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Hommes ou femmes politiques ?

Qui doit dénoncer les conflits d’intérêt ?

Juges, magistrats, redresseurs de torts ?

dimanche 26 septembre 2010, par Picospin

Au fil des pages, en effet, il pointe du doigt les « heures sup » de Gérard Longuet (patron des sénateurs UMP qui a touché des émoluments de GDF-Suez, la situation de Philippe Marini (sénateur UMP et rapporteur du budget, qui exerce en parallèle des responsabilités dans une société de conseils en fusions et acquisitions) ; la double casquette d’Henri Proglio (président d’EDF et du conseil de surveillance de Veolia) ; le poste en or de Jean-François Copé (chef de file des députés UMP), dans un cabinet d’avocats d’affaires au service de grosses entreprises françaises.

L’Agence du Service Civique

Dès vendredi 24 septembre, le député de Meaux a d’ailleurs rendu la monnaie de sa pièce à l’auteur : « Martin Hirsch a fait voter une loi qui prévoyait la création de l’Agence du service civique », dont il allait ensuite prendre la direction, a expliqué Copé. Une loi qui fixait « la rémunération de son directeur ». C’est-à-dire de lui-même... Belle confusion des genres ! Mais il ne faudrait pas s’arrêter à ces querelles de personnes. Car Martin Hirsch écrit ce que beaucoup de hauts fonctionnaires scrupuleux pensent tout bas : il devient urgent de légiférer pour prévenir les conflits d’intérêts. Par exemple, l’auteur cite un haut responsable du Parlement, qui décrit ainsi « l’ambiance » sous les ors de la République : « Le trafic d’influence, c’est tous les jours » ! Conflit d’intérêts, cas d’école. Et de citer des exemples sélectionnés au hasard des rencontres et des lectures. Pendant quatre mois, M. X… devenu député UMP des Yvelines, a cumulé un poste de salarié à la Caisse des dépôts et consignations avec son activité de parlementaire. Juridiquement, rien ne lui interdisait de le faire : aucune incompatibilité n’est prévue par la loi pour ce type d’« heures supplémentaires ».

Question d’éthique

Mais sur le plan éthique, comment est-ce justifiable et justifié ? La Caisse des dépôts est un établissement public placé « sous la surveillance du Parlement », qui « contrôle ses activités et garantit son autonomie ». Comment ce Monsieur a-t-il pu imaginer être à la fois contrôleur et contrôlé ? C’est tout le problème du conflit d’intérêts en France, tel que le pose Martin Hirsch dans son ouvrage Pour en finir avec les conflits d’intérêts, à paraître mardi 28 septembre. En attendant que la « commission de réflexion pour la prévention des conflits d’intérêts dans la vie publique », mise en place par Nicolas Sarkozy en pleine affaire Woerth-Bettencourt, fasse des propositions, le conflit d’intérêts en France n’est ni un délit pour le code pénal, ni une faute du point de vue politique et administratif. Actuellement, « c’est un peu comme si le fait d’avoir de l’alcool dans le sang au volant ne devenait un délit qu’en cas d’accident », explique dans son livre l’ancien haut-commissaire aux Solidarités actives.

Qui est Martin Hirsch ?

Qui est Martin Hirsch ? Personnalité marginale du monde politique, ayant occupé plusieurs fonctions officielles importantes et suffisamment connu et reconnu du grand public pour justifier des émissions de télévision sur des plateaux où se lent des tribuns, redresseurs de tort, humoristes, critiques et observateurs de la vie politique française. Voici comment le voient ces personnes, au hasard de leurs écrits et commentaires : « École normale supérieure, ENA, il cumule une dizaine de mandats et de postes de directions dans des associations qui deviennent privées suite à son passage. Il s’occupe de la solidarité pour les personnes dans le besoin alors qu’il sort d’une famille bourgeoise top au plus haut niveau, qu’il a toujours eu plein de fric, et qu’il continue dans sa belle lancée à plafonner sur un salaire : secrétaire d’état, + tous les cumuls = au moins 40 à 80.000 euros par mois. Qu’est-ce qu’il connait de la pauvreté, de la solidarité, de la vie en cité au milieu des muzzs qui crient sous votre fenêtre jusqu’à pas d’heures, des voitures incendiées, des centres commerciaux devenus de vrais guet-apens pour les femmes et les vieux, des transports en commun saccagés en banlieue ? Merci d’avoir attiré mon attention sur un type qui est passé au travers des mailles du filet des journaleux, qui n’attire pas l’attention sur lui, mais qui thésaurise un maximum. Vous êtes au courant des gens qu’il a aidés ? Encore un énarque de plus qui vient foutre le binz et qui s’en met plein les poches. T’as eu de la chance de naître dans une famille huppée, mon connard, pour te payer tes études, mais maintenant tu devrais dégager, tu es trop lourd et tu ne sers pas la France ! Tu es l’opposé du Général : lui il ne voulait pas de salaire lorsqu’il était Président de la République, et il payait lui-même toutes ses notes de frais. Il disait que les avantages de la République et de son poste + sa retraite de Général c’était suffisant ! Prends-en de la graine au lieu de solder ton beau pays à l’islam et de te remplir les poches sur son dos. »

Quelle lecture du commentaire ?

Intéressante lecture d’un commentaire sur une personnalité dont je n’imaginais guère la haine qu’elle était susceptible de générer à travers sa carrière officiellement consacrée au bien en général, au bonheur du plus grand nombre, au sein d’associations officielles reconnues, ne serait-ce que celle d’Emmaüs, fondée par un ecclésiastique au-delà de tout soupçon, l’abbé Pierre que la France entière a pleuré avec sincérité, douleur et respect pour son œuvre, ses apparitions dans les médias et ses prises de position. Quelle réussite pour ce jeune diplômé qui avait refusé de participer à un gouvernement aux idées duquel il n’adhérait guère. Des rapports mentionnent pourtant que le mérite de leur réussite ne leur revient pas entièrement puisque, dit-on, « c’est en France et aux États-Unis que la réussite sociale du père influence le plus la performance des enfants dans l’enseignement secondaire ». Est-ce que pour autant la dénonciation de notre héros invalide ou délégitime ses actes de probité ? Si c’est le cas, qui doit le faire à sa place et à quel niveau devrait se situer la qualité de l’homme suffisamment reconnu pour se livrer à de tels agissements ?

Faire ou ne pas faire, telle serait la vraie question ?...

Questionnement éthique :

1. Comment pouvons-nous justifier nos croyances, jugements ou énoncés ?

2. Comment parvenir à justifier des jugements moraux comme "l’esclavage est un mal" ou "la démocratie est un bien" ?

3. Est-ce que la méthode de John Rawls dite de l’équilibre réfléchi sert à justifier certains de ces jugements ?

4. Quel rôle joue dans ce domaine l’épistémologie holiste de Quine qui a permis de légitimer l’idée que nos jugements pourraient être réellement justifiés ?

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