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Une affaire qui dure

Que s’est-il passé au Rwanda ?

Les suites des implications étrangères au Rwanda

mercredi 6 août 2008, par Picospin

Deux ans plus tard le président Kagamé, qui a pris connaissance du rapport en novembre 200e parallèle avec le rapport de la mission d’information parlementaire française de 1998 est frappant dans la mesure où sont mentionnés les faits relatifs aux accords de coopération, dispositifs militaires, discours officiels et officieux, au soutien aux Interhamwe, les miliciens du génocide, aux discours sur la ségrégation et les massacres ethniques, au fichage des populations, pourparlers de paix, actions des Belges, intervention de l’ONU, à l’appui militaire, aux livraisons d’armes, aux tractations diplomatiques et finalement, à la si controversée opération Turquoise.

Des reproches fondés ?

Très documentée, la recension examine les « faits reprochés à la France » pour conclure que la France devait savoir qu’un génocide était en cours de préparation, hypothèse qui découle de l’évolution du contexte politique et sécuritaire du pays ainsi que de la position privilégiée des agents français dans tous les rouages de l’appareil sécuritaire du pays. En organisant une présentation publique par trois ministres (Affaires étrangères, Justice et Information), Kigali veut frapper fort en concluant que la France était au courant des préparatifs du génocide qu’elle a participé aux principales initiatives de préparation du génocide, qu’elle a participé à la mise en exécution du génocide et que l’armée française, force occupante légitime, est responsable de la continuation des opérations du génocide dans sa « Zone humanitaire sûr et de recommander que le gouvernement rwandais s’efforce d’enjoindre les instances habilitées à entreprendre les actions requises afin d’amener les responsables politiques et militaires français incriminés à répondre de leurs actes devant la justice. » Que faut-il penser de cette nouvelle contribution officielle à l’histoire du génocide rwandais ? 1. les faits décrits (sous réserve d’une lecture plus précise des témoignages, notamment sur des cas de viols commis par des militaires français pendant Turquoise) sont pour la plupart connus de longue date. 2. Le soutien politique, financier, logistique français aux Interhamwe, dès février 1992, est très documenté. 3. L’idée que la France a soutenu le régime Habyrimana au-delà du raisonnable est aussi établi. Idem pour les événements de Bisesero, Kibuye ou Cyangugu, où l’armée française facilita l’exfiltration des principaux membres du gouvernement intérimaire (GIR), responsable du génocide. 4. ce texte est plus un rapport qu’un acte d’accusation. 5. si vous maintenez mandats d’arrêt et accusations contre nous, vos responsables devront, eux aussi, répondre de leurs actes devant la justice internationale.

Une polémique qui prend feu

La polémique oppose en France les tenants de la "Realpolitik" et les partisans de la vérité historique, au risque d’occulter trois réalités : 1. les militaires ont toujours beaucoup plus parlé que les politiques. 2. une information judiciaire pour « complicité de génocide » est ouverte au Tribunal aux armées de Paris. 3. Faute de relations diplomatiques entre les deux pays, l’enquête est au point mort. 4. Malgré les efforts de part et d’autre, certaines archives restent inaccessibles aux chercheurs et aux journalistes, à Paris comme à Kigali. Comme le tissu des faits est difficile à démêler, la vérité risque d’être enfermée dans ses mailles denses et épaisses. 5. Dans ces conditions, quelles seraient les décisions éthiques et les plus logiques à prendre dans l’intérêt des deux partis, surtout de la vérité et des victimes de ces faits attristants contre lesquels toutes les mesures doivent être prises pour en éviter le retour. Pour mieux éclairer l’opinion des lecteurs, qu’il nous soit permis d’introduire dans ce texte les preuves montrant l’implication de l’état français dans le génocide perpétré. La « Fédération des Français à l’étranger » au Burundi, affiliée au Parti socialiste, a fait parvenir aux dirigeants nationaux du PS une motion danslaquelle on peut lire notamment : « Février 1993 : Dix mois après, le Rwanda est plus que jamais à feu et à sang. Des organisations internationales ont mis à jour plusieurs charniers. Les milices du général Habyarimana recommencent à massacrer les populations tutsies en toute impunité. (…) Ainsi l’intervention militaire française au Rwanda n’aura réussi ni à éviter les massacres, ni à rétablir la paix dans la région. Pire, il apparaît aujourd’hui que la présence militaire française dans ce pays aura surtout permis à Habyarimana d’ordonner les atrocités que l’on sait sous couvert d’une protection internationale. » Les témoignages des atrocités ne manquent pas. "On mourait coupé à la machette comme des chèvres au marché. On ressemblait à des animaux et eux avaient pris l’habitude de nous nous voir comme des animaux. En vérité, ce sont eux qui étaient devenus des animaux, pire que des animaux de la brousse parce qu’ils ne savaient plus pourquoi ils nous tuaient. "

Une protection internationale

Le secrétariat international du parti socialiste fit parvenir à l’Agence France Presse cette déclaration signée par Gérard Fuchs :« Je m’interroge sur la décision d’envoyer de nouvelles troupes françaises au Rwanda, alors que les violations des Droits de l’Homme par le régime du général Habyarimana ne cessent de se multiplier. J’espère que soit notre ministre de la Coopération trouvera à Kigali des raisons convaincantes à une présence militaire qui apparaît aujourd’hui comme un secours au régime dictatorial aux abois, soit il sera mis fin à cette présence. » Pour la Commission, il faut insérer les épisodes de participation directe aux combats dans le dispositif plus large de l’intervention militaire française et plutôt voir le caractère complémentaire des différentes composantes de cette intervention. Cette participation directe aux combats a été systématique à chacune des offensives importantes du FPR. On la perçoit en octobre 1990, en janvier 1991, de juin à septembre 1992 et enfin en février 1993.

Sources :

"Rue 89" 5 août 2008.

Hatzfeld J. "Dans le Nu de la vie". Récits des marais rwandais. Paris ; Points. 2000.

Questionnement éthique :

1. Quelles sont les origines du génocide des Tutsi ? Les documents des archives de la Présidence de la République française font apparaître que les autorités françaises ont été régulièrement informées dans les années 1990 à 1994 des risques de massacres ethniques de grande ampleur et de l’intention de certains des acteurs d’exterminer les Tutsi.

2. Est-ce que les autorités françaises étaient au courant des intentions de génocide ? Le général Varret, de l’armée française, a rapporté aux députés français avoir entendu en 1990 du principal responsable de la gendarmerie rwandaise l’explication suivante à propos des Tutsi : « ils sont très peu nombreux, nous allons les liquider »

3. Quelles dont été les conséquences du massacre des Tutsi par les Hutu ? l apparait que plusieurs États, en général à travers l’ONU, dont la France, particulièrement impliquée au Rwanda, ne semblent pas avoir su ou voulu adapter leurs actions en distinguant bien les massacres génocidaires de la guerre civile. Les États-Unis, marqués par le fiasco somalien récent, et l’ensemble du Conseil de sécurité refusèrent de qualifier à temps les massacres de génocide, ce qui empêcha de faire jouer la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide qui obligeait les États signataires à intervenir.

4. Quelles ont été les conséquences du génocide au Rwanda ?
Les témoignages et commentaires de ces exactions montrent à quel point le travail génocidaire était vécu et organisé comme une sorte de service public, doublé de pillages et de répartition des butins, la difficulté de cohabiter à nouveau après le génocide entre tueurs et rescapés et la façon dont la volonté politique de réconciliation est ressentie par les uns et les autres.

Epilogue : la France obtient des Nations unies l’organisation de l’opération Turquoise du 22 juin au 22 août 1994, date prévue du déploiement de la MINUAR 2. Elle obtient ensuite la création, dans le sud-ouest du Rwanda, d’une « zone humanitaire sûre », le 4 juillet 1994, après quelques accrochages avec le FPR. Cette opération française donna lieu à de vives controverses à travers le monde. Le 17 juillet 1994, un convoi des FAR s’arrête dans une villa de Cyangugu, dans le sud de la ZHS contrôlée par les Français. Le commandant du secteur, le lieutenant-colonel Jacques Hogard, s’assure de l’identité des membres du convoi, avec un groupe de commandos du 2e REP, et identifie deux génocidaires : le président de la République et le ministre des Affaires étrangères. Bien que la Convention de l’ONU sur le génocide permettait leur arrestation, les militaires français leur donnent 24 heures pour « foutre le camp », et demandent des ordres à Paris. Le lendemain, les ordres tombent, mais le convoi d’une centaine de personnes est déjà passé au Zaïre. Les militaires français ont localisé la Radio Mille Collines, qui appelait aux massacres, mais Paris leur a ordonné de ne rien faire. Les extrémistes hutu restent une menace permanente et justifient des interventions déstabilisatrices et souvent meurtrières vivement dénoncées par la RDC. Ces interventions s’inscrivent dans la première et la deuxième guerre du Congo dans laquelle une dizaine de pays africains se sont impliqués et qui ont coûté la vie d’au moins 3 à 4 millions de Congolais.

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