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Combat des institutions américaines contre le tabagisme promu par les géants de l’industrie

Que dit la FDA sur la réglementation en matière de tabagisme ?

Quels moyens, quels buts, quels aléas ?

samedi 2 août 2008, par Picospin

Le produit considéré comme un des plus dangereux pour la santé, a réussi à échapper à tous les règlements les plus stricts de la société de consommation américaine. Pour cela on a fait appel à un mélange d’informations scientifiques erronées, un lobbying intensif et à un argument culturel majeur dans ce pays consistant à proclamer que les fumeurs doivent endosser leur propre responsabilité en ce qui concerne les conséquences néfastes du tabagisme pendant que la FDA a tout fait pour écarter sa responsabilité dans cette affaire.

Un combat acharné

Pendant que les compagnies de tabac se livraient une lutte acharnée entre elles pour gagner la compétition entre les diverses marques, elles se sont alliées pour nier tout effet nocif du tabac et pour exercer leur influence politique afin d’éviter l’arrivée de toute forme de réglementation. Pour éviter cette intrusion dans les relations entre fabricants et consommateurs, la Cour Suprême n’a paa trouvé d’autre moyen que de décréter que la FDA n’avait aucun droit à entrer dans les relations juridiques entre consommateurs et fabricants de tabac. Les scientifiques ont compris depuis plus de 50 ans que le tabagisme était la cause du cancer des poumons et autres pathologies graves ce qui n’a pas fait avancer d’un iota la publication du contenu de la cigarette. Même actuellement aucune loi n’oblige les compagnies à publier la teneur des produits contenus dans la cigarette pas plus qu’à informer le public des effets à court et long terme des divers produits qui sont régulièrement ajoutés aux tabacs. Pour ajouter à ces comportements peu éthiques, les fabricants de tabac ont continué d’appeler les marques et mélanges de « légers », ultra-légers ce qui implique pour les fumeurs un moindre risque. Tout cela pourrait bien changer rapidement et radicalement avec le vote de la loi sur la prévention familiale du tabac. La sécurité dans ce domaine pourrait encore être renforcée avec l’approbation d’un projet de loi déposé par un vieil adepte du contrôle de fumer et qui consiste à augmenter la rigueur des interdictions de publicité et de vente du tabac aux jeunes. Les modalités d’application de ces restrictions pourraient être financées par les droits prélevés sur les dépenses des fumeurs.

Attraction par des parfums

Le législateur a prévu d’interdire toute publicité sur des produits qui ont été enrichis en parfums ajoutés au tabac comme ceux des fruits utilisés dans la fabrication des bonbons, qui excitent davantage le désir des plus jeunes, comme c’est aussi le cas de la menthe. S’il s’avère que cette substance est susceptible d’augmenter encore l’attrait de la cigarette pour les plus jeunes et de ce fait d’accroitre son impact et par conséquent sa dangerosité, la FDA pourrait être autorisée à en limiter l’utilisation ou même de l’interdire complètement. Ce projet de loi a attiré de nombreux défenseurs mais au moins autant de détracteurs au sein du Congrès, de l’Administration Bush et même de fabricants de cigarettes. Pas plus tard que l’année dernière, malgré la recommandation d’un comité de la Maison Blanche suggérant de considérer le tabac comme une drogue, un membre de la FDA a rejeté l’idée de charger cette agence d’un poids supplémentaire ce qui a encouragé l’administration Bush à s’opposer à cette proposition. La menace des projets de réglementation de la consommation de tabac est en train de diviser l’alliance considéée comme incassable des plus grandes compagnies de cigarettes qui ont derrière elles une longue histoire de collaboration et de collusion en vue de combattre ensemble contre toute réglementation d’où qu’elle vienne et quelle que soit le moment de son application.

Une "bonne" compagnie

Alors que Philip Morris, compagnie dominante parmi les géants de cette industrie a plutôt approuvé ce projet de loi, les autres concurrents se sont empressés de s’y opposer vigoureusement. A cette situation, de mauvais esprits ont répliqué en arguant de l’occasion ainsi offerte à la première de tirer un avantage définitif par cette décision et cette attitude si bien qu’ils ont intitulé ce projet le « Loi sur la Monopole de Marlboro ». Même si certains fabricants espèrent bien encore tirer profit d’un marché américain considérablement réduit, ils vont se concentrer essentiellement sur le marché qui est en train de s’ouvrir largement à l’étranger. La stabilisation de la situation du tabac à l’intérieur des Etats-Unis correspond à un développement considérable et explosif du marché en dehors de ce pays. Pendant qu’une sociét den le sein de Philip Morris se conforme strictement aux lois américaines, une autre du groupe s’apprête à promouvoir et à mettre en vente dans le Sud Est asiatique une cigarette contenant un fort taux de nicotine. L’OMS estime qu’au cours du siècle dernier, 100 millions de fumeurs sont morts dans le monde de maladies induites par le tabac et que dix fois plus soit 1 milliard sont menacés du même destin eu cours de ce siècle si le taux des fumeurs est simplement maintenu à son niveau actuel et ce malgré tout ce que nous savons actuellement sur les dégâts résultant de l’habitude de fumer. C’est pour toutes ces raisons qu’anticipant les événement attendus du fait du tabagisme, l’OMS a promulgué son premier acte d’intervention dans la santé publique dans le Cadre de la Convention sur le Contrôle du tabac et qui était destiné de s’opposer à cette pandémie en créant une alliance entre les pays engagés dans la lutte pour le contrôle de l’usage du tabac par une série de mesures pour protéger la santé publique et par une politique de taxations.

Un Sénat attentiste

Si ce traité a été signé actuellement par plus de 150 pays, aucune nouvelle n’est parvenue encore sur l’imminence d’un recours au Sénat pour sa ratification. Profitant de l’occasion ainsi donnée pour remettre la question du contrôle du tabagisme à l’ordre du jour, pratiquement toutes les grandes organismes de santé se sont engouffrés dans cette brèche et en particulier la Société américaine sur le Cancer, la Société américaine de Cardiologie, de Pneumologie, qui toutes appuient fortement l’initiative de la proposition de loi émanant de la FDA. Les avertissements discrets et insignifiants, de faible portée inscrits sur les paquets de cigarettes constituent sans doute la meilleure preuve des efforts accomplis par les fabricants pour contourner la loi. Dès qu’on s’aperçut que les produits issus de l’industrie du tabac arboraient de telles inscriptions, l’industrie n’a cessé de discuter un litige avec un certain succès arguant du fait que ces produits sont dégagés de toute responsabilité par un mandat issu à partir du Congrès. Ces protections légales sont dues à des manoeuvres initiées par l’industrie comme moyen de défense contre d’éventuelles poursuites. Des critiques astucieux se sont appuyés sur ces compromis nécessaires à l’obtention d’un compromis baptisé « danse avec le diable ». Est-ce que le règlement de la FDA pourrait conduire à des interventions susceptibles de diminuer encore davantage la prévalence du tabagisme aux Etats-Unis et de ses effets sur le poids exercé par la maladie ?

Trop de morts

Actuellement, plus d’un adulte sur cinq compte parmi les fumeurs réguliers et plus de 430.000 décès sont à mettre sur le compte du tabagisme. Le projet de loi, à condition d’être approuvé ne serait que le début d’une réglementation susceptible d’être couronnée de succès au point de vue de son effet sur la santé publique. Ce qui n’empêche pas d’être vigilant pour s’assurer que le nouveau statut est bien susceptible de protéger le public des méfaits du tabagisme par le biais de la prévention et des efforts pour s’en débarrasser. Malgré ses limitations incluses dans sa forme initiale, le projet offre des leviers efficaces pour diminuer les conséquences néfastes de cette assuétude en tant que patologies diverses, handicaps et décès. Il serait sans doute efficace de lier les efforts sérieux pour réduire le poids des maladies induites par la consommation de tabac à ceux appliqués à travers le monde. Sauver des vies humaines des dommages provenant du fait de fumer ne saurait être considér comme un jeu sans résultats. De même ne saurait-on considérer que la nouvelle législation sur le tabac soit un moyen de conférer une nouvelle respectabilité à une industrie qui, comme l’a dit un juge fédéral s’est engagée dans un processus de racket et de fraude pendant plus d’un demi-siècle.

Questionnement éthique :

1. N’y a-t-il pas une tension d’ordre éthique entre les intérêts des grandes compagnies de tabac et le gouvernement qui prélève des taxes importantes sur toute vente de cigarettes ?

2. Quelle peut être la responsabilité de l’état dans le tabagisme si l’on se souvient que les jeunes recrues ont reçu, lors de leur enrôlement dans l’armée, des attributions gratuites de cartouches de cigarettes "troupe" à un âge où des habitudes néfastes sont prises rapidement ?

3. Comment analyser le décalage en consommation de tabac entre les pays occidentaux qui ont su maîtriser le tabagisme et les pays en développement qui attendent la cigarette comme une manne et fument actuellement de façon excessive ?

4. Dans les sources citées ici, le tabagisme passif a été curieusement passé sous silence aussi bien dans l’article du plus grand et du meilleur journal de médecine des Etats-Unis que des débats qui ont eu lieu dans les instances politiques. Quelles peuvent être les raisons de ce secret ?

The New England Journal of Medicine
Volume 359:445-448
July 31, 2008
Number 5
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FDA Regulation of Tobacco — Pitfalls and Possibilities
Allan M. Brandt, Ph.D.