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Quelle stabilité des croyances religieuses en Amérique ?

Comment se comporte une nation pluriculturelle ?

jeudi 28 février 2008, par Picospin

La religion y joue un rôle plus important qu’en Europe en général et en France en particulier du fait du recrutement particulier des immigrants partis en Amérique aux siècles derniers. Tocqueville avait déjà insisté sur cet aspect sociologique et ses conséquences lors de son séjour dans ce pays lorsqu’il publia son fameux livre sur « la Démocratie en Amérique ».

Relecture de Tocqueville

Plus de 200 ans après son rapport et ses réflexions sur les conséquences sociétales, politiques et morales de la religiosité américaine, il est temps de s’atteler à sa description réactualisée. Cette mise à jour devrait permettre d’ouvrir des horizons élargis sur le comportement, les valeurs morales, la vie politique dans ce pays, surtout si on les compare à l’évolution des mœurs en France. Le New York Times (Banerjee N, 26.02.2008) publie un article tiré d’un rapport consacré aux appartenances religieuses et à leur évolution individuelle au cours de la vie aux Etats-Unis. L’appartenance à la religion y est fluctuante, en raison de l’érosion progressive de la loyauté envers sa propre religion d’origine. La circulation religieuse y est intense, car chacune des religions perd et gagne du terrain à tour de rôle. Le bilan global de ces gains et de ces pertes se solde par des pertes importantes au sein du catholicisme romain.

Fluctuations

Ce bilan souligne les gains importants réalisés par ceux et celles qui n’appartiennent plus à aucune religion ce qui fait que ce groupe occupe la 4è place parmi tous ceux que l’on peut encore identifier comme religieux même si ce dernier ne l’est plus du tout. Ce qui n’empêche pas les spécialistes de ces statistiques de considérer que le facteur religieux est le plus important pour guider les Américains dans leurs attitudes et leur comportement. La sortie partielle de la religion en Amérique n’empêche pas de devoir porter la plus grande attention sur cette appartenance si l’on veut comprendre les facteurs qui sous tendent la vie aux Etats-Unis. Le taux des gens qui se considèrent comme sans affiliation déclarent que leur évolution a été marquée par un faible taux de participation (de < 7%) à une affiliation dans leur enfance, pourcentage qui a augmenté jusqu’à 16% à l’âge adulte dans un segment de population qui se situe à <50 ans et plus spécialement chez les hommes.

Disparités

Le taux de participation à une religion est de un homme sur 5 et de 13% chez les femmes. En dehors de ce groupe important des gens sans affiliation dont le nombre a augmenté significativement, il faut aussi compter avec les Eglises protestantes indéterminées, qui sont en majorité évangéliques et les Pentecôtistes. Cette revue de détail masque les pertes subies par le protestantisme qui accuse un déclin notable puisque parti des deux tiers de la population en 1970, il se retrouve actuellement à près de la moitié seulement. Les Evangélistes gardent encore une petite majorité parmi les Protestants. Les personnes qui quittent une religion organisée ont les mêmes aspirations que ceux qui embrassent un Christianisme de type évangélique. Cette tendance est liée à la volonté de vivre une religion plus personnalisée ce qu’offrent les églises évangéliques. Celles qui sont en déclin n’offrent qu’une pratique anonyme et celles qui gagnent du terrain travaillent à une échelle plus réduite. Les grandes églises ont du succès non du fait qu’elles sont grandes mais parce qu’elles sont compartimentées en petites unités. Si la population catholique est restée stable pendant les dernières décennies, cette constance masque une chute des catholiques nés dans le pays car la compensation a été assurée par l’afflux d’immigrés Catholiques venus d’Amérique latine.

Immigration

L’immigration continue d’influer significativement sur la religion en Amérique, ne serait-ce que parce que la majorité des nouveaux venus est composée de Chrétiens et que la moitié d’entre eux est Catholique. Les familles les plus grandes sont d’origine musulmane, caractéristique qu’elles partagent avec les Mormons. Les Hindous ont le niveau d’éducation et de richesse le plus élevé. Ce recensement n’est pas sans conséquences politiques en raison des caractéristiques propres de chaque groupe et de leur variété dans le creuset américain. Des situations conflictuelles peuvent être déclanchées pour des motifs d’ordre politique, écologique, religieux ou des appartenances marquées avec leur culture d’origine comme c’est le cas pour les Hindous et le Juifs, Israël ou l’Inde. Ces conditions sont susceptibles de déclencher des situations conflictuelles mais aussi de construire des synthèses créatives.

Questionnement éthique :

1. Quel est le rôle politique, sociétal, pédagogique, moral joué par les religions aux Etats-Unis ?

2. Comment est conçue la notion de laïcité aux Etats-Unis par rapport à celle comprise en France ?

3. Comment interpréter du point de vue de la sociologie, de la politique, de la morale les changements fréquents de religion survenant dans la population américaine ?

4. Est-ce que la conception d’un « melting pot » qui regroupe un grand nombre de cultures, de cultes, de croyances et de religions peut être un avantage ou constituer un inconvénient pour le fonctionnement, la cohésion et l’efficacité d’une nation ?