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Des moeurs et des civilisations ?

Quels chiens aboient pour quelle caravane ?

Qui est habilité à en parler ?

mercredi 8 février 2012, par Picospin

Il est toujours embarrassant de parler de groupes humains en les assemblant sous un qualificatif unique qui a l’énorme avantage d’effacer les différences, les nuances et d’accentuer qualités et défauts au bénéfice des premiers quand on veut flatter, des seconds quand on veut fustiger et éliminer, mieux rejeter. Que signifie l’idée que toutes les civilisations ne se valent pas ?

Agences de notation pour civilisations

Est-ce par l’attribution aléatoire ou même justifiée de notes aux diverses civilisations qui se croisent, s’assemblent, se divisent au hasard des évolutions des religions, de la politique, de l’avancée sociale, des productions industrielles ou de l’attribution dans la frigorifique Suède des prix Nobel, même quand ils ne désignent pas la paix ? Quant aux notes attribuées de ci delà à tort et à travers dans des classements rigoureux qui envoient les têtes de série des prépa aux carrières mirifiques de l’administration, de l’industrie, des cours des comptes, on sait quelle importance y attache un gouvernement à la tête duquel le chef ne cesse de répéter la nécessité des réformes pour créer des séparations, des autonomies, des décentralisations afin de libérer le peuple des carcans imposés depuis longtemps par des prédécesseurs accusés de paresse, lâcheté, immobilisme sinon passivité. Si on donne la parole aux compétences plus qu’aux importances, on pourra noter avec délectation que le problème des cultures et des civilisations est plus complexe qu’il n’y paraît à première vue. Il n’a pas cessé de se complexifier à l’âge de la multiplication des communications et des échanges artistiques et culturels et ce n’est pas le Ministre de la Culture, qui se présente plus souvent sur les plateaux de télévision consacrés aux célébrités en vogue qu’aux valeurs intellectuelles allégées, qui me démentira. De quelle civilisation a voulu parler le saint homme érigé subitement en porte-parole des valeurs morales et républicaines ?

Autre civilisation (à rejeter ?)

Si c’est une de celles qui viennent de peupler la France par des millions d’individus, il est un peu tard de la qualifier de moins bonne, moins intelligente, moins cultivée que la nôtre, judéo-chrétienne, catholique et romaine. Que fait notre débonnaire Ministre des années au Moyen Age où cette civilisation était bien en avance sur celle de la Gaule même revigorée par des Romains architectes, juristes et bâtisseurs de génie ? La civilisation islamique a investi la science de l’armement, des uniformes à l’épreuve du feu, au moment où on assiste à l’effondrement de l’empire romain et que Europe s’enfonce dans l’éclipse, lançant a contrario les maths, la médecine, la physique du 8è au 13è siècle, dans une époque de grande créativité, grâce aux hommes de science issus du monde musulman créant dans un centre de culture international, dopé par une forte soif de connaissance, la création de école de la maison de la sagesse, à l’instar d’écoles comme Polytechnique ou la Sorbonne, a incité au déchiffrage des textes anciens, indices qui font penser que ces ingénieurs s’occupaient déjà de robotique, et avaient créé le premier ordinateur de l’humanité, sorte de calculateur analogique, capable de revoir les connaissances technologiques, de créer un calendrier à engrenages, de suivre les mouvements des astres du système solaire grâce à son équipement par des roues dentées permettant de calculer avec une grande précision. Comment admettre qu’une société ait pris sur les autres une avancée considérable dans le monde contemporain quand on connaît la haute fréquence des communications, des rassemblements scientifiques ou humanistes dans des séminaires, des congrès ou dans les grandes écoles ou facultés ?

Civilisations sur documents

Se pencher sur des civilisations anciennes, donc détruites par les grands prédateurs que sont les Européens tient de la gageure ou de résultats de travaux gigantesques sur documents si possible à défaut de témoignages vivants. Les civilisations sont plus souvent proches qu’éloignées et le seront de plus en plus à mesure que la planète rétrécit par la vitesse de circulation, de communication et de la diffusion des informations. Les isolements sont rares, ou dues à des régimes totalitaires plus proches de la folie que d’un rationalisme dont l’outrance empêche réfrène toute chance de compétition ou d’excellence dans le monde de la compétition. Ce qui n’empêche nullement la diversité des cultures et la tendance à répudier, rejeter le primitif, le sauvage considéré comme tel tout simplement parce qu’il ne se comporte pas comme le modèle proposé, c’est à dire essentiellement et exclusivement le nôtre. Il est si différent de l’excellence de la culture modèle autoproclamée qu’il ne peut qu’être rejeté hors de l’humanité, une humanité qui cesse aux frontières de la tribu, du groupe linguistique, de la pratique des vertus et même de l’adhésion au concept de la nature. C’est dans la mesure où l’on prétend établir une discrimination entre les cultures et les coutumes que l’on s’identifie avec celles qu’on tente de nier. L’homme ne réalise pas sa nature dans une humanité abstraite mais dans des cultures traditionnelles où les changements même révolutionnaires s’expliquent en fonction d’une situation définie dans le temps et l’espace. La variété des cultures dissimule la réalité profonde qu’elles convergent vers le même but pour devenir une et identique.

Murmures d’hommes entendus par les chevaux

Les races et caractères des chevaux se succèdent graduellement sans s’écarter de la construction des équidés, ce qui n’est pas le cas des objets découverts dans des couches géologiques dont la profondeur varie avec le temps. L’évolution biologique attend la confirmation de sa vérité ce qui n’est pas le cas de l’évolutionnisme sociologique qui serait le maquillage faussement scientifique d’un vieux problème philosophique dont il n’est pas certain que l’observation et l’induction puissent un jour en fournir la clef.

Lévi-Strauss C. Race et Histoire. Folio essais. Paris, Denoël, 1987.