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Est-ce que le hasard fait toujours bien les choses ?

Que ferait-on sans casinos, sans jeux ni hasard ?

Non, répondent les Canadiens

jeudi 11 février 2010, par Picospin

Ils sont plutôt encouragés si l’on en croit leur diffusion sauvage, intempestive et rapide favorisée, il est vrai par l’explosion des moyens informatiques qui permettent les paris en ligne.

Une séduction insurmontable

Cette attraction en séduit plus d’un au niveau des lotos et d’autres jeux, tombolas, paris parmi les différentes séductions offertes au peuple, surtout celui qui a le moins de moyens et qui compte sur le hasard pour se refaire une santé plutôt qu’à la formation au travail et à la montée progressive ou rapide des marches et de l’ascenseur social pour accéder à des niveaux de vie décents. Or cette dernière éventualité se fait de plus en plus rare à mesure que dans nos régimes, les pauvres deviennent de plus en plus pauvres et les riches de plus en plus riches. Le PMU attire tous les regards et toutes les convoitises comme on peut le constater en observant les longues files qui se construisent devant et en dedans des buralistes chargés de vendre les fameux paris qui vont permettre de faire d’un honnête pauvre un riche retors une fois qu’il aura mis ses billes dans l’irréversible mouvement du jeu, des manipulations et de l’argent trop facilement gagné.

Conséquences des jeux d’argent

L’attitude que je viens de décrire, non sans avoir l’intention à un moment opportun de la soumettre à critique, est loin de se concrétiser au Canada où les efforts en vue de promouvoir une éthique active, dynamique, adaptée au monde moderne sont soutenus, incessants et dignes de considération sinon d’admiration. C’est dans cette perspective, qu’il importe de citer les actions et déclarations de certaines personnalités qui ont accepté d’endosser des responsabilités sociales envers les personnes susceptible de succomber aux attraits des jeux de hasard. Tout en gardant le cap pour une offre de jeux de hasard sur internet dès l’automne, le président-directeur général de Loto-Québec ne s’oppose pas à ce qu’un organisme encadre les efforts visant à prévenir la population contre les dangers reliés au jeu compulsif. « J’ai proposé en 2004 un organisme indépendant, ce qui n’a pas été agréé à l’époque », rappelle-t-il, à l’occasion d’un dîner de la Chambre de commerce de Sherbrooke. « Ça fait partie du mandat de Loto-Québec d’encadrer la consommation », a ajouté le PDG, en précisant que « Loto-Québec visera toujours à maintenir l’équilibre entre sa mission économique et sa responsabilité sociale ».

Pétitions

Rappelons qu’une pétition en ligne contre les jeux en ligne, et réclamant un organisme de prévention du jeu, a été mise sur le site de l’Assemblée nationale. Il s’agit d’une initiative de la coalition « Éthique pour une modération du jeu ». Présentée à l’Assemblée nationale, la pétition sera en cours pendant trois mois, soit jusqu’au 8 mai. Un jour après sa mise en ligne, la pétition recueillait 681 signatures. Les opposants aux jeux d’argent en ligne de Loto-Québec n’ont pas tardé à se manifester ; ils viennent de lancer une pétition qui est accessible au public sur le site de l’Assemblée nationale. La coalition Éthique pour une modération du jeu vient en effet de lancer sa pétition dénonçant le projet de Loto-Québec de se lancer dès septembre dans le domaine du pari sportif et du poker en ligne. D’ailleurs, ce projet qui est appuyé par le ministre des Finances n’est ni plus ni moins qu’un casino sur Internet. On prévoit d’autoriser Loto-Québec à se lancer dans les jeux de hasard et d’argent en commençant avec le poker et le pari sportif en ligne. Loto-Québec et le ministre ont justifié cette intervention dans le domaine en affirmant que ces jeux existaient déjà et qu’ils étaient souvent illégaux. « Pour nous, ça correspond à une augmentation assez importante de l’offre de jeu au niveau qualitatif. "C’est vrai qu’il y a des jeux illégaux sur Internet mais ceux-ci ont un faible pouvoir d’attraction, alors qu’un jeu légal, des jeux en ligne qui ont le label « approuvé par l’État ? » risquent de susciter beaucoup plus d’intérêt ».

Demande d’annulation du projet

La pétition demande au gouvernement de surseoir immédiatement au projet de jeux d’argent et de hasard en ligne par Loto-Québec. La pétition demande aussi de créer un organisme indépendant, qui serait responsable de coordonner les efforts de prévention et de recherche sur ces jeux de hasard et d’argent. L’organisme indépendant aurait aussi pour mandat de proposer des mesures concrètes visant à réduire l’accessibilité à ces jeux au sein de la population. La coalition déplore le fait que la décision de lancer Loto-Québec dans ces jeux de hasard en ligne ait été prise sans la tenue d’un véritable débat public sur la question. « Est-ce que parce que le crime le fait, il faut qu’on le fasse et qu’on le fasse mieux et qu’on fasse plus de dommages ? Nous ne sommes pas contre les jeux de hasard et d’argent, on n’est pas pour la prohibition, mais on considère que ce sont des jeux dangereux et que les prérogatives de santé publique doivent dominer les préoccupations financières. On comprend que le gouvernement du Québec ait besoin de cash, mais ce besoin ne doit pas se faire au détriment de la santé des Québécois. Est-ce que ces propositions sont en accord avec les principes philosophiques actuels ?

Crimes sans victimes ?

On parle de crime sans victimes à moins de considérer le joueur, fameux personnage statufié par le génie de Dostoievski, comme une victime de ses débordements devant l’attrait du jeu dont on peut supposer qu’il est plus le fruit d’un plaisir exacerbé du stress que d’un véritable besoin de posséder de fortes sommes d’argent sans recourir au moyen habituel de s’en procurer par le travail. Les philosophes estiment que l’Etat doit éviter le paternalisme légal ou organisé et ne pas fabriquer des lois qui interdisent des actes aux conséquences néfastes que pour soi-même comme le suicide, le jeu, l’oisiveté, l’ivresse. Dans cette perspective, nous sommes loin du compte dans nos sociétés où seul le jeu est relativement autorisé sinon encouragé contre une fustigation de l’ivresse et du suicide. Il est vrai que dans un système de solidarité de la santé ces actes sont couteux pour la société qui répugne à les soutenir financièrement. Cette opinion et ces mesures ne rencontrent pas que des adeptes si l’on veut bien prendre la peine de consulter l’avis de personnalités comme Hannah Arendt qui clame la nécessité de protéger les autres de l’injustice, mais jamais nous-mêmes. Ces prises de position sont peut-être anachroniques et dépendent du régime politique, juridique, religieux, culturel dans lequel vit une communauté donnée.