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Faut-il réconcilier les Français avec l’idée de capital ?

Que penser de l’investissement éthique ?

Comment traiter ce problème qui semble loin de ces considérations ?

jeudi 17 juillet 2008, par Picospin

Seul un tiers des Français pensent que "les principes de la libre entreprise et de l’économie de marché sont le meilleur système sur lequel fonder l’avenir du monde", alors que c’est le cas pour plus des deux tiers de la population chez tous nos voisins d’Europe continentale.

Recherche du profit

Les Français perçoivent la recherche du profit comme l’ennemi de la qualité de vie, la Bourse comme le terrain de jeu favori de spéculateurs à court-terme. Tout n’est pas faux dans ce sentiment d’une perte de contrôle. A l’heure de l’entreprise globale, les pays sont en compétition pour maintenir leur caractère attractif. La menace permanente de voir migrer les sièges sociaux et les centres de recherche et de production dissuadent les autorités d’adopter des lois - en matière d’environnement ou de protection des employés par exemple - qui refléteraient les aspirations de leur population. Ni le rejet des mécanismes de marché, ni le protectionnisme ne fournissent des solutions. Comment pourraient-ils forcer les consommateurs étrangers à acheter nos voitures et nos avions si ceux-ci étaient plus chers ? Et comment résoudraient-ils les problèmes liés à la détérioration globale de l’environnement ou à celle des conditions de travail dans les pays pauvres ? La solution n’est-elle pas plutôt de la chercher dans un usage pertinent du marché financier lui-même.

Investissement dans un sens éthique

Il se trouve qu’un large groupe d’investisseurs, individuels et institutionnels, manifeste aujourd’hui le désir d’investir de manière à se trouver en conformité avec les valeurs éthiques. Avec un taux de croissance de 36% en 2007, le marché de l’ISR (Investissement socialement responsable) est une des tendances de fond actuelles en matière de gestion d’actifs. Il y a déjà plus de 1 000 milliards d’euros qui soient gérés en Europe selon des critères notamment éthiques, et ce phénomène est plus général que l’on ne pense puisque 2 600 milliards de dollars sont déjà gérés aux Etats-Unis si l’on tient compte des critères de responsabilité sociale et environnementale, ce qui représente plus de 11% de la masse totale des actifs financiers gérés dans ce pays. Les principes de l’"investissement responsable" tels que le définissent les Nations Unies, s’engageant à prendre en compte les informations sur la politique sociale et environnementale des entreprises dans leurs choix d’investissement, ont ainsi été souscrits aujourd’hui par les professionnels de la finance qui gérent au total plus de 13 000 milliards de dollars.

Ascension ?

Mais ce mouvement doit convaincre davantage d’investisseurs pour qu’il puisse poursuivre son ascension et d’atteindre la masse critique nécessaire pour exercer un impact significatif sur le comportement des entreprises. Il doit en particulier convaincre les investisseurs les plus pragmatiques qu’"investir responsable" signifie réellement les valeurs qu’ils souhaitent exprimer, que cela n’augmente pas le risque de leur épargne et que cela conduira les entreprises à orienter leurs pratiques vers plus de durabilité. Il est aujourd’hui possible de satisfaire à ces trois conditions si l’on choisit rigoureusement ses valeurs et la manière de les exprimer dans son portefeuille. Il faut par exemple des valeurs suffisamment consensuelles pour rallier une fraction importante d’investisseurs mondiaux. Elles sont au nombre de trois : 1. la protection de l’environnement, 2. le comportement de l’entreprise avec les employés et 3. la sécurité des produits pour le consommateur. Faire de ces trois les piliers de la constitution d’un portefeuille "pragmatique" réalise la manière d’exprimer ces valeurs éthiques.

Les trois piliers non de la sagesse mais de la sécurité

Le développement d’agences de ratings spécialisées dans les notations éthiques et la gamme des produits financiers les utilisant permettent désormais aux individus comme aux institutions d’investir dans les entreprises qui reflètent le mieux ces valeurs. Si cette "solution" ne repose ni sur un appel à l’altruisme des managers ni sur le pari que les entreprises les plus vertueuses sont au bout du compte les plus profitables, est pénalisante pour une entreprise d’être boycottée par une fraction importante des investisseurs de la place, ce qui l’obligera à faire les efforts nécessaires pour éviter toute "mise à l’index". Si l’ISR parvient à convaincre les Français qu’être actionnaire peut signifier transmettre des valeurs et que la Bourse peut fonctionner comme une démocratie qui additionne les aspirations de chacun, un grand pas aura été franchi.

Une réconciliation ou une meilleure compréhension

Cette réconciliation des Français avec les mécanismes du capitalisme financier pourrait présager d’une réappropriation par la collectivité d’un sens du contrôle de son destin. Cette promesse de démystification du "Grand Méchant Marché" se double de la possibilité de faire sentir les avantages de la transition vers un régime de retraites où la capitalisation pourrait jouer un rôle plus important. Le souci de responsabilité sociale que nous pouvons insuffler aux entreprises dépendra directement du poids collectif qui pourra être exercé par notre rôle d’actionnaires.

Questionnement éthique :

1. Quelles sont les raisons qui incitent la majorité des Français à déligitimer le système libéral ou capitaliste ?

2. Par quel système pourrait-on le remplacer qui existe déjà et qui aurait montré des signes de réussite ailleurs, dans d’autres pays, d’autres communautés ou d’autres organisations humaines ?

3. Faut-il accuser nécessairement le capitalisme de mal répartir l’argent investi dans le travail, l’ingéniosité des autres ?

4. Est-ce qu’un investissement dynamique, équitable, juste et pratiqué à bon escient dans des entreprises qui sont reconnues pour la qualité de leur travail est nécessairement porteur d’inégalités, de mauvaise utilisation des apports financiers ou de non respect des règles éthiques ?