enfin rendus compte que les actes de bienfaisance offrent une excellente occasion d’étudier le comportement de l’homme. Ce qui est nécessaire pour solliciter les dons, c’est l’existence d’un défi suffisamment ambitieux pour inciter les autres à s’aligner sur cette proposition. A propos des collecteurs de fond qui avancèrent dans leurs travaux, il apparut enfin que ce sujet était soumis à des mythes puissants et difficiles à expurger.

Un exercice banal ?

La question sur les raisons des donations continua de rester en suspens avec à la clé l’éternelle question de déterminer si faire œuvre de bienfaisance ne correspond pas tout simplement à un banal exercice de consommation. Ces hypothèses trouvèrent leur terme dans la théorie de la douce chaleur qui serait une sorte de récompense pour la bienfaisance accomplie pour sauver une baleine. La véritable raison de ce feu intérieur agréable n’est pas la satisfaction de sauver la baleine mais de sentir le doux confort provenant de l’opinion qu’on a de soi lorsqu’on fait le bien. Si la donation était purement rationnelle, l’annonce d’une donation généreuse n’inciterait pas les autres à donner plus, mais à donner moins car ils pourraient toujours penser que personne n’a vraiment besoin de leur argent. Le don n’est pas tellement un acte calculé mais une véritable compétition. L’équivalent de ces sensations peut être trouvé dans l’assistance aux services religieux envers laquelle certains voudraient s’engager pour ressentir l’impression de cette chaleur confortable que procure une participation régulière à la vie de la communauté. Le désir de souscrire un abonnement serait du même ordre même si cette décision conduit à des dépenses plus élevées que de se procurer les tickets d’entrée un par un. L’appartenance à un groupe est susceptible de renforcer les conditions, les bénéfices et l’ardeur au travail pour la communauté que l’on rejoint ainsi.

Questionnement éthique :

1. Cette étude psycho sociologique est également typique des mœurs américaines qui se plaisent à analyser l’aspect comportemental des sujets. Que peut-on tirer de cette description et de cette analyse des mœurs attachés au don

2. Faire le bien fait aussi partie de la notion du bien et du mal qui est populaire chez les Américains par ailleurs fortement liés au fait religieux sous de multiples formes . Que faut-il en penser au point de vue éthique et moral en prenant soin de séparer les deux notions ?

3. Pour l’aide aux autres, faut-il se fier à la redistribution des richesses par l’état au nom de la justice et de la solidarité ou vaut-il mieux faire confiance à la bienfaisance des individus ou des groupes ?

4. Est-ce que la démarche des Américains en ce qui concerne les œuvres caritatives et basée sur un fond religieux assez prégnant pourrait être adaptable à un pays laïque comme veut être la France où la religion est désinvestie et qui compte davantage sur la solidarité de la collectivité que sur l’initiative individuelle ?


New York Times