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Combien de minarets et combien de haut ?

Quelle altitude pour un referendum ?

L’art de l’harmonie et de l’urbanisme

samedi 5 décembre 2009, par Picospin

Nos invités répondent que pour eux il n’y a pas de problème, qu’ils n’ont pas remarqué une revendication des musulmans de France à construire de minarets partout, mais ils se disent inquiets du débat ! C’est donc le débat qui se mord la queue. Il est souvent abusif et un peu facile d’affirmer qu’un débat embarrassant est monté de toutes pièces par les médias friands de polémiques. C’est le type même, moins d’une construction médiatique concertée que du réflexe médiatique et politique

Absurde ou raisonnable ?

Et l’on en arrive à des déclarations aux confins du déraisonnable jusqu’à entendre des sentences comme les salles de prière sont indispensables, mais faut-il des minarets au-dessus ? Est-ce que ça veut dire qu’il est contre les minarets en eux-mêmes ? Non, bien sûr. En tout cas ce n’est pas la position de son parti. Aucune loi, aucune réglementation spécifique n’est en préparation sur cette question, tout simplement parce que la question ne se pose pas dans notre pays... Et pourtant le Figaro a commandé un sondage sur le sujet. La question posée par l’IFOP est la suivante : « En France, êtes-vous favorable à l’interdiction de la construction de minarets, c’est-à-dire de tours situées à côté des mosquées ? »... « Êtes-vous favorable ». La réponse est « oui » à 46% et « non » à 40%. L’IFOP et le Figaro posent une question qui ne se pose pas et qui, en plus, ne veut rien dire. Combien de minarets ? Où ? Un peu comme si on vous demandait : « Voulez vous qu’il pleuve la semaine prochaine ? » -Non, j’ai tennis. Ou, même question formulée comme « voulez vous que les nappes phréatiques se remplissent la semaine prochaine ? » -Oui, bien sûr...De son côté, le même jour, l’institut BVA publiait un sondage pour Canal Plus. La question était moins manipulatrice : « Si un tel référendum avait lieu en France, vous personnellement, voteriez-vous l’interdiction des minarets ? » : 43% oui, 55% non. Donc à l’inverse des Suisses et à l’inverse du sondage IFOP le Figaro.

Une réponse artificielle

Quand une question ne se pose pas dans la vraie vie, la réponse est forcément artificielle et totalement tributaire de la formulation. Mais on frise la malhonnêteté intellectuelle avec le titre du Figaro : « Les Français de plus en plus hostiles à la construction des mosquées ». Avec, en une, une photo de minaret. Le Figaro compare les chiffres de la tolérance à la construction de mosquées entre 1989 et aujourd’hui à travers 4 sondages, 1989, 1994, 2001 et 2009. Pour les trois premiers sondages, les chiffres sont comparables et aujourd’hui le nombre de Français opposés à la construction de mosquées (on ne parle plus de minarets) est en hausse. Il faut dire que cette année, la question est posée en plein faux débat sur les minarets et en plein débat cafouilleux sur l’identité nationale. Et surtout personne ne peut dire, aux vues de ces chiffres, si ce refus grandissant de voir se construire des mosquées est une manifestation d’islamophobie ou bien une manifestation de la lente mais sûre sécularisation de notre société. Que donnerait la même question sur la construction des églises ? On le voit bien, le débat est vicié. Il ne prendrait pas une telle ampleur de baudruche s’il n’y avait pas ce malencontreux débat sur l’identité française.

Méditations

Eric Besson pourra méditer longtemps sur les conséquences en chaine de son initiative. Dans la majorité, en tout cas, de plus en plus de voix s’élèvent contre cette idée perverse de vouloir que la Nation s’interroge sur son identité et surtout de confier au ministre de l’Immigration le soin d’animer un tel débat. Nicolas Sarkozy, lui-même, a fini par comprendre qu’on ne joue pas avec une grenade dégoupillée. Il a finalement renoncé à prononcer le discours initialement prévu lors du colloque qui se tient aujourd’hui à l’initiative de l’institut Montaigne et du journal Le Monde. Colloque qui a pour thème : « Qu’est-ce qu’être Français ». Le referendum helvétique sur l’édification des minarets évoque irrémédiablement celle des constructions de 800 m de haut auxquelles se sont livrés quelques états du Golfe pour asseoir leur supériorité sur celles de leurs éventuels concurrents. Qui bâtira les monuments, les bâtiments les plus élevés pour battre la hauteur des concurrents même s’il s’agit de Coca Cola ? Comment atteindre le ciel plus vite, plus tôt, de manière plus démonstrative que les autres ? Dans cette compétition, les questions d’harmonie, de spiritualité, d’urbanisme, de beauté ne jouent qu’un rôle mineur par rapport à la victoire géométrique à remporter sur les autres, fussent-ils des religieux, des profanes, des athées, des agnostiques sinon des polythéistes.

Rester dans le beau

Ne convient-il pas dans une compétition de ce type, surtout quand il s’agit d’être confronté à d’autres monothéismes, rester dans la beauté, plus que dans l’altitude, dans l’harmonie, plus que dans le chaos, dans l’artistique plus que dans la performance technique ? Autrement dit, ni la confrontation des nombres, ni celle de la compétition, ni le jugement des autres, n’ont dans l’injonction au vote une signification suffisante pour déclencher une nouvelle escarmouche religieuse d’autant plus vaine que la vie ensemble est devenue une donnée obligatoire entre des communautés destinées ou condamnées à vivre ensemble et ceci dans la meilleure entente possible dans l’intérêt de tous : échanges, commerce, dialogue, entraide, culture pour écouter les mêmes harmonies sonores entre des individus si proches du fait des habitudes, des traditions, des conditions de vie, de climat, de culture, qu’elle soit agricole ou artistique ? Apporter de l’eau à tous devient dans ces circonstances, au moment où on s’apprête à consommer des tonnes de CO² pour aller au Danemark, une nécessité vitale et éthique car personne ne comprendrait que la parcimonie doive être également répartie, que chaque individu sur ces bouts de terre sèche et de sable se doit de recevoir son dû de liquide venant du ciel ou des systèmes d’irrigation, fut-ce du Nil.

Irrigations fleuries

Les fruits et les fleurs de ces opérations sont-ils capables de réjouir non seulement les privilégiés mais tous ceux et toutes celles qui le sont moins et qui ont droit à récolter de notre planète les récoltes pour nourrir leur progéniture en discutant avec leurs voisins, au mieux avec leurs partenaires embarqués sur le même arche que celui si talentueusement dépeint par la Bible et ses livres sœurs ou frères, les conditions de partage et de répartition à condition que les aînés aient laissé à leur descendance les fruits et produits laissés, épargnés, ou mutés dans des opérations hautement technicisées. C’est à ce moment que l’homme ébloui pourra contempler les couleurs accrochées aux frontons, aux closeries, jeter leurs yeux fascinés du haut de leur taille de bipède sur les potagers nourrissants, les pommiers de la tentation, les cerises sur le point de s’écraser en tâches multicolores sur les terrasses des jardins et d’élever vers le ciel les yeux émerveillés des architectes et bâtisseurs de leur propre invention, création et réalisation. Ne vaut-il pas mieux vivre ensemble dans les jardins suspendus de Babylone ou de Ninive que mourir dans la solitude sur les gravats de Ghaza ?