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De l’hypertension à l’obésité, quelles perspectives ?

Quel régime pour nos gouvernants ?

En font-ils trop ?

dimanche 5 octobre 2008, par Picospin

Ces affirmations péremptoires qui ne les empêchent pas de rester fort prudentes sont d’autant moins compréhensibles pour les nombreux béotiens que nous sommes qu’elles sont exprimées par une foison de termes techniques qui n’ont jamais été expliqués aux enfants que nous avons été puis aux adultes que nous sommes devenus. La tradition de l’Education Nationale est de taire tous les sujets qui ont trait à l’argent, y compris les opérations financières parce qu’ils sont sales par nature et par définition. Preuve en est que l’argent doit être blanchi dans les eaux bleues du Pacifique avant de pouvoir le toucher ou le manipuler.

Défauts d’éducation ?

Le résultat de cette éducation et de ses sacro-saints programmes s’affiche de façon lumineuse dans nos cerveaux endormis sous la forme d’une léthargie qui nous envahit de bas en haut à mesure que les termes mystérieux défilent devant nos yeux ahuris, nos oreilles inaccoutumées à ces sonorités étranges et nos tentatives inabouties de coucher sur le papier les colonnes de chiffres transmises par les banquiers et financiers désarçonnés, golden boys en tous genres, énarques sur le carreau, tous ébahis par ce qui vient d’arriver, et qui les laisse pantelants tant ils avaient pris l’habitude de voir s’écouler devant leurs yeux souvent ravis, parfois éblouis, les flux monétaires activés, les dettes remboursées, les gains accumulés. Certains se mettent à rêver d’un autre monde, pas nécessairement celui du facteur sur son vélo qui ne sait s’il doit encourager le meurtrier d’un honnête homme, grand commis de l’état ou fustiger le crime inutile sinon gratuit - comme autrefois celui de Gide à travers le personnage de Lafcadio - d’un certain Jean Marc Rouillan, soudain promu au grade de héros parce qu’il avait eu l’immense courage d’assassiner dans le dos un PDG au moment où ce dernier descendait dans la rue pour montrer, aux yeux du monde au plus, à la France médusée au moins ce que signifiait la justice des hommes. Loin du crime, celui de Rouillan exhumé, celui de Simpson réactualisé, le monde revient à ses vrais démons. C’est le souvenir tenace et douloureux de la crise américaine de 1929 qui continue de terrifier plus par la mémoire et les impressions qu’elle réveille et mobilise que par ses véritables effets sur les places boursières.

Promotion d’un meurtrier

Le choc émotionnel sur l’individu qui perd son emploi du jour au lendemain tient aux effets délétères de la désinsertion sociale dans une civilisation où le faire et le paraître gardent sans doute un impact plus profond et plus déchirant que sur notre vieux continent qui en a vu d’autres et en tout cas qui n’avait pas encore vu la 2è guerre mondiale à la fin des années 20. Un universitaire rappelle cette triste et émouvante période en évoquant la succession des évènements qui ont conduit à une dégradation de la situation non pas sur l’instant mais avec un effet de retardement puisque en 1929, il y avait eu un krach boursier suite à une spéculation débridée", comme l’atteste Paul Jorion, professeur invité à l’université de Californie qui ajoute que selon lui, "c’est en 1933, quatre ans après 1929, que la situation est devenue critique avec un taux chômage de plus 20 % et une population en détresse". "Le système social américain est trop peu protecteur pour éviter le pire. Lorsque vous perdez votre emploi aux Etats-Unis, vous ne gagnez que 10 % à 20 % de votre salaire pendant neuf mois et vous perdez automatiquement votre assurance-maladie". Cassandre japonais, Ben Bernanke répète à qui veut l’entendre que les Etats-Unis doivent redouter "un syndrome à la japonaise", autrement dit un système bancaire en déconfiture pendant plus de dix ans. Les analystes de Merrill Lynch prédisent aussi plusieurs années difficiles, se référant à la mise en place du fonds de défaisance de 1989, comparable au plan Paulson. Destiné à résoudre la crise des caisses d’épargne, ce fonds a mis un an avant d’avoir des effets positifs sur la Bourse, deux sur l’économie et trois sur le marché immobilier. Pour les experts, si le scénario de 1929 est évité, les Etats-Unis n’échapperont donc pas à une sévère récession. Et très vite, les autorités pourraient avoir à intervenir à nouveau. Ce plan "est un début", prédit Nancy Pelosi, la Présidente la Chambre des Représentants aux Etats-Unis.

Fierté ?

Pendant que certains membres de la haute administration expriment publiquement leur fierté d’avoir su faire face à le crise, la réalité est sans doute plus complexe et plus menaçante malgré l’autosatisfaction du ¨président Bush qui clame sur les toits, même les moins hauts après l’effondrement des Twin Towers que nous avons agi courageusement pour éviter que la crise à Wall Street [ne se propage à l’ensemble] du pays. Nous avons montré au monde entier que les Etats-Unis stabiliseront les marchés financiers et tiendront leur rôle de leader dans l’économie mondiale", a commenté M.Bush, prévenant que la mesure prendrait sans doute "du temps" avant de soulager l’économie. On est moins optimiste sur la côte ouest où l’exilé autrichien, gouverneur de l’état de Californie qui connait le prix d’un combat et qui est actuellement à court de capitaux, a ainsi alerté qu’il pourrait réclamer une aide d’urgence de 7 milliards de dollars. Mercredi, un fonds pour les universités a été gelé, "obligeant 1 000 écoles et collèges à devoir se battre pour payer leurs professeurs", signalait le Wall Street Journal, vendredi. Il est vrai que dans cet état, la situation économique et sociale est sans doute plus grave qu’ailleurs puisque cet état apparemment riche couvre traditionnellement une grande partie des frais d’études de ses jeunes habitants ce qui est une exception dans un pays où la majorité des institutions est privée et la couverture de la formation universitaire assurée par la famille sinon plus rarement par des bourses. L’idée de la création d’un fond de soutien pour relancer le système bancaire continue de créer divisions et confusions au sein des partenaires européens. Alors que cette idée était imputée à la France, Nicolas Sarkozy a catégoriquement démenti "le montant et le principe" de cette initiative et a invité les chefs d’Etat et de gouvernement des quatre membres européens du G8 (Allemagne, France, Grande-Bretagne, Italie), ainsi que les présidents de la Commission européenne, José Manuel Barroso, de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, et de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, samedi à l’Elysée pour une réunion d’urgence.

Quelle relance ?

A cette occasion, l’application d’un plan de relance devrait être décidée. Les économistes s’attendent à ce que la BCE prenne la décision d’abaisser ses taux au plus tôt au dernier trimestre 2008, voire au premier trimestre 2009. A l’issue d’un déjeuner de travail à l’Elysée avec Nicolas Sarkozy, jeudi 2 octobre, le premier ministre néerlandais, Jan Peter Balkenende, s’est dit opposé à la création d’un tel fonds, alors que l’initiative avait été imputée à son gouvernement dans la matinée. Un porte-parole de son gouvernement avait annoncé que son pays réfléchissait à une coordination des fonds de garantie nationaux et non un fonds européen. Le premier ministre a évoqué un "malentendu" et a insisté sur la nécessaire "coordination" des pays membres de l’Union européenne face à la crise financière. Une marche arrière qui va rassurer les dirigeants allemands. Si, au niveau des gouvernants les traits se tirent, les yeux se creusent, les rides s’approfondissent, les tours de taille augmentent ce qui ne laisse pas d’inquiéter les vestales de la bonne bouffe recommandant 3 fois par jour d’éviter le sel, les graisses, le sucre aux repas. Est-il bien certain que ces conseils hygiéno-diététiques seront suivis à la lettre ? Sous peine pour les citoyens des « grandes » puissances à devoir mettre une fois de plus la main au portefeuille pour couvrir les frais médicaux des puissants de ce monde dont certains seront atteints par l’obésité, l’infarctus, sinon l’hypertension. Belle perspective !!!!

Questionnement éthique :

1. Quelle peut être l’efficacité des nombreuses réunions entre les "grands" au cours desquelles les réflexions n’occupent qu’un temps limité par rapport aux relations avec les medias, les communiqués d’autosatisfaction, les manifestations narcissiques et le rythme effréné des voyages ?

2. Quelle est la proportion du véritable temps consacré à la mise au point de stratégies, de politiques rationnelles ?

3. Ne convient-il pas de réduire le nombre des participants à ces réunions à moins de 5 ?

4. Ne peut-on résoudre une grande partie des problèmes qui se posent aux gouvernements par des communications d’ordre électronique qui peuvent facilement remplacer les longs et coûteux voyages en avion qui consomment et polluent ?