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Quelles formes de violence : du plasma à la tuerie ?

mercredi 12 décembre 2007, par Picospin

La violence s’exprime habituellement sur le mode chronique et fait des incursions dans celui de l’endémique, plus rarement et heureusement dans celui de l’épidémique. Les derniers mois de l’année 2007 nous ont donné l’occasion de voir, de constater, d‘analyser, de classer plusieurs types de violence. Ils n’avaient apparemment aucun lien entre eux. Comment en appréhender la classification, comment en extraire les possibles liaisons ou d’éventuelles logiques communes ?

Jeunes ou vieux ?

Est-ce un fait de société comme on se plait à le dire et le répéter pour montrer aux plus jeunes que les plus vieux étaient des sages qui savaient se tenir, se comporter, respecter l’autre sans nécessairement l’agresser ? Attaques, injures, agressions sont monnaie courante dans un monde que l’on pense avoir été freiné autrefois par la religion, les principes moraux, l’éducation ou la tradition. Est-il vrai que des freins ont été desserrés, que des limites ont été transgressées, que des pulsions ont été libérées, que des couvercles ont été retirés qui ont laissé des marmites prêtes à exploser et à sauter à la figure des malheureux spectateurs attirés par la curiosité envers le goût du plat livré à leur dégustation ? Beaucoup pensent que des verrous jusque là fermement cadenassés ont sauté à la faveur de l’explosion sociétale de Mai 68. La pression ne cesse de monter dans un dispositif étanche qui ne laisse passer la moindre quantité de vapeur. Quels sont les moyens, les instruments qui permettent de mesurer les conditions du confinement pour prévoir le moment où le point critique sera atteint et que le milieu où évoluent les phénomènes sera bouleversé au point de sauter à la figure des témoins ? C’est qu’on ne sait pas s’il s’agit de plasmas chauffés dont les électrons des couches extérieures sont arrachés lors des collisions entre les particules. On ne sait pas plus s’il est le résultat d’une ionisation au froid comme on peut en voir dans la couche froide de l’atmosphère terrestre qui subit en permanence un intense bombardement ionisant de particules venant du soleil. Ce qu’on peut essayer d’imaginer c’est de préfigurer le comportement de l’état de la matière dans laquelle on voit de nombreuses particules de nature différente en train d’agir entre elles d’une part, avec l’environnement de l’autre.

Une bonne soupe

On parle d’une soupe d’électrons composée d’atomes neutres et d’agrégats. Est-ce une métaphore ou la représentation la plus conforme possible de l’état d’une société en train de se transformer sous l’influence des courants idéologiques, politiques, spirituels qui la traversent ? Dans cette figure, on distingue le réchauffement des éléments prêts à en découdre avec les forces de police (proximité ou pas), les zones plus froides où les processus chimiques ou sociétaux sont moins brûlants et moins agités, les agrégats fortement mobiles qui se déplacent au gré des incitations, des besoins, des appels, des collisions. Il y les guerres révolutionnaires qui bénéficient de la complaisance sinon de la bienveillance des masses laborieuses, souvent délaissées par le pouvoir, type le Ché, les conflits ethniques où se déroulent épurations et massacres, les guerres de religion en Inde, au Moyen Orient,, les violences gratuites sinon absurdes comme celles que l’on a vues au Cambodge, au Rwanda. Elles ont un seul caractère commun, leur absurdité, le manque de compréhension, de rationalité, de logique qui, constaté par les témoins éloignés des zones de combats les déroute jusqu’à les empêche d’exercer leur droit légitime de contrôle, d’intervention pour faire cesser les habituels bains de sang. La nécessité de se plonger dans ces baignoires contenant un liquide rougi est devenue une expérience nécessaire, un culte indispensable, une mesure d’hygiène morale et physique. Pour qui pourquoi ? Si ces questions restées sans réponse provoquent bien le drame de l’incompréhension pour les hommes, ils sont malheureusement peu nombreux ceux qui ont pris le temps de réfléchir à ce qui se passait devant eux. Des prisonniers en masse évacués dans des baraquements où ils étaient, loin de tout contact intellectuel et affectif, coupés du monde extérieur, de toute relation parentale, familiale.

Un désert subjectif

Dans ce désert subjectif, il y avait pourtant la résurgence d’un lien, d’une amitié, d’une empathie, de ces sentiments qui ont fait traverser les tranchées ennemies en 14, à des soldats ennemis pour fêter Noël, recueillir des prisonniers en 40, pour leur faire traire les vaches et abriter en les cachant des Juifs pourchassés en 43 par la haine maladive mais si bien organisée des Nazis. Alors que faire de la violence sous ses formes multiples logées dans le caléidoscope de l’histoire et de la géographie. La violence n’est pas l’apanage d’une seule région même si elle éclot plutôt d’un côté que de l’autre. Quand elle apparaît, qu’elle se développe contre toute défense comme on pourrait dire au bridge, les acteurs et témoins de ses manifestations sont sidérés par tant d’éclats, de cris, de blessés et de morts que leurs réactions sont rarement appropriées et le plus souvent disproportionnées. La peur, la panique s’empare de tous ce qui annihile toute velléité de riposte, de prise de contrôle et de maîtrise de l’évènement. La montée en pression de ces réactions inadaptées ne fait que développer la haine, l’incompréhension et éloigne les acteurs des conflits les uns des autres au lieu de le rapprocher, seul moyen d’engager la discussion par la parole. Cette dernière reste l’arme capitale, le moyen définitif de s’emparer d’un sujet difficile, souvent ambigu qui embrouille les cartes et voile tout moyen de parvenir à une conclusion.

Un mal absolu

Ce qui complique la solution du problème c’est que la violence est perçue comme un mal absolu ce qui a pour conséquences l’attente irraisonnée d’une réponse rapide des sciences humaines à la question du pourquoi, du comment et de l’ampleur des dégâts. La difficulté majeure à apporter des réponses logiques et raisonnables à ces question consiste à prendre en compte les processus psychiques déclenchés instantanément puis plus tardifs des représentations à partir desquelles s’édifie la construction des théories explicatives et des images mentales prélevées auprès de l’irréel, des cauchemars, des rêves qui peuvent être transmis par des fous, des êtres mal bâtis et fragiles, en proie aux fantasmes inventés par les pervers ou les psychorigides. Enfin, dans ce domaine la recherche n’est pas immédiatement productive, gênée qu’elle par la relativité, la subjectivité du problème, sans oublier les dérives inhérentes à l’anachronisme, à l’ethnocentrisme ou aux théories à la mode sur tel aspect des comportements liés au déterminisme. Cette catégorie veille sur la moindre différence physique, physiologique, mentale ou spirituelle pour en tirer des conclusions prématurées. Autrement dit, la négation d’un autre possible différent de soi ou du modèle dessiné par notre imaginaire.
A moins que tout ne commence et ne se termine comme dans l’histoire du RER relatée dans notre précédente édition. La mort infligée sans recours sous la pression de la passion !