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Le dur chemin de l’égalité des chances

Quel avenir pour nos enfants au nom de la sacralisation de l’égalité ?

Sur quel pied danser ?

mercredi 14 juillet 2010, par Picospin

Nos enfants, je veux parler des petits Français qui passent près de trois mois avant les véritables vacances d’été à savoir ce qu’ils vont devenir passent sur les sauts d’obstacles en se demandant combien de genoux, de chevilles, d’entorses ils vont laisser après les efforts gigantesques auxquels ils ont consenti pour se montrer dignes des investissements que leurs parents ont exigé d’eux pour montrer aux autres les capacités de leur descendance, les mérites des géniteurs de leur avoir ouvert une route semée d’embûches.

Il s’agit en quelque sorte de voir revenir assez rapidement le retour d’investissement attendu au décours de tant de sacrifices, de privations, d’angoisses sinon de souffrances. On peut se demander au nom de quoi, de quels principes, de quelle religion, autant de travail est exigé dans la sueur et les larmes de la part de jeunes gens encore pleins d’énergie et qui risquent de la voir s’éroder dans une entropie qui emporte tout sur son passage, depuis la joie, l’enthousiasme, l’accomplissement de projets jusqu’à la terreur de l’échec qui en accule certains au désespoir sinon au suicide. Tout ceci eu nome de l’égalité des chances, d’une éventuelle injustice perpétrée sur certains au détriment des mérites des autres. Est-ce que ces principes devenus sacrés ne sacrifient pas sur leur passage l’être humain au principes et la réalité à la théorie. Au bout de ces épreuves aussi dures que celles imposées aux habitants de quelque terre lointaine d’Afrique, ne risque-t-on pas de récupérer un enfant exténué, vidé d’enthousiasme et surtout de joie de vivre ? Que devient le mérite scolaire face à l’extension du marché devenu mode de régulation des rapports sociaux à l’échelle nationale et mondiale ? ». Une réflexion d’actualité au moment où les effets pervers du système méritocratique sont soulignés, et où les politiques insistent sur les dispositifs d’égalité des chances. La formule de Nicolas Sarkozy « travailler plus pour gagner plus » résume une idéologie qui met en exergue la responsabilité personnelle de chacun dans sa réussite sociale, et donc aussi ses échecs. Certes, l’idéologie méritocratique n’est pas nouvelle puisqu’elle est au cœur des sociétés démocratiques et libérales : dès lors que nous sommes en droit tous égaux, la société doit nous permette de satisfaire nos aspirations et de déployer nos talents, pour le grand bien de tous. C’est là un gage de justice et d’efficacité, à condition que les personnes ne soient ni entravées ni favorisées indûment par des caractéristiques sans rapport avec leurs talents personnels, leur milieu d’origine, leurs relations. L’évaluation du mérite scolaire est très particulière : les notes se fondent moins pas sur l’ensemble des compétences des élèves que sur celles que l’école choisit de valoriser. Elles résultent d’autres facteurs : d’un certain savoir-faire des élèves, de certaines pratiques et normes des enseignants et, plus globalement, du fonctionnement de l’institution. La méritocratie n’est elle pas fonctionnelle et consensuelle quand elle permet de résoudre la tension qui oppose le principe d’égalité de tous et la réalité des inégalités de fait. La croyance dans la méritocratie s’impose d’autant plus aujourd’hui que les inégalités sociales ne semblent pas en passe de s’estomper. Ce qui est injuste, c’est que certains enfants aient trouvé dans leurs berceaux les ingrédients leur permettant ensuite de mériter des carrières scolaires bien plus prometteuses que d’autres. Si donc on ne peut qu’approuver, pour leur portée symbolique, les mesures de discrimination positive comme les voies spécifiques d’accès aux grandes écoles pour les jeunes des zones défavorisées, ce type de mesures est bien trop ponctuel et tardif pour avoir un effet significatif sur les inégalités sociales des carrières scolaires. Le politique ne doit-il pas convaincre qu’on a fait quelque chose et que ceux qui ont voulu saisir leur chance ont pu le faire. Croire que le mérite est ou sera forcément récompensé est une « fiction nécessaire » pour l’école. L’intervenant anglais qui participe au débat s’efforce de montrer pour quelles raisons les relations qui existent entre le degré d’éducation, l’accès aux emplois et les formes de récompense sont de plus en plus déconnectées et d’analyser les raisons des conséquences de l’idée si répandue de la méritocratie basée sur le niveau d’éducation. Les démocraties tolèrent de plus en plus les inégalités comme le fait le capitalisme envers l’inefficacité. L’important est de faire un petit peu mieux que son concurrent sans pour autant exceller dans son domaine. La justification de la méritocratie est basée sur l’idée que ceux issus de milieux privilégiés seraient incompétents. L’expansion d’un niveau plus élevé d’éducation souligne le fait que les enfants des classes moyennes risquent d’être précipités vers le bas ce qui ne signifie nullement que la plupart d’entre eux ne se montreront pas capables de glaner de modestes lauriers. Cette évolution signifie que le système reste capable d’en satisfaire beaucoup malgré un degré élevé d’inégalités dont les limites sont inconnues. Saurons-nous jamais de quoi auraient été capables ceux qui n’ont jamais eu l’occasion d’accéder aux écoles et à l’enseignement de l’élite. On veut seulement espérer que ces inégalités n’empêcheront pas les enfant de dormir, de rêver, d’imaginer un avenir enchanteur sans se laisser aller à la chute et l’aspiration au désespoir comme le feraient les planètes englouties définitivement dans les trous noirs laissés à l’imagination des scientifiques.