Ethique Info

Accueil > Education > Education > Quelle école pour la France au milieu de l’Europe ?

Comment enseigner, que proposer à l’apprentissage ?

Quelle école pour la France au milieu de l’Europe ?

Le difficile problème des rythmes ?

samedi 30 août 2008, par Picospin

L’apprentissage est une mise en relation entre un événement provoqué par l’extérieur (stimulus) et une réaction adéquate du sujet, qui cause un changement de comportement persistant, mesurable et spécifique ou permet à l’individu de formuler une nouvelle construction mentale ou de réviser une construction mentale préalable. L’apprentissage consiste à acquérir ou à modifier une représentation d’un environnement de façon à exercer sur celui-ci une action efficace.

L’inné et l’acquis

Chacun d’entre nous étant le produit de son hérédité et de son milieu, on peut parler d’intrication entre inné et acquis, celle-ci constituant ce que nous nommons l’expérience. Les mêmes zones cérébrales s’activent lors de l’observation d’une chose et de sa pratique (voir neurones miroirs). Outre l’éclairage que donne cette découverte sur le mimétisme comportemental, on en infère qu’observer c’est déjà "un peu" pratiquer. C’est par l’imitation que se font tous les apprentissages "spontanés" de la petite enfance que ce soit par la parole, les gestes, les mimiques, le ton, la grâce, le style ou la manière. Le rôle du pédagogue est de montrer l’exemple ou de proposer des modèles, sans devoir faire appel à la rationalité expérimentale et à sa systématisation. Abandonné par la pédagogie scolaire, il reste utilisé pour l’enseignement de tous les arts :, qu’il s’agisse de l’équitation, de l’utilisation des instruments de musique, du violon, du dessin ou de la danse. Dans l’apprentissage par essais et erreurs, le sujet est mis en situation de manière telle qu’on ne lui donne aucun mode d’emploi. Pour fonctionner correctement, il faut que la solution soit facile à trouver, compte tenu de ce que le sujet sait déjà. Pour apprendre des choses complexes, il faut s’appuyer sur l’apprentissage par association pour enchaîner des situations de difficulté croissante et permettant de nombreuses répétitions. Même si cette condition rend l’apprentissage coûteux, c’est le seul qui fonctionne quand la solution doit être découverte, on appelle cette démarche heuristique. Dans sa variante mentale, cette procédure fait appel à des essais dont certains peuvent être virtuels ce qui les classe d’emblée dans la catégorie des expériences de pensée utilisées pour raisonner sur des phénomènes que nous ne pouvons expérimenter dans la réalité. C’est la cas d’Einstein se demandant ce qu’il verrait s’il se déplaçait à la vitesse de la lumière.

Visions d’Einstein ?

Cette construction imaginaire va jusqu’à imaginer un cadre théorique qu’utilisent les mathématiciens pour se déplacer dans un monde de concepts mathématiques indépendant de celui des humains. Les langues s’apprennent mieux en situation d’immersion totale, lorsque les cours ne sont donnés que dans la langue à apprendre et que le professeur ne parle avec les élèves que dans leur langue d’immersion. En se débrouillant seul, on apprend plus facilement à comprendre la langue, les coutumes et la culture d’un pays. L’apprentissage le plus usité, surtout en France est celui des cours magistraux, consistant en explications par voie orale ou écrite, sinon les deux, sur ce que le sujet doit savoir. C’est sur cette catégorie de l’enseignement que les autorités dans une certaine mesure et le Ministre de l’Education, Xavier Darcos veulent agir pour réduire le nombre d’heures de cours au profit de celles à consacrer au soutien, à l’approfondissement et au travail personnel. C’est à ce moment que font leur entrée très remarquée les spécialistes des rythmes scolaires qui doivent résoudre l’équation à plusieurs inconnues dans laquelle on recense des « emplois du temps déments » selon le mot de Claude Allègre, une « juxtaposition hystérique des cours ». Il n’est pas prouvé que l’accumulation d’heures de cours par simple addition de quantités d’informations apportées aux élèves suffise à remplir leur cerveau comme on le ferait d’une outre. C’est la vieille querelle entre la tête bien faite de Montaigne et celle qui accumule les données, même si c’est la deuxième qui est le plus souvent sélectionnée aux dépens de la première. Si l’on a dit et répété depuis quelques mois qu’il fallait travailler plus pour gagner plus, la proposition ne peut que difficilement se transformer par magie en travailler plus pour travailler mieux. A cette proposition, la réponse a été donnée depuis longtemps dans la mesure où si le lycéen français consacre 20% de son temps de plus à l’étude que celui de ses voisins Finlandais ou Européens, ses performances n’en sont pas meilleures pour autant au prix d’un coût supplémentaire de 30%.

Vision financière

Cette vision budgétaire de la question a inspiré notre Président de la République lorsqu’il a dénoncé la surcharge des emplois du temps où s’empilent les options et déploré que cette situation n’arrangeait en rien la santé de nos finances publiques. Peut-être est-ce pour cette raison qu’il a décidé une fois pour toutes d’aller très vite dans la conduite des affaires de l’état, quitte à précipiter l’action aux dépens de la réflexion ? On ne sait donc que faire ni que proposer en haut lieu pour résoudre le problème des compatibilités respectives entre disponibilité, éveil, durée, rythmes nycthéméraux, attention, réceptivité. Une quadrature du cercle est ainsi offerte à l’investigation des enseignants organisateurs de la journée des enseignés pour que le découragement ne s’empare ni des premiers soucieux de fragmenter leur journée en fonction des priorités familiales ni des seconds au rythme d’attention desquels doivent s’adapter les programmes prévus par leur hiérarchie. Or on sait l’importance que cette dernière attache à l’achèvement à la minute près des programmes sacrés inscrits au fronton des écoles, des classes préparatoire, des grandes écoles sinon des universités. Dans cette bataille du temps, on s’est bien gardé de passer sous silence les problèmes qui continuent de se poser quant au choix et aux possibilités d’accueil du secteur public et privé. On remarque de ci de là qu’une société qui se veut homogène et égalitaire aura à terme le plus grand mal à faire vivre ensemble des enfants issus de milieux et surtout de modes d’éducation variés pouvant aller à des positions aussi extrémistes que l’Opus Dei, la Légion du Christ ou les Frères Musulmans. Difficile ou impossible cohésion ?