Ethique Info

Accueil > Education > Quelle culture, quelles connaissances, quelle éducation pour l’homme (...)

"Touche-moi pas" ou l’art du politique

Quelle culture, quelles connaissances, quelle éducation pour l’homme politique ?

Conditions d’une présidence

samedi 1er mars 2008, par Picospin

Dans l’agitation des rencontres furtives au hasard des visiteurs et des autorités venues soutenir les pauvres bêtes amenées là de leur campagne, des frottements se produisirent dont la plupart échappèrent aux regards des badauds médusés mais dont certaines furent fixées pour l’éternité par le regard indiscret des téléphones portables.

Vedette et figurant

L’un de ceux-ci eut comme vedettes, un acteur de premier plan et un figurant qui subitement se trouva élevé au rang d’acteur génial ne serait-ce que par la richesse et l’élégance de son propos qui illustrent à merveille les problèmes posés encore à l’Education Nationale par l’enseignement du Français. On pouvait en effet entendre dans ce court échange une provocation en forme d’agression heureusement verbale se substituant à ce qui aurait pu devenir une manifestation de heurt corporel. D’où la phrase reprise en chœur par tout un peuple : « Touche-moi pas » dont on pourra admirer l’élégance, la correction et l’exemplarité transmise aux générations de l’avenir. Autrefois, c’était La Fontaine ou à la rigueur Saha Guitry, maintenant, c’est un anonyme sorti du rang de l’agriculture ou d’ailleurs puisqu’on ne connaît pas encore la profession ou les occupations de l’inventeur de ce discours destiné à figurer dans les annales de la République. La réplique ne se fit pas attendre que tout le monde garde en tête, tellement elle est pertinente, claire, judicieuse : « Casse-toi, pauvre con ». Qui aurait pensé lors de l’élection à la Présidence de la République de M. Sarkozy, qu’un tel langage pouvait sortir de sa bouche ? Il avait fait des études de droit, habitait un des quartiers les plus élégants et les plus riches de la région parisienne, ce qui laissait à penser que son discours, en toutes circonstances serait correct à défaut d’être génial et en tout cas audible par le peuple, jeune et vieux confondu.

Important ou accessoire ?

Cette courte algarade n’aurait qu’une faible importance si elle n’ouvrait sur une discussion plus grave : quel degré d’instruction, de culture, de politesse, de savoir-vivre doit-on exiger de la plus haute autorité de l’état pour lui permettre d’accéder à cette fonction suprême et de l’exercer sans entraves à la destination de tous et de toutes ? Peut-on envisager une seule seconde que cette sélection puisse être pratiquée après examen ou recrutement par concours ? Le risque serait grand d’entendre désormais des critiques acerbes arguant de l’existence de suffisamment de compétitions, de concours, dans la vie scolaire, universitaire et des grandes écoles en France pour qu’on n’ait pas besoin d’en organiser d’autres pour le seul recrutement d’un Président de la République. Le problème ne se posait guère pendant les époques où les éventuels candidats à cette fonction venaient de la bourgeoisie qui avait reçu une éducation d’un niveau suffisant pour prétendre l’occuper sans enfreindre les règles élémentaires de la politesse, de la maîtrise de soi, de la dignité, du respect envers les autres, ni posséder les acquis minimum de culture pour pouvoir en parler avec compétence, modestie, retenue et pertinence.

Démocratisation des fonctions

Est-ce que la démocratisation des fonctions, l’ouverture de l’espace républicain à tous les postes, quelle que soit le niveau hiérarchique est-elle susceptible de changer la donne ? Peut-on dire d’autre part que la sélection naturelle par l’expression du vote, des mandats accordés, des filtres interposés puisse suffire à désigner le candidat le plus compétent, le plus habile en politique, le plus savant dans le domaine de la justice, de la sociologie ou des finances ? Le problème justifie au moins réflexion approfondie, débat vigoureux, exposé clair des vœux de chacun à l’heure où des contestations s’élèvent contre une façon de gouverner, un mode de recrutement des collaborateurs, bref, tout simplement des moyens de se comporter. Comment expliquer autrement la divergence de jugement entre deux personnalités appliquant grossièrement la même politique mais avec des méthodes de diffusion opposées. L’une fait appel à la modestie, au calme, à la sérénité et provient d’une personnalité appartenant à la classe de la bourgeoisie provinciale, l’autre se veut plus active, plus entreprenante, plus vive et évoque en brèves séquences les questions les plus disparates, les plus contradictoires.

Questionnement ?

Ce tableau du fonctionnement de la République est-il de nature à soulever un questionnement éthique ? Rien n’est moins sur mais rien n’empêche cette éventualité d’être envisagée s’agissant d’un problème grave dans lequel la responsabilité des gouvernants comme des citoyens est profondément engagée. C’est dans les conditions de cette interrogation qu’il est permis de se poser des questions sur la philosophie politique :

1. Qu’est-ce que la science pour Platon ? – Il entend sous ce terme la plus haute forme de connaissance ou plutôt la seule espèce d’appréhension qui mérite le nom de connaissance et qu’il appelle dialectique. Ce terme signifie l’art du dialogue qui doit mettre en lumière le « quid » des choses, ou les idées. Le dialogue est la connaissance des idées qui ne rapporte à aucun usage de l’expérience sensible. La dialectique descend degré par degré de l’idée la plus élevée, l’idée suprême du royaume des idées jusqu’à l’idée la plus basse.
2. Qu’est-ce que l’art politique ? C’est une espèce de connaissance qui, lorsque l’homme la possède, le dispense d’être revêtu des insignes du pouvoir.

3. Qu’est-ce que la division de cet art ? – L’art du politique est d’élever et de nourrir ou de prendre soin des troupeaux d’une espèce d’animaux appelés hommes.

4. Quelle est la situation actuelle ? – Il n’y a plus de providence divine. Les hommes doivent se prendre en charge eux-mêmes ce qui a rempli le monde d’injustices et de désordres. Les hommes ont du instaurer l’ordre et la justice de leur mieux.


Sources :
Strauss L, Cropsey J Histoire de la philosophie politique
Paris : Quadrige, PUF 1994