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Quand la peinture concurrence la réalité

Les affaires du football ou dans le football.

lundi 9 mai 2011, par Picospin

C’est en fonction de cette disproportion qu’ils prennent toute leur signification. Pourquoi ? Parce que jusqu’à nouvel ordre, le football est un jeu pour les uns, un sport majeur pour les autres. Il est plus facile de jouer avec ses signifiants, sa symbolique même si les questions auxquelles il doit répondre actuellement prennent une grande importance pour les plus jeunes qui arrivent sur les terrains de jeu, pénètrent dans la haute compétition parce que le hasard a voulu que leur présence à un moment donné les qualifie pour remplacer un joueur défaillant ou manquant.

C’est au moment de pénétrer dans le stade que les questions de fond commencent à se poser. Quel est ce jeune noir si doué, si beau à contempler avec ses muscles saillants, ses jambes fines, ses attaches harmonieuses ? Il vient d’être recruté par notre club lui répond-on. Ah ! dit l’autre, c’est une bonne nouvelle pour lui et pour nous. Avec des recrues de cette qualité on pourra finir champions et même lorgner sur la coupe…Tu ne trouves pas qu’il y a trop de noirs dans notre équipe, dit l’un. Et l’autre de répondre : Ne serais-tu pas un peu raciste par hasard ? Car c’est toujours par cette phrase qu’on interpelle ceux qui posent des questions inappropriées sinon impertinentes. C’est alors qu’intervient celui qui s’érige en représentant de la loi en précisant que la République française, une et indivisible ne reconnaît aucune différence, entre les citoyens quelle que soit leur couleur de peau, leur origine, leur religion. C’était au temps où et même bien avant que les joueurs « de couleur » n’interviennent dans le jeu du football et autres sports comme le basket. Il y avait dans le premier un seul joueur appartenant à une ethnie élevée au Maroc. C’était Ben Barek, dit la « perle noire » dont les dribbles et la conduite de balle arrachaient des hourrah d’admiration à un public déchainé d’enthousiasme. Il pouvait faire ce qu’il voulait. Il était seul parmi les blancs. Maintenant, les rapports se sont inversés. Des proportions bien plus importantes de sportifs sont recrutes dans les équipes de pointe, les équipes nationales françaises en particulier ce qui bien entendu fait jaser. J’ai pu entendre personnellement les réflexions de spectateurs italiens analysant les évolutions d’un joueur français en train d’éliminer son adversaire italien sous la forme de : « un vero Francese » traduisez, il ressemble à un vrai Français, mentionnant par cette phrase ironique qu’il est loin de ressembler par sa couleur de peau à un habitant de Dunkerque ou d’Annecy. Il paraît qu’il en est de même en Espagne où l’on proclame haut et forts, avec un zeste d’orgueil, que « chez nous ce problème ne se pose pas car nous n’avons aucun noir dans notre équipe ». Doivent-ils en être si fiers pour autant. Le temps ou les temps de l’apartheid sont bel et bien terminés. L’avenir appartient à une humanité qui fait fi des mixités et qui avance sur les chemins tracés par les rencontres, l’esthétique, les valeurs morales, l’émergence, la persistance et l’importance dans la vie humaine de comportements dits moraux avec leur souci de justice, d’altruisme et à l’inverse de la punition par la honte, la culpabilité sinon l’indignation, si chère à notre nouvelle recrue tombée par hasard et tardivement de la philosophie par des voies aussi mystérieuses que celles empruntées par Dieu. J’ai nommé Stéphane Hessel qui, pour avoir gratouillé 30 pages, s’est fait une réputation de spécialiste et de chantre de la morale à peu de frais et de risques. Contrairement à ace qui est pensé par la majorité, ce qui est n’est pas nécessairement équivalent à ce qui doit être. Du fait que les plus faibles seront naturellement éliminés par le processus de sélection ne signifie pas qu’il doit toujours en être ainsi. A moins que l’on ne verse dans le futur, après la mode darwinienne dans une sorte de système de coopération équitable, dérivée de l’idée d’avantage mutuel. Pour l’instant, il ne sert à rien que les témoins du sélectionneur viennent devant le micro affirmer sa générosité, son comportement amical, son souci des autres. Ses soucis de sélectionneur n’ont rien à voir avec l’entrée dans le système des valeurs, appelé axiologie où la tendance serait plutôt de s’attacher à atteindre la « neutralité axiologique » défendue par Max Weber dans Le Savant et le politique et qui est passée à l’usage pour défendre le point de vue de l’historien ou du sociologue tentant d’atteindre un maximum d’objectivité en s’interdisant tout jugement de valeur et toute critique de ce qui fait l’objet de son analyse. En attendant, que Laurent Blanc prenne tranquillement son avion privé pour atterrir au Bourget (qui paie ?), tienne compte de ses erreurs de sémiologie, fasse attention à ne pas déraper sous la pression des pièges qui lui sont tendus et restaure la politique qui peut et doit faire l’admiration des sportifs de l’univers. Celle d’une communauté de joueurs honnêtes et dignes dans laquelle les couleurs se combinent pour peindre le plus beau tableau du monde : celui de la reconnaissance des autres, de la solidarité et de l’amitié.