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D’Hermès à Adam Smith, de Hobbes à Keynes

Quels diables et quels sorciers ?

Marx ou Greenspan, le facteur ou Strauss-Kahn ?

vendredi 10 octobre 2008, par Picospin

Il va de soi que cette occasion ne se retrouve pas si souvent si l’on se livre à un calcul statistique qui tient compte de la longévité qui s’accroit, de l’espérance de vie qui fait de même, de l’exiguïté de notre globe terrestre et des probabilités de rencontrer ailleurs, dans l’espace de l’univers des êtres semblables à ceux que nous côtoyons sur notre terre de malheur.

Un seul Dieu ?

D’aucuns pensent qu’elle ne distille pas tellement le malheur mais qu’elle offre de multiples occasions de se réjouir, de profiter des offrandes de nos contemporains et de celles, plus exceptionnelles des dieux ou mieux, depuis quelques siècles d’un Dieu, s’épanouissant dans le monothéisme ce qui lui permet d’affirmer que Lui seul a raison sur toutes choses, qu’il est omniscient et tout puissant. Cette dernière qualité est remise en question depuis que certains esprits chagrins, ayant eu la chance ou le malheur de survivre aux régimes et aux idéologies de leur temps, mettent fortement en question la toute puissance si l’on veut bien considérer Son impuissance devant l’injustice, le malheur, la torture, la souffrance ou des inégalités trop criardes pour mériter d’être crues, lues et approuvées ou simplement vécues et supportées. Ce Dieu du monothéisme qui se présente maintenant sous la forme de 3 divinités se partageant un monde où l’on se sent de plus en plus à l’étroit, n’aurait-il pas pris les formes et les traits d’Hermès, dieu du commerce, gardien des routes et des carrefours, des voyageurs, des voleurs, le conducteur des âmes aux Enfers et le messager des dieux. Son poste est très envié si l’on en croit le grand nombre de jeunes qui se précipitent vers les écoles de commerce d’où ils pensent trouver le tremplin, moins vers la gloire que vers le moyens de la conquérir par l’argent, le pouvoir, la réputation, la crainte, l’adoration sinon la terreur. Selon la légende, la vraie, il serait le fils de Zeus et de Maia et donc petit-fils d’Atlas, il naît un matin dans une caverne du mont Cyllène en Arcadie « pour être le tourment des hommes mortels et des Dieux immortels ». Selon le premier Hymne homérique qui lui est consacré, il bondit de son berceau quelques instants seulement après sa naissance, et se met en quête du troupeau d’Apollon. Sur son chemin, il rencontre une tortue qu’il tue ; de la carapace, il fabrique une lyre sur laquelle il célèbre sa propre naissance ainsi que la demeure de sa mère carapace de tortue. Quelque temps plus tard, il inventera la flûte de Pan ou syrinx. En cherchant à faire cuire deux des animaux, il trouve l’art de faire le feu en frottant des morceaux de bois l’un contre l’autre, puis consacre la viande aux douze dieux.

Tortue et flute de pan

Lui-même s’abstient de toucher au sacrifice. Après avoir dispersé les cendres, il retourne chez sa mère à qui il annonce avec assurance son intention d’embrasser le meilleur des métiers, c’est-à-dire celui de voleur.Il apparaît souvent sous les traits d’un jeune homme « à sa première barbe, dans le charme de cet âge. Il se plaît en la compagnie des Charites et des Heures. Devant le spectacle d’Arès et d’Aphrodite faits prisonniers par Héphaïstos, il s’exclame que lui aussi aimerait dormir dans les bras de la déesse, fût-ce au prix de trois fois plus de chaînes. Avec Aphrodite, Hermès engendre Hermaphrodite, divinité bisexuée, mais aussi Éros. Il est le père de dieux rustiques à la sexualité débridée tels Pan, son fils par « la fille de Dryops » ou par la nymphe Thymbris ou Hybris ou par la nymphe Pénélope voire par Pénélope, femme d’Ulysse ; comme Pan ou comme le dieu phallique Priape, parfois également donné pour son fils il est d’ailleurs souvent représenté sexe dressé car il aime la beauté humaine, et ses amours sont aussi bien féminines que masculines. Est-ce que c’est en raison de cette hérédité pleine de beauté et de souvenirs divins que certains traders de la City parfois couverts de merveilleux chapeaux présentent une aussi grande beauté, celle qui aurait fait la joie d’Oscar Wilde ? Ou vaut-il mieux revenir sur terre et s’intéresser à la véritable généalogie de certains génies de la finance qu’on a tellement admirés ces dernières semaines, non seulement pour leur esthétique mais plus encore pour leurs succès dans la vie qui les désignait particulièrement à l’idôlatrie de tous et de toutes. En réalité, leurs véritables tuteurs sont plus les personnages sortis tout droits de la philosophie anglaise des Lumières que les héros mythiques descendus de l’Olympe. Ce furent donc les Adam Smith, les Hobbes, plus près de nous les Keynes avant l’apparition des Greenspan sinon des Strauss-Kahn qui inspirèrent nos promeneurs londoniens ou new yorkais pour l’intelligence de leurs théories sur le capital, vite démenties par un Marx, dont on connait la carrière éblouissante dans la Russie des Tsars, de part et d’autre de la muraille de Chine, dans les amphithéâtres des universités et au sein des cellules où l’on élaborait dans le plus profond des secrets les théories du marxisme communisme, du socialisme, de l’égalité des droits sinon des devoirs et de la nécessité de la lutte des classes.

D’Adam Smith à Marx

Son arrière grand-père lointain n’était-il pas la personnification de l’ingéniosité, de la métis, ou intelligence rusée et de la chance. C’est donc le dieu du commerce, des voyageurs et des voleurs, des pasteurs et de leurs troupeaux, ainsi que des orateurs ou des prostituées. Il est, parmi les dieux grecs, le plus proche des hommes et le plus bienveillant à leur égard : il leur donne l’écriture, la danse, les poids et mesures, la flûte et la lyre, le moyen de produire une étincelle lorsque le feu s’est éteint. Il était de coutume de placer des empilements de pierres en son honneur aux carrefours : chaque voyageur ajoutait une pierre à l’édifice. Ces tas de pierres ont été peu à peu supplantés par des bornes en pierre de forme phallique placées le long des routes, pour aboutir à la forme équarrie et quadrangulaire des hermai, surmontés de la tête du dieu et portant, en leur centre et en relief, ses attributs virils. Toute rencontre ou accident imprévu sur une route est appelé « don d’Hermès ». Il donne la parole à Pandore la première femme et l’emmènera aux hommes. Il est en outre, avec Héraclès, le patron des gymnases et palestres où son buste est toujours présent. Il protège les sportifs et fonde les concours de lutte. Voilà un exemple à suivre pour tous ceux qui ne cessent de critiquer les méthodes d’entrainement en athlétisme ou dans les autres compétitions sportives, en football où nos entraineurs ne rapportent jamais des résultats à la hauteur des espérances, dont les performance sont jugées médiocres, d’autant plus qu’on se demande continuellement et de façon répétitive pourquoi leurs contrats sont si longs, les raisons de leur présence prolongée au sein des équipes et les motifs de leur pérennisation à un poste pour lequel on leur reconnaît moins de compétence que d’entre gens. Qui, dans cette éblouissante galerie de génies, d’hommes et de dieux célèbres a permis que les banques s’écroulent, que les valeurs s’effondrent, et que des contrées aussi séduisantes que l’Islande qui vous arrose de ses chauds geysers à votre arrivée, en guise d’accueil, disparaissent de la carte du monde poussés par une irrépressible faillite ? Sûrement des démons plus que des dieux, des sorciers plus que des hommes de bien.

Questionnement éthique :

1. Est-ce le libéralisme sauvage qui peut expliquer totalement la situation financière actuelle dans le monde ?

2. Avez-vous l’impression que les personnalités sur les plateaux de télévision, à la radio et dans les journaux comprennent bien la situation actuelle dans les banques, à la bourse et dans certains pays comme l’Islande ?

3. Est-il raisonnable et juste de faire des spéculateurs les seuls et grands responsables de la crise actuelle ?

4. Le message en provenance des gouvernants n’est-il pas de réclamer une réglementation plus rigoureuse, une intervention plus poussée de l’état, l’application d’une éthique et d’une morale plus stricte pour mettre de l’ordre dans la conjoncture actuelle ?

5. En ce cas, est-ce que des sites comme le nôtre qui s’efforce de développer la prise de conscience de l’éthique dans tous les domaines de la vie de la cité n’a pas un plus grand rôle à jouer pour sensibiliser les citoyens à l’honnêteté, à la solidarité et à l’impérieuse nécessité de faire appel à un débat éthique permanent visant à moraliser les relations entre les individus et la société ?